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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301696

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301696

mardi 13 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301696
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantDORMIEU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens, statuant en référé sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de provision de M. B, qui réclamait 23,12 euros pour un complément de salaire dû au titre d'un travail en détention en mars 2022. La requête a été jugée manifestement irrecevable car le requérant n'a pas justifié de la date de dépôt de sa réclamation préalable auprès de l'administration, condition nécessaire pour saisir le juge. En conséquence, le tribunal a également prononcé le retrait de l'aide juridictionnelle accordée à M. B, en application des articles 50 et 51 de la loi du 10 juillet 1991.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2023, M. A B, représenté par Me Dormieu, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision d'un montant de 23,12 euros au titre des arriérés de salaire qui lui sont dus pour les activités professionnelles qu'il a exercées en détention au mois de mars 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 mai 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier .

Vu :

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de provision :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

2. M. B, alors incarcéré au centre pénitentiaire de Laon, soutient avoir saisi le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lille d'une demande, datée du

19 décembre 2022 tendant au versement de la somme de 23,12 euros à titre de complément de rémunération au titre du travail exercé dans cet établissement pour le mois de mars 2022 et de la somme de 1 500 euros à titre d'indemnisation du préjudice moral qu'il estime avoir subi de ce fait. Par la présente requête, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article

R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat à lui verser une provision d'un montant de 23,12 euros correspondant au complément de rémunération qu'il a sollicité.

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du même code, dont les dispositions sont applicables aux requêtes en référé provision présentées sur le fondement de l'article R. 541-1 du même code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. () "

4. Si le requérant a produit, dans la présente requête en référé provision, une demande préalable du datée du 19 décembre 2022 sollicitant l'octroi d'une somme de 23,12 euros au titre de son salaire du mois de mars 2022, il a joint à cette demande, afin de justifier de la date du dépôt de la réclamation, un accusé de réception émanant du ministre de la justice indiquant que sa demande " a été reçue le 4 août 2022 ". Eu égard à la date mentionnée dans cet accusé de réception, celui-ci ne peut nécessairement pas concerner la demande de M. B datée du 19 décembre 2022 portant sur le montant de son salaire au titre du mois de mars 2022, alors par ailleurs, que ce requérant a introduit en 2022 plusieurs demandes distinctes tendant au paiement de complément de rémunération. Le conseil du requérant a été avisé de cette circonstance et invité à régulariser sa requête en référé provision par la production de la pièce justifiant de la date réelle du dépôt de sa réclamation datée du 19 décembre 2022. Cette demande de régularisation, ouverte par le conseil du requérant dans l'application télérecours le 2 juin 2023, est restée sans réponse. Par suite, le requérant n'établit pas qu'une décision implicite de sa demande de versement d'un complément de salaire est née à la suite de sa demande datée du 19 décembre 2022, de sorte que sa demande en référé provision est manifestement irrecevable.

Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :

5. Aux termes de l'article 50 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " Sans préjudice des sanctions prévues à l'article 441-7 du code pénal, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : / () / 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable ; () ". Aux termes de l'article 51 de la même loi : " Le retrait () est prononcé : / () / 2° Par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° du même article 50. ". Aux termes des deux derniers alinéas de l'article 65 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " Lorsque la procédure engagée par le bénéficiaire de l'aide a été jugée dilatoire, abusive ou manifestement irrecevable, le retrait est prononcé par la juridiction saisie qui en avise le bâtonnier et le bureau d'aide juridictionnelle. / Le retrait entraîne l'obligation, pour le bénéficiaire, de rembourser le montant des frais exposés par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. "

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4, que la requête en référé provision de

M. B, bénéficiant de l'aide juridictionnelle, est manifestement irrecevable. Par suite, il y a lieu de retirer l'aide juridictionnelle accordée à M. B par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à M. A B.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Dormieu, et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée au bâtonnier de l'ordre des avocats du barreau d'Avesnes-sur-Helpe et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Amiens.

Fait à Amiens, le 13 août 2024.

La juge des référés,

Signé :

C. Galle

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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