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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302385

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302385

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302385
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantDORMIEU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens a rejeté la requête de M. B, qui demandait une provision de 1 535,06 euros pour un complément de rémunération lié à son emploi au centre pénitentiaire de Laon. Le tribunal a jugé la demande irrecevable car, avant l’introduction de la requête, l’administration avait déjà proposé et M. B avait accepté une indemnisation supérieure pour ces arriérés de salaire. En application de l’article R. 421-1 du code de justice administrative, l’absence de décision de rejet sur cette demande préalable rend le recours irrecevable. Le tribunal a également rappelé que l’acceptation de cette offre n’empêchait pas M. B de contester séparément le rejet de sa demande d’indemnisation pour préjudice moral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2023, M. A B, représenté par

Me Dormieu, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision d'un montant de 1 535,06 euros au titre d'un complément de rémunération dû pour son emploi au sein du centre pénitentiaire de Laon durant les périodes de janvier à mars 2020 et de juin à décembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le montant du salaire qu'il a perçu pour les mois de janvier à mars 2020 et de juin à décembre 2020 est erroné ;

- la proposition d'indemnisation faite par l'administration à hauteur de 1 694,60 euros ne pouvait être acceptée dès lors qu'il aurait alors dû renoncer à sa demande d'indemnisation au titre du préjudice moral ;

- sa créance est non sérieusement contestable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable dès lors qu'une indemnisation d'un montant supérieur à celui sollicité lui a été proposé avant l'introduction de la requête, proposition qu'il a d'ailleurs acceptée avant l'introduction de la requête.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du 7 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier,

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'octroi d'une provision :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Aux termes de l'article R. 421-1 du même code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. "

2. Il résulte des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, qui sont applicables aux demandes de provision présentées sur le fondement de l'article R. 541-1 du même code, qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au paiement d'une somme d'argent est irrecevable.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, par un courrier daté du 24 janvier 2023 et reçu le 13 avril 2023, M. B a saisi le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lille d'une demande tendant au versement des sommes de 1321,71 à titre d'arriérés de salaire dus pour son emploi au sein du centre pénitentiaire de Laon durant la période de janvier à mars 2020 et juin à décembre 2020, et de 1 500 euros au titre de l'indemnisation du préjudice moral qu'il estime avoir subi.

4. Il résulte de l'instruction, notamment des pièces versées au dossier par le requérant

lui-même que, par une décision du 8 juin 2023, antérieure à l'introduction de la présente requête, le garde des sceaux, ministre de la justice, a fait droit à sa réclamation du 24 janvier 2023, en lui proposant le versement d'une somme de 1 694, 40 euros, pourtant supérieure à celle qu'il demandait, au titre des arriérés de salaire dus pour la période contestée et rejeté sa demande en ce qui concerne le préjudice moral. Le 13 juillet 2023, antérieurement à l'enregistrement de sa requête, M. B a d'ailleurs rempli le formulaire d'acceptation et l'a fait parvenir à l'administration, et a, de ce fait, accepté le versement de la somme de

1 694,40 euros proposée au titre d'un complément de rémunération. Contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance que l'administration n'a pas, par sa décision du 8 juin 2023, fait droit à sa demande d'indemnisation au titre du préjudice moral ne faisait pas obstacle à ce que le requérant accepte l'indemnisation proposée au titre des arriérés de salaire, dès lors que cette acceptation n'impliquait nullement pour lui de renoncer à saisir le juge d'une demande d'indemnisation au titre de son seul préjudice moral. Dès lors, M. B ne peut se prévaloir d'aucune décision administrative rejetant la demande qu'il avait formée au titre de ses arriérés de salaire. Par suite, ses conclusions tendant à l'octroi d'une provision d'un montant de 1 535,06 euros au titre de ses arriérés de salaire sont manifestement irrecevables.

Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :

5. Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : () ; / 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable ; () ". Aux termes de l'article 51 de la même loi : " Le retrait de l'aide juridictionnelle peut intervenir en cours d'instance et jusqu'à un an après la fin de l'instance. Il peut être demandé par tout intéressé. Il peut également intervenir d'office. / Le retrait est prononcé par le bureau qui a accordé l'aide juridictionnelle, excepté dans le cas mentionné au 4° de l'article 50, où il est prononcé par la juridiction saisie. ". Aux termes des deux derniers alinéas de l'article 65 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " Lorsque la procédure engagée par le bénéficiaire de l'aide a été jugée dilatoire, abusive ou manifestement irrecevable, le retrait est prononcé par la juridiction saisie qui en avise le bâtonnier et le bureau d'aide juridictionnelle. / Le retrait entraîne l'obligation, pour le bénéficiaire, de rembourser le montant des frais exposés par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. "

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la présente procédure engagée par

M. B, bénéficiant de l'aide juridictionnelle partielle, est manifestement irrecevable. Par suite, il y a lieu de retirer l'aide juridictionnelle accordée à M. B par la décision susvisée du 7 juin 2023.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à M. B.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Dormieu, et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée au bâtonnier de l'ordre des avocats du barreau d'Avesnes-sur-Helpe et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Amiens.

Fait à Amiens, le 12 août 2024.

La juge des référés,

Signé :

C. Galle

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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