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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2301885

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2301885

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2301885
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSCP BACLET - CATHERINE BACLET-MELLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2023, M. C J et Mme K I épouse J, représentés par Me Baclet, demandent au juge des référés, de prescrire une expertise sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence de la société Suez SA en vue de déterminer la nature et la cause des désordres affectant leur propriété et les moyens d'y remédier.

Ils font valoir que :

- ils sont propriétaires d'une propriété située 26 rue Emile Quenot à Béthencourt sur Mer (80130), parcelle cadastrée section B n°784 ;

- un puits filtrant communal se trouve sur leur terrain depuis plus de cinquante années ;

- une " convention pour l'entretien du puits filtrant au lotissement communal " a été régularisée le 12 octobre 1971 entre la commune de Béthencourt sur Mer et M. C J prévoyant d'une part que la commune aura à sa charge l'entretien et la réparation de ce puits filtrant communal et d'autre part, qu'elle s'engage à remettre en état la propriété afin que l'intéressé ne subisse aucun préjudice ;

- au cours de l'année 2015, les époux J ont constaté la formation d'un trou sur leur allée privative et ce à proximité du puits filtrant communal ; la commune a procédé à plusieurs reprises à des travaux consistant en un comblement dudit trou avec des cailloux en 2017, 2018, 2019 et 2020 ; du béton a également été injecté en 2019 et 2020 en comblement des cailloux ; toutefois, en dépit des travaux qui ont été réalisés, le trou et l'affaissement des terres au pourtour du trou ne cessent de s'accroître ;

- les époux J ont saisi leur assurance de protection juridique qui a fait diligenter plusieurs expertises au contradictoire de la commune et de son assureur, Groupama mais également en présence de M. A D, propriétaire du n°28 de la rue Emile Quenot et son assureur Polyexpert, de M. E B, propriétaire du n°24 de la même rue et son assureur Abeille Assurances et de M. G L, propriétaire du n°30 et son assureur la Macif ;

- il est apparu lors de la première réunion d'expertise amiable en date du 21 décembre 2021, que les eaux pluviales des propriétés des 24, 26, 28 et 30 de la rue Emile Quenot sont déversées dans ledit puits filtrant communal en sus de celles de la commune ; quatre nouvelles expertises réalisées les 28 février, 26 avril, 20 septembre et 8 décembre 2022 ont mis en exergue un trou important et un affaissement des terres au pourtour du puits filtrant communal sans toutefois permettre de régler le litige portant sur les désordres subis par les requérants ; la vétusté du puits et son mauvais entretien par la commune outre les raccordements des eaux pluviales des fonds voisins qui ne sont plus totalement étanches ont été relevés par l'expert des requérants ;

- aucune solution amiable n'ayant pu être trouvée, la mesure d'expertise sollicitée est utile en vue de déterminer l'origine et la cause des désordres subis, les moyens d'y remédier et les préjudices subis.

Par un mémoire, enregistré le 5 juillet 2023, la commune de Béthencourt sur Mer et la Caisse de Crédit Agricole Mutuel Paris Val de Loire (CRAMA), représentées par Me Cousseau, demandent au juge des référés, dans l'hypothèse où il serait fait droit à la demande d'expertise, de la déclarer communes et opposables à M. E B, à M. A D et à M. G L.

Il est fait valoir que leur responsabilité étant susceptible d'être engagé, il convient qu'ils soient appelés à la procédure en tant que parties.

Des pièces ont été produites par M. D le 5 juillet 2023.

Des pièces ont été produites par M. L le 6 juillet 2023.

La requête a été communiquée à M. E B, au cabinet Abeille Assurances, à la société Civis Assurances, et à la société d'assurance mutuelle à cotisations variables (MACIF), lesquels n'ont pas produit d'observations.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. La mesure d'expertise demandée par M. et Mme J, qui vise à déterminer si et dans quelle mesure les désordres frappant leur propriété sont imputables à la présence et aux conditions de fonctionnement d'un ouvrage appartenant à la commune de Béthencourt sur Mer entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

O R D O N N E

Article 1er : M. F H exerçant 1 bis rue Albert 1er de Belgique à Arras (62000) est désigné en qualité d'expert et a pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux, à savoir 26 rue Emile Quenot à Béthencourt sur Mer (80130) après avoir convoqué les parties dans les conditions définies par l'article R. 621-7 du code de justice administrative ;

2°) se faire communiquer tous documents qu'il jugera nécessaires à l'accomplissement de sa mission et entendre tout sachant ;

3°) décrire les désordres affectant la propriété de M. et Mme J située 26 rue Emile Quenot à Béthencourt sur Mer (80130) ;

4°) rechercher l'origine, l'étendue et la cause desdits désordres, notamment si et dans quelle mesure ceux-ci sont imputables à la présence et aux conditions de fonctionnement du puits filtrant communal ainsi qu'au ruissellement des eaux pluviales des propriétés de MM. B, D et L ;

5°) évaluer le coût des travaux de reprise propres à remédier aux désordres et à l'ensemble des préjudices subis par les requérants ;

6°) fournir tous les éléments permettant au juge du fond ultérieurement saisi de se prononcer.

Article 2 : L'expert, qui pourra s'adjoindre un ou plusieurs sapiteurs, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toutes les opérations, l'experte prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert avertira les parties par lettre recommandée avec accusé de réception quatre jours au moins avant les opérations d'expertise.

Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe du tribunal en deux exemplaires dont un par voie électronique au plus tard pour le 31 décembre 2024. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C J et Mme K I épouse J, à la commune de Béthencourt sur Mer, à la Caisse de Crédit Agricole Mutuel Paris Val de Loire (CRAMA), à M. A D, à M. E B, à M. G L, au cabinet Abeille Assurances, à la société Civis Assurances, à la société d'assurance mutuelle à cotisations variables (MACIF) et à M. F H, expert.

Fait à Amiens, le 14 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé :

C. BINAND

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301885

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