vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2301432 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL ODIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 mai 2023, M. C A, représenté par Me Odin demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'ordre de mutation du 2 mars 2023 l'affectant au sein de la brigade territoriale de gendarmerie de Chantilly à compter du 1er août 2023 et ce jusqu'à l'intervention de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer statuera sur le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé à l'encontre de cette décision ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer sa demande de mutation et de lui proposer une affectation dans un rayon de 300 kilomètres autour du territoire de la commune de Toulon dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir et ce sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- compte tenu de la date prévisible à laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer statuera sur le recours administratif qu'il a présenté, devant la commission des recours des militaires, contre cet ordre de mutation, l'urgence est établie au regard du délai d'organisation de son déménagement vers le lieu de sa nouvelle affectation en métropole au 1er août 2023 et de la gravité des conséquences que son éloignement de la ville de Toulon emportera, à partir de cette date, sur sa situation personnelle et sur sa vie familiale ;
- la décision de l'affecter à Chantilly est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de son état de santé et de l'installation à Toulon de l'une des filles de son épouse alors qu'il peut tout autant être satisfait à l'intérêt du service par une affectation plus proche de cette ville.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. L'objet même du référé organisé par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est de permettre, dans tous les cas où l'urgence le justifie, la suspension dans les meilleurs délais d'une décision administrative contestée par le demandeur. Une telle possibilité est ouverte y compris dans le cas où un texte législatif ou règlementaire impose l'exercice d'un recours administratif préalable avant de saisir le juge de l'excès de pouvoir, sans donner un caractère suspensif à ce recours obligatoire. Dans une telle hypothèse la suspension peut être demandée au juge des référés sans attendre que l'administration ait statué sur le recours préalable, dès lors que l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de l'administration pour obtenir l'annulation ou la réformation de la décision contestée. Saisi d'une telle demande de suspension, le juge des référés peut y faire droit si l'urgence justifie la suspension avant même que l'administration ait statué sur le recours préalable et s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Sauf s'il en décide autrement, la mesure qu'il ordonne en ce sens vaut, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé.
3. Par ailleurs, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. M. A, maréchal des logis chef de la gendarmerie nationale, affecté depuis le 1er août 2019 en Polynésie française, a demandé à être muté en métropole au titre des mouvements de l'année 2023, en exprimant des choix géographiques, motivés par des considérations tenant à sa vie familiale, et en postulant sur des fonctions sans travail de nuit, en raison de difficultés de santé. Après avoir été informé, par note du 9 décembre 2022, qu'il serait affecté sur le territoire de la région de gendarmerie zonale des Hauts de France à compter du 1er août 2023, M. A a demandé à sa hiérarchie, le 18 décembre 2022, de reconsidérer le choix de cette zone d'affectation, qui ne correspondait pas à ses vœux géographiques, ce qui a été refusé le 2 janvier 2023. M. A a alors saisi, le 6 février suivant, la commission des recours des militaires d'un recours contre cette affectation zonale. Toutefois, par un ordre de mutation du 2 mars 2023, il a été affecté au 1er août 2023, à la brigade territoriale de gendarmerie de Chantilly. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de cet ordre de mutation jusqu'à ce qu'il soit statué par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur le recours administratif préalable obligatoire qu'il justifie avoir formé à son encontre devant la commission des recours des militaires le 2 mai 2023.
5. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de cet ordre de mutation, M. A fait valoir qu'il sera statué sur le recours administratif non suspensif qu'il a présenté le 2 mai 2023, en application de l'article R. 4125-1 du code de la défense, au plus tôt au début du mois de septembre 2023 par une décision implicite de rejet et que son affectation à Chantilly dès le 1er août 2023 emportera des conséquences graves tant sur sa propre situation que sur celle des autres membres de sa famille nucléaire, constituée de son épouse, des trois filles de cette dernière, âgées de 16 à 23 ans, avec lesquelles il entretient des liens affectifs forts, et du fils du couple, âgé de 6 ans qui résident tous avec lui en Polynésie, à l'exception de la fille aînée de son épouse, étudiante à Toulon. Il ajoute que, même dans le cas où une affectation dans le sud de la France serait finalement acceptée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer à l'issue de son recours administratif, le délai de quatre à cinq mois requis pour le déménagement par voie maritime du mobilier de son foyer nécessite que son lieu d'affectation soit connu à très court terme.
6. D'une part, pour établir la nécessité d'être affecté à 300 kilomètres au plus de la ville de Toulon, où la fille aînée du foyer est étudiante, M. A soutient que la fille cadette de son épouse souffre de troubles psychologiques importants qui ont conduit, après une tentative d'autolyse, à plusieurs hospitalisations en 2022 en région parisienne où elle résidait alors, et que lui-même souffre d'un syndrome anxio-dépressif, de telle sorte que le regroupement de l'ensemble des membres du foyer, en métropole, est indispensable sous peine d'entraîner des conséquences gravement préjudiciables à leur santé et à l'équilibre familial. Toutefois, aucune des pièces, notamment médicales, versées au dossier ne permet d'établir que la persistance du désagrément lié à l'éloignement géographique de la fille aînée de Mme A, âgée de 23 ans, sensiblement réduit, au demeurant, au regard de la situation prévalant depuis plusieurs années, emporterait à brève échéance des conséquences particulièrement graves sur sa situation, celle de sa sœur cadette ou celle du requérant lui-même, alors que la nouvelle affectation en métropole ne modifie pas la cellule familiale telle qu'elle est actuellement constituée et que les propres troubles anxio-réactionnels de M. A sont rattachés à l'inquiétude ressentie pour sa fille cadette conjuguée au travail de nuit, ce sur quoi l'affectation en cause apparaît sans incidence en l'état de l'instruction. En outre, M. A a lui-même contribué à la situation d'urgence qu'il invoque, en ne contestant la confirmation de son affectation dans la région de gendarmerie des Hauts de France, qui, emportait nécessairement, à elle seule, l'éloignement géographique de plus de 300 kilomètres de la ville de Toulon dont il se plaint, que le 6 février 2023 et en ne saisissant le juge des référés que près de trois mois plus tard.
7. D'autre part, en faisant état du retard et de la complication apportés aux opérations de déménagement par l'incertitude dans laquelle il se trouve quant aux suites qui seront données par le ministre de l'intérieur et des outre-mer à ses recours administratifs, M. A n'établit pas être exposé, de ce seul fait, à des conséquences graves et immédiates sur sa situation personnelle et familiale.
8. Enfin, il ressort des états des effectifs que M. A produit à l'appui de sa requête, que sa mutation au sein de la brigade de Chantilly permettra de réduire le déficit de personnel de son grade que la région de gendarmerie des Hauts de France connaît, contrairement à celle de Provence Alpes Côtes d'Azur, et qu'elle présente ainsi un intérêt public au regard des besoins du service.
9. Dans l'ensemble de ces circonstances, et au regard des contraintes de mobilité inhérentes à l'état militaire, la situation que le requérant invoque ne présente pas un caractère d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative justifiant la suspension, sans attendre, de l'exécution de l'ordre de mutation du 2 mars 2023 litigieux. Par suite, la condition d'urgence n'étant pas remplie, la requête de M. A doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er: La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.
Fait à Amiens, le 12 mai 2023.
Le président de la 4ème chambre, Juge des référés
: signé :
C. BINAND
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°230143