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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302380

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302380

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302380
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSELARL FABRE SAVARY FABBRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, Mme D A représentée par

Me Haleblian, demande au juge des référés :

1° de prescrire une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence du centre hospitalier intercommunal Compiègne Noyon, du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise en vue de déterminer les conditions et conséquences dans les suites de sa prise en charge par les établissements de santé précités à compter du 19 octobre 2019 ;

2° de dire que les frais d'expertise seront pris en charge par le centre hospitalier intercommunal de Compiègne Noyon et par le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie ;

3° de condamner solidairement le centre hospitalier intercommunal de Compiègne Noyon et le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie à lui verser la somme de

1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4° de dire et juger que les dépens seront pris en charge conjointement par le centre hospitalier intercommunal de Compiègne Noyon et par le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie.

Elle soutient que :

- elle a été opérée d'une mastectomie totale droite et curage axillaire homolatéral sous anesthésie générale en novembre 2016 ;

- elle a été opérée pour une reconstruction mammaire différée droite par lambeau pédicule du muscle grand dorsal droit associée à une mastopexie gauche en octobre 2019 ;

- elle déplore d'importantes douleurs et crampes qui ont des répercussions quotidiennes sur son état psychologique ;

- la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer les conditions de sa prise en charge et les préjudices subis.

Par un mémoire, enregistré le 24 juillet 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise informe le juge des référés de ce qu'elle ne s'oppose pas à la demande de désignation d'un expert et précise que si la responsabilité du centre hospitalier intercommunal Compiègne Noyon est retenue par le tribunal administratif d'Amiens, elle lui demandera le remboursement de ses débours.

Par un mémoire, enregistré le 26 juillet 2023, le centre hospitalier intercommunal de Compiègne Noyon, représenté par la SCP Lebègue Derbise, demande au juge des référés de lui donner acte de ses protestations et réserves quant à une éventuelle responsabilité dans l'état actuel de Mme A ; de compléter la mission comme indiqué dans le corps des présentes, de dire que l'expert ne devra pas convoquer les parties tant que le relevé des débours de l'organisme social ne lui aura pas été fourni et diffusé contradictoirement et de rejeter le surplus des conclusions de la requête.

Par un mémoire, enregistré le 2 août 2023, le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, représenté par Me Cantaloube, demande au juge des référés d'ordonner une mesure d' expertise au contradictoire de Mme A, du centre hospitalier intercommunal de Compiègne Noyon, du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie et des organismes sociaux, de désigner un expert spécialisé en chirurgie plastique et reconstructrice selon la mission proposée dans le corps des présentes et, si besoin, aux frais avancés de la requérante, de rejeter la demande de condamnation au titre des frais irrépétibles et de réserver les dépens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné, M. Bertrand Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. Les mesures d'expertise demandées par Mme A sont utiles et entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande de production du relevé de ses frais et débours par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise :

3. En l'état de l'instruction, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse de sécurité sociale ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle que fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de la solliciter, s'il l'estime nécessaire. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la communication de ce relevé.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes formulées sur le fondement de ces dispositions.

Sur les dépens :

7. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La docteure C B exerçant clinique de l'Alma - 166 rue de l'Université à Paris 07 (75007) est désignée pour procéder, en présence de Mme D A, du centre hospitalier intercommunal Compiègne Noyon, du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à une expertise médicale à l'effet de :

1° Se faire communiquer tous documents utiles relatifs à l'état de santé de

Mme D A et prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant à ses prises en charge à compter du 19 octobre 2019 par le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie et le centre hospitalier intercommunal Compiègne Noyon ; convoquer et entendre contradictoirement les parties, après qu'elles auront eu communication de ces documents ; entendre toute personne qu'il estimera utile ;

2° Procéder, en tant que besoin, à l'examen clinique de Mme A et rappeler son état de santé antérieur ;

3° Décrire les conditions de la prise en charge litigieuse ;

4° Dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science médicale après avoir réuni tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;

5° Se prononcer sur l'origine des conséquences dommageables subies en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge litigieuse ; dire, le cas échéant, si elles sont la conséquence d'un accident médical non fautif, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale ; déterminer si elles présentent un lien de causalité direct et certain avec la prise en charge litigieuse et dire si ce lien de causalité est exclusif ou si d'autres actes ou causes ont pu contribuer aux dommages et indiquer la part imputable à chacune des causes ;

6° Déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

7° Indiquer si le ou les manquement(s) éventuellement constaté(s) a / ont fait perdre à l'intéressée une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; préciser la ou les perte(s) de chance (pourcentage ou coefficient), le cas échéant ;

8° Dire si l'état de santé de Mme A est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où son état de santé ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;

9° Déterminer les préjudices éventuels résultant des prises en charge litigieuse, à l'exception de tout état antérieur ou de l'évolution normale ou prévisible de la pathologie initiale ou de toute cause étrangère ou pathologies intercurrentes, et en particulier :

A) Préjudices patrimoniaux :

a) Préjudices patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : perte de gains professionnels, dépenses de santé et frais divers, assistance par tierce personne ;

b) Préjudices patrimoniaux permanents (après consolidation) : perte de gains professionnels futurs, incidence professionnelle, préjudice de formation, dépenses de santé futures, assistance par tierce personne ;

B) Préjudices extra-patrimoniaux :

a) Préjudices extra-patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées et préjudice esthétique temporaire en les évaluant sur une échelle de 1 à 7, préjudice sexuel ;

b) Préjudices extra-patrimoniaux permanents (après consolidation) : déficit fonctionnel permanent, préjudice d'agrément, souffrances endurées et préjudice esthétique en les évaluant sur une échelle de 1 à 7, préjudice sexuel ;

10° Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires dont un par voie électronique, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par la présidente du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, au centre hospitalier intercommunal Compiègne Noyon, au centre hospitalier universitaire Amiens Picardie et à la docteure C B, experte.

Fait à Amiens, le 12 février 2024.

Le juge des référés,

Signé :

B. Boutou

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2302380

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