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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302590

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302590

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302590
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSELARL CABINET BEAUMONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2023, M. C B, représenté par Me Guyon, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence de la commune de Coye-la-Forêt et de la société d'aménagement urbain et rural (Saur), en vue de déterminer la nature et la cause des désordres affectant sa propriété située La Sauvageonne - 36 rue du Layon de l'Enclave et les moyens d'y remédier ;

2°) d'ordonner cette expertise aux frais exclusifs de la commune de Coye-la-Forêt ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Coye-la-Forêt la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est propriétaire depuis le 15 janvier 2007, de deux parcelles construites situées au lieu-dit La Sauvageonne - 36 rue du Layon de l'Enclave à Coye la Forêt (60580), enclavées par des chemins forestiers appartenant à l'institut de France, sur lesquels il dispose d'une servitude de passage conventionnelle ;

- depuis le milieu de l'année 2022, il a constaté de nombreuses dégradations sur sa propriété causées par le ruissellement et le mauvais écoulement d'eaux en provenance des chemins forestiers, qu'il impute aux fuites provenant du réseau d'adduction d'eau potable vétuste appartenant à la commune de Coye-la-Forêt ainsi qu'à la réalisation de travaux effectués sur ce réseau par la société Saur ayant corollairement affecté le bon fonctionnement du réseau d'assainissement au droit de sa propriété ;

- dans ces conditions, la mission d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer la nature et l'origine des désordres persistants qui, s'ils sont imputables au fonctionnement d'un ouvrage public et à la réalisation des travaux publics par la Saur, sont de nature à engager la responsabilité de la commune et de cette société, ainsi que les préjudices subis et les moyens d'y remédier.

Par un mémoire, enregistré le 18 septembre 2023, la Saur, représentée par Me Beaumont, s'en rapporte à l'appréciation du juge des référés sur l'utilité de la demande d'expertise formée par M. B et, en cas de désignation d'un expert judiciaire, demande que cette mesure soit exécutée aux frais avancés de M. B, et que son périmètre soit circonscrit au constat des désordres, à l'appréciation de leur origine et à l'évaluation des préjudices sans préjuger des responsabilités encourues.

La requête a été communiquée à la commune de Coye la Forêt, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective, d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.

3. Les mesures d'expertise demandées par M. C B, visent notamment à déterminer si les désordres affectant sa propriété située La Sauvageonne, 36 rue du Layon de l'Enclave à Coye la Forêt (60580) trouvent leur origine dans la présence ou le fonctionnement, à proximité de celle-ci, de conduites du réseau de distribution d'eau potable de la commune de Coye-la-Forêt et dans des travaux sur ce réseau effectués par la société d'aménagement urbain et rural qui en assure la gestion. Ces mesures d'expertise présentent un intérêt dans la perspective d'un litige tendant à rechercher la responsabilité de la commune ou de cette société, qui n'est pas manifestement insusceptible d'être porté devant la juridiction administrative, et entrent ainsi dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les dépens :

4. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il n'appartient qu'au président du Tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, sur leur fondement, à la charge de la commune de Coye-la-Forêt, qui ne peut être regardée comme la perdante dans la présente instance. Il s'ensuit que les conclusions que M. B présente à ce titre doivent être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : M. D A exerçant 43 rue du Pourtour à Montesson (78360) est désigné en qualité d'expert et a pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux, à savoir, La Sauvageonne - 36 rue de l'Enclave du Layon à Coye la Forêt (60580), après avoir convoqué les parties dans les conditions définies par l'article R. 621-7 du code de justice administrative ;

2°) se faire communiquer tous documents qu'il jugera nécessaires à l'accomplissement de sa mission et entendre tout sachant ;

3°) décrire les désordres ayant affecté et affectant la propriété du requérant ;

4°) rechercher l'origine, l'étendue et la cause de chacun desdits désordres et leur évolution prévisible et indiquer le cas échéant s'ils résultent en tout ou partie d'un état de fragilité de l'immeuble ;

5°) évaluer le coût des travaux de reprise propres à remédier aux désordres et à l'ensemble des préjudices subis par le requérant, en les distinguant, le cas échéant, selon l'origine des désordres ;

6°) fournir tous les éléments permettant au juge du fond ultérieurement saisi de se prononcer.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative au contradictoire, de M. C B, de la commune de Coye la Forêt de la société Saur.

Article 3 : Préalablement à toutes les opérations, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert avertira les parties par lettre recommandée avec accusé de réception quatre jours au moins avant les opérations d'expertise.

Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe du tribunal par voie électronique au plus tard pour le 31 janvier 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à la commune de Coye la Forêt, à la société d'aménagement urbain et rural et à M. D A, expert.

Fait à Amiens, le 5 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé :

C. BINAND

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302590

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