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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302287

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302287

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302287
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCLAUDON ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2023, sous le n°2302287, et un mémoire enregistré le 12 octobre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, demande au juge des référés de prescrire, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise en vue de déterminer la nature et les causes des désordres constatés sur le bâtiment de l'unité administrative de protection judiciaire de la jeunesse du ministère de la justice située 203 Chaussée Jules Ferry à Amiens (80000), en présence de :

- la société atelier d'architecture Topique en qualité d'architecte et de premier mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre ;

- la société BâtiTECH en qualité de maître d'œuvre cotraitant, de bureau d'études et de second mandataire du groupement ;

- la société Qualiconsult en qualité de bureau de contrôle technique ;

- la société Eiffage Construction Picardie en qualité de titulaire des lots n°s 1, 2 et 4 du marché public de travaux ;

- la société Hédoux en qualité de titulaire du lot n°3 du marché public de travaux ;

- la société THEG, anciennement dénommée EGCA en qualité de titulaire du lot de travaux n°6 ;

- et la société Dalkia, en qualité de titulaire du marché public de maintenance du site.

Il est fait valoir que :

- l'UEHC d'Amiens est une unité administrative de la protection judiciaire de la jeunesse du ministère de la justice et fait partie de l'établissement de placement éducatif de Saint-Quentin, qui comprend deux unités administratives (Amiens et Saint Quentin) placées sous l'autorité d'un directeur ;

- la direction de la protection judiciaire de la jeunesse a confié le 10 octobre 2023, à la société d'architecture Topique à laquelle a succédé la société BâtiTECH, un marché public de maîtrise d'œuvre dans le cadre de travaux de restructuration (réhabilitation/extension) de l'UEHC d'Amiens sous le contrôle technique de la société Qualiconsult ;

- les prestations de l'opération des travaux ont porté sur huit lots qui ont été traités par marchés à lots séparés ;

- par acte d'engagement conclu le 10 octobre 2014, les lots n°s 1, 2 et 4 ont été attribués à la société Eiffage Construction Picardie ;

- la réalisation du lot n°6 a été confiée à la société THEG, anciennement dénommée EGCA ;

- la réception des lots n°s 1, 2 et 4 a été prononcée le 16 novembre 2015 sur proposition du maître d'œuvre ;

- la levée des réserves a été prononcée pour ces trois lots, le 7 décembre 2016 ;

- s'agissant du lot n°6, la réception des travaux a été prononcée avec réserves le 29 avril 2016 et par un procès-verbal établi le 16 décembre 2016, les réserves ont été levées avec effet le

8 septembre ;

- la société Dalkia est intervenue en qualité d'exploitant et de mainteneur des installations de chauffage, de ventilation et de climatisation, titulaire du lot n°7 - département de la Somme - dans le cadre d'un marché subséquent passé sur la base d'un accord-cadre ;

- à partir de la fin du mois de décembre 2022, il a été constaté l'apparition d'une fuite sous une dalle au niveau du rez-de-chaussée de la nouvelle extension ;

- la DIRPJJ a fait intervenir le 6 janvier 2023 l'entreprise AX'eau, spécialisée en recherches de fuites, afin de localiser le désordre sans ouverture de dalle, ce qui a donné lieu à l'établissement d'un rapport ;

- par la suite, un constat d'huissier ainsi que deux autres rapports de constat, lesquels attestent tous de la réalité des désordres allégués ainsi que l'impérative nécessité pour l'entreprise THEG qui a réalisé les travaux de plomberie et de chauffage d'intervenir pour que l'établissement puisse se remettre en fonction ;

- la surconsommation ainsi constaté a conduit la commune d'Amiens à couper l'alimentation en eau dans cet établissement ; dans ce contexte, la décision de délocaliser en urgence l'hébergement des cinq mineurs présents sur site au sein d'une auberge de jeunesse située à proximité ;

- les désordres n'ayant pu être résolus, la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer l'origine et les causes des désordres allégués et les moyens d'y remédier.

Par un mémoire, enregistré le 29 septembre 2023, la société Atelier d'architecture Topique, désormais dénommée société Francis Landron SARL d'architecture demande à être mise hors de cause.

Elle soutient que :

- elle a mis un terme au marché de maîtrise d'œuvre qui la liait au ministère de la justice et a été déclarée comme défaillante ;

- l'ensemble du marché à partir du 10 avril 2023 a été transmis au co-traitant BatiTECH.

