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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303071

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303071

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303071
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSCP ANTONINI-HANSER & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 septembre et 25 novembre 2023, la commune de Guise, représentée par Me Antonini, demande au juge des référés de :

1°) prescrire, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise en vue de déterminer la nature et les causes des désordres affectant la halle couverte du marché " Marie de Lorraine ", en présence de la société Fermetures de l'Aisne ;

2°) condamner la société Fermetures de l'Aisne au paiement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens de l'instance, en ce compris les frais de procès-verbal de constat à hauteur de

309,20 euros.

Il est fait valoir que :

- la commune de Guise a fait appel à la société Fermetures de l'Aisne afin d'effectuer des travaux de réhabilitation d'un îlot urbain sis 40 rue des Minimes en halle couverte ainsi que la restructuration des espaces urbains du square de la ville et lui a confié le lot n°5 - Menuiseries extérieures ;

- les travaux ont été effectués et réceptionnés le 1er février 2022, faisant néanmoins l'objet de réserves ;

- les travaux de reprise devaient être effectués avant le 1er mars 2022 ;

- diverses fuites lors de précipitations de moyenne intensité ont été relevées ;

- la société Fermetures de l'Aisne n'ayant pas remédié aux désordres malgré les mises en demeure qui lui ont été adressées et le protocole d'accord signé le 24 janvier 2023, prévoyant qu'elle interviendrait en réparation des désordres en semaine 11 ou 12 de l'année 2023, afin de garantir un ouvrage étanche et en parfait état de fonctionnement, la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer l'origine et les causes des désordres allégués et les moyens d'y remédier.

Par un mémoire, enregistré le 13 octobre 2023, la société Fermetures de l'Aisne, représentée par Me Laurent, demande au juge des référés de rejeter la requête de la commune de Guise à son encontre comme dépourvue d'utilité, de condamner la commune de Guise au versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens en application de l'article R. 761-1 du même code.

Elle fait valoir que la mesure d'expertise sollicitée ne présente aucun caractère utile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. L'octroi d'une mesure d'expertise est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir. Il revient au juge des référés, pour déterminer l'utilité de la mesure d'expertise, de se prononcer sur le bien-fondé d'une irrecevabilité ou d'une prescription qui est opposée.

3. La commune de Guise a, lors des travaux en vue de la réhabilitation de l'îlot urbain en halle couverte du marché " Marie de Lorraine ", confié le lot 5 - Menuiseries extérieures à la société Fermetures de l'Aisne. Les travaux ont été réceptionnés le 1er février 2022 avec réserves. Des fuites sont apparues et les travaux de reprise devaient être effectués avant le 1er mars 2022. Par un courrier du 27 juin 2022, la société B Plus B Architectures, en sa qualité de maître d'œuvre des travaux, et la commune de Guise ont informé la société Fermetures de l'Aisne que des précipitations de moyenne intensité faisaient apparaître de nombreuses fuites, révélant des défauts dans le fonctionnement des chéneaux ainsi que d'autres malfaçons sur l'ouvrage de la verrière au niveau des montants, et ont mis en demeure cette entreprise d'intervenir dans un délai de deux semaines. L'intervention du

12 juillet 2022 de la société Fermetures de l'Aisne n'a pas permis de résoudre les désordres et une nouvelle lettre recommandée a été adressée à cette dernière le 3 août suivant, précisant qu'en l'absence d'intervention de sa part, un huissier serait mandaté pour constatation. En l'absence de réponse, la protection juridique de la commune de Guise a fait parvenir à la société Fermetures de l'Aisne une nouvelle mise en demeure le 7 décembre 2022. Un protocole d'accord a alors été signé entre les parties, le 24 janvier 2023, prévoyant que la société Fermetures de l'Aisne interviendrait en réparation des désordres en semaine 11 ou 12 de l'année 2023 afin de garantir un ouvrage étanche et en parfait état de fonctionnement. Il résulte d'un procès-verbal de constat établi le 22 juin 2023 par Me Imberdis, commissaire de justice, que les désordres persistent toujours. Par suite, la mesure d'expertise s'avère utile pour en déterminer la nature et les causes, ainsi que les moyens d'y remédier.

4. Par son mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2023, la société Fermetures de l'Aisne demande au juge des référés de rejeter la requête de la commune de Guise comme dépourvue d'utilité en raison du protocole d'accord signé le 24 janvier 2023, et de prononcer sa mise hors de cause. Toutefois, l'organisation d'une mesure d'expertise ne préjuge pas de la responsabilité éventuelle des parties appelées en la cause et ne préjudicie pas au principal. Dès lors, peuvent être appelées à une expertise ordonnée sur le fondement des dispositions précitées de l'article

R. 532-1 du code de justice administrative non seulement les personnes dont la responsabilité est susceptible d'être engagée par l'action qui motive l'expertise ou qui, à tout le moins, n'y sont pas manifestement étrangères, mais aussi toute personne dont la présence est de nature à éclairer les travaux de l'expert. Ainsi, dans la mesure où la société Fermetures de l'Aisne n'est pas manifestement étrangère au litige susceptible d'être engagé devant le juge du fond, il apparaît utile que cette société participe à la présente procédure.

5. La mesure d'expertise sollicitée par la commune de Guise entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R.532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande des parties présentent sur le fondement de ces dispositions.

Sur les dépens :

8. En l'absence de dépens engagés dans le cadre de la présente instance, les conclusions présentées à ce titre sont dépourvues d'objet et doivent, par suite, être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : M. A B exerçant 30 rue des Nonnettes à Marchiennes (59870) est désigné en qualité d'expert, avec pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux, à savoir Halle de marché " Marie de Lorraine " à Guise (02120) ;

2°) se faire communiquer tout document et entendre toute personne qu'il estimera utile à l'accomplissement de sa mission ;

3°) décrire la nature et l'étendue des dommages et désordres évoqués ci-dessus et dont l'ouvrage se trouve affecté, et plus précisément l'état d'étanchéité ;

4°) établir les causes et origines des désordres, en fournissant tout élément technique et de fait permettant au juge d'apprécier les responsabilités encourues, et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune de ces causes ;

5°) fournir tout élément technique et de fait permettant au juge d'établir si les désordres dont est affecté l'ouvrage sont de nature le rendre impropre à sa destination ou à compromettre sa solidité ;

6°) proposer, le cas échéant, les mesures conservatoires nécessaires à la sauvegarde de ces travaux et évaluer leur coût ;

7°) de manière générale, fournir tous éléments techniques et de fait, de nature à permettre à la juridiction éventuellement saisie au fond de déterminer les responsabilités encourues ;

8°) fournir au juge les éléments lui permettant d'apprécier l'étendue des préjudices subis par la commune de Guise, et notamment l'évaluation du coût des travaux nécessaires à réparer les désordres.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles

R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative au contradictoire de la société Fermetures de l'Aisne.

Article 3 : Préalablement à toutes les opérations, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert avertira les parties par lettre recommandée avec accusé de réception quatre jours au moins avant les opérations d'expertise.

Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe du tribunal en deux exemplaires au plus tard pour le 30 mars 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Guise, à la société Fermetures de l'Aisne et à M. A B, expert.

Fait à Amiens le 20 septembre 2024.

La présidente du tribunal,

Juge des référés,

Signé :

F. Demurger

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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