Par un mémoire, enregistré le 9 octobre 2023, la société Qualiconsult, représentée par Me de Cosnac, demande au juge des référés de statuer ce que de droit sur la demande d'expertise formulée par le garde des sceaux, ministre de la justice.

Par un mémoire, enregistré le 12 octobre 2023, la société Eiffage Construction Picardie, représentée par Me Lambert, demande au juge des référés de prendre acte de ses plus expresses protestations et réserves sur la demande d'expertise formée par le garde des sceaux, ministre de la justice et de réserver les dépens.

La requête a été communiquée à la société Hédoux, à la société Theg et à la société Dalkia, qui n'ont pas produit d'observations.

La présidente a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. L'octroi d'une mesure d'expertise est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir. Il revient au juge des référés, pour déterminer l'utilité de la mesure d'expertise, de se prononcer sur le bien-fondé d'une irrecevabilité ou d'une prescription qui est opposée.

3. La direction de la protection judiciaire de la jeunesse a confié le 10 octobre 2023, à la société d'architecture Topique à laquelle a succédé à la société BâtiTECH, un marché public de maîtrise d'œuvre dans le cadre de travaux de restructuration (réhabilitation/extension) de l'UEHC d'Amiens sous le contrôle technique de la société Qualiconsult. Le marché a été décomposé en huit lots qui ont été traités par marchés à lots séparés. Les lots nos 1 (démolition - gros œuvre - désamiantage - voirie et réseaux divers), 2 (charpente - plancher bois - bardage - couverture) et 4 (Cloisons - plâtrerie - menuiseries intérieures) ont été confiés à la société Eiffage Construction Picardie. La réalisation du lot n°6 (plomberie - chauffage - ventilation) a été confiée à la société THEG anciennement dénommée EGCA. La réception des lots nos 1, 2 et 4 a été prononcée le

16 novembre 2015 et la levée des réserves de ces trois lots a été prononcée le 7 décembre 2016. La réception des travaux du lot n°6 a été prononcée avec réserves le 29 avril 2016 et les réserves ont été levées par un procès-verbal établi le 16 décembre 2016 avec effet au 8 septembre 2016. La société Dalkia est intervenue en qualité d'exploitant et de mainteneur des installations de chauffage ventilation et de climatisation en tant que titulaire du lot n°7 dans le cadre d'un marché subséquent passé sur la base d'un accord-cadre. L'apparition d'une fuite sous une dalle au niveau du

rez-de-chaussée de la nouvelle extension a été constatée fin décembre 2022. Outre une surconsommation en eau, l'administration soutient que cette fuite a provoqué des inondations et potentiellement fragilisé la structure porteuse du bâtiment, tandis qu'un défaut de raccordement du système de rejet des eaux pluviales, provoquant ainsi un rejet sur le domaine public, a également été constaté. Il a été fait le constat d'une installation des moteurs d'extraction de la hotte de cuisine ne permettant pas un entretien régulier, compte tenu de l'impossibilité de procéder à un changement des filtres en raison d'un manque d'espace disponible. L'entreprise AX'eau, spécialisée en recherche de fuites est intervenue à la demande de la DIRPJJ afin de localiser le désordre dans l'ouverture de dalle. Plusieurs rapports et constats démontrent la réalité des désordres allégués et la nécessité pour l'entreprise THEG, qui a réalisé les travaux de plomberie et de chauffage, d'intervenir pour que l'établissement puisse être remis en fonction. Compte tenu de tout ce qui précède et du fait que les cinq mineurs présents sur site ont dû être relogés au sein d'une auberge de jeunesse située à proximité, la mesure d'expertise s'avère utile pour en déterminer la nature et les causes et les moyens d'y remédier et il y a lieu de fixer la mission de l'expert ainsi qu'il sera énoncé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande de mise hors de cause de la société Atelier d'architecture Topique, désormais dénommée société Francis Landron SARL d'architecture :

4. La circonstance que le marché de maîtrise d'oeuvre de l'opération, dont la société Atelier d'architecture Topique, désormais dénommée société Francis Landron SARL d'architecture, était co-traitante ait été, après qu'elle ait été déclarée défaillante, exclusivement confié à compter du 10 avril 2023 à un autre co-traitant de ce marché n'est pas de nature à la rendre manifestement étrangère au litige susceptible d'être porté devant le juge du fond et qui motive l'expertise, dès lors qu'il n'est ni démontré ni même allégué que la société n'aurait réalisé aucune prestation au titre du marché litigieux. Par suite, alors que la mise en cause d'une partie à l'expertise, simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjuge pas de l'existence et de l'étendue de sa responsabilité devant le juge du fond, il apparaît utile que la société Atelier d'architecture Topique, désormais dénommée société Francis Landron SARL d'architecture, participe aux operations d'expertise et il n'y a pas lieu de la mettre hors de cause. Il appartiendra à l'expert, s'il l'estime pertinent, de solliciter du juge des référés, en fournissant toute justification, la mise hors de cause des parties dont la participation ne serait pas ou plus nécessaire, en application des dispositions de l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

5. La mise en cause des autres sociétés demandée par le garde des sceaux, ministre de la justice, présentant un caractère d'utilité qui n'est d'ailleurs pas contesté, il y a lieu de prescrire que les opérations d'expertise se dérouleront au contradictoire des intervenants énumérés à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur les réserves exprimées :

5. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

6. Aucun dépens n'a été engagé dans le cadre de la présente instance. Dès lors, les conclusions présentées à cet égard par les parties sont dépourvues d'objet et, par suite, doivent être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : Mme A B exerçant 7 rue Paul Eluard à Ronchin (59790) est désignée en qualité d'experte, avec pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux, à savoir à l'Unité Educative d'Hébergement Collectif (UEHC) située 203 Chaussée Jules Ferry à Amiens (80000) ;

2°) se faire communiquer tout document et entendre toute personne qu'elle estimera utile à l'accomplissement de sa mission ;

3°) décrire la nature et l'étendue des dommages et désordres évoqués ci-dessus et dont est est affecté l'ouvrage ;

4°) établir les causes et origines des désordres, en fournissant tout élément technique et de fait permettant au juge d'apprécier les responsabilités encourues, et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune de ces causes ;

5°) fournir tout élément technique et de fait permettant au juge d'établir si les désordres dont est affecté l'ouvrage sont de nature le rendre impropre à sa destination ou à compromettre sa solidité ;

6°) proposer, le cas échéant, les mesures conservatoires nécessaires à la sauvegarde de ces travaux et évaluer leur coût ;

7°) de manière générale, fournir tous éléments techniques et de fait, de nature à permettre à la juridiction éventuellement saisie au fond de déterminer les responsabilités encourues ;

8°) fournir au juge les éléments lui permettant d'apprécier l'étendue des préjudices subis par la direction de la protection judiciaire de la jeunesse et notamment l'évaluation du coût des travaux nécessaires à réparer les désordres.

Article 2 : L'experte accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles

R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative au contradictoire, de :

- la société Francis Landron SARL d'architecture, anciennement dénommée la société Atelier d'architecture Topique, en sa qualité initiale de co-traitante et mandataire du marché de maîtrise d'œuvre de l'opération de travaux de restructuration de l'UEHC d'Amiens ;

- la société BâtiTECH, en cette même qualité et celle de bureau d'étude ;

- la société Qualiconsult, en qualité de bureau de contrôle technique ;

- la société Eiffage Construction Picardie, en qualité de titulaire des lots n°s 1, 2 et 4 du marché public de travaux ;

- la société Hedoux en qualité de titulaire du lot n°3 du marché public de travaux ;

- la société THEG, anciennement dénommée EGCA en qualité de titulaire du lot de

travaux n°6 ;

- et la société Dalkia, en qualité de titulaire du marché public de maintenance du site.

Article 3 : Préalablement à toutes les opérations, l'experte prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'experte avertira les parties par lettre recommandée avec accusé de réception quatre jours au moins avant les opérations d'expertise.

Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe du tribunal en deux exemplaires au plus tard pour le 31 décembre 2024. Des copies seront notifiées par l'experte aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée au Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, à la SARL d'architecture Francis Landron, à la société BâtiTECH, à la société Qualiconsult, à la société Eiffage Construction Picardie, à la société Hédoux, à la société THEG, à la société Dalkia et à Mme A B, experte.

Fait à Amiens le 8 avril 2024.

Le président de la 3ème chambre,

Juge des référés,

Signé :

S. Thérain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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