jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303130 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | Cabinet Michel HUET & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 et 30 septembre 2023, la SARL Olivier Weets Architecte, représentée par Me Gibert, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 14 septembre 2023, par laquelle le maire de la commune de Senlis a rejeté son offre présentée en vue de l'attribution du lot n°1 du marché subséquent à l'accord-cadre de prestations de maitrise d'œuvre relatives au patrimoine de la commune et portant sur la réalisation d'un diagnostic sécurité incendie, sécurité électrique, sécurité de la structure et accessibilité d'un établissement recevant du public (ERP), de la cathédrale Notre-Dame de Senlis ;
2°) et d'enjoindre à la commune de Senlis de reprendre la procédure de passation du marché à compter de l'analyse des offres;
3°) à titre subsidiaire, d'annuler la procédure de passation du marché litigieux ;
4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la commune de Senlis une somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- le pouvoir adjudicateur aurait dû attribuer une note plus faible à la société attributaire au titre du critère " prix des prestations ", dès lors que le montant de son offre pris en considération, qui était la moins-disante, a été surévalué par l'intégration des prestations qu'elle présentait en option ;
- le pouvoir adjudicateur a dénaturé le contenu de son offre et de celle de la société attributaire s'agissant de l'application du sous-critère " qualité des moyens humains dédiés à l'opération ", dès lors que l'offre de cette dernière ne prévoit pas l'intervention d'un architecte en chef des monuments historiques, à l'inverse de son offre ;
- le pouvoir adjudicateur a dénaturé le contenu de son offre s'agissant de l'application du sous-critère " méthodologie mise en œuvre pour chacun des éléments de mission en phase conception, en phase travaux et modalités de suivi de chantier ", dès lors que son offre détaille précisément plusieurs phases et qu'elle démontre une connaissance actualisée du projet ;
- le motif tiré de l'irrégularité de son offre n'est pas fondé, dès lors que, contrairement à ce qui est soutenu par le pouvoir adjudicateur, son offre de base correspondait aux prestations du cahier des charges, indépendamment de l'option proposée, laquelle portait sur des prestations allant au-delà de ses préconisations.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 septembre et 2 octobre 2023, la commune de Senlis, représentée par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SARL Olivier Weets Architecte une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la société requérante ne peut justifier d'un intérêt lésé, dès lors que son offre est irrégulière à raison de la présentation d'une option qui, d'une part, n'était pas autorisée par le cahier des charges, et, d'autre part, portait sur des prestations prévues par le cahier des charges, lesquelles ne pouvait dès lors faire l'objet d'une option ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thérain, vice-président ;
- les observations de Me Gibert, représentant la SARL Olivier Weets Architecte qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens ;
- et celles de Me Blanchard, représentant la commune de Senlis, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Senlis a engagé, le 7 avril 2023, une consultation pour l'attribution d'un marché subséquent à l'accord-cadre de prestations de maitrise d'œuvre relatives au patrimoine de la commune et portant sur la réalisation d'un diagnostic sécurité incendie, sécurité électrique, sécurité de la structure et accessibilité d'un établissement recevant du public (ERP), dénommé lot n°1 "cathédrale Notre-Dame de Senlis". Par un courrier du 14 septembre 2023, la SARL Olivier Weets Architecture a été informée du rejet de l'offre du groupement dont elle est le mandataire, classée en seconde position, laquelle a dès lors été éliminée au profit de l'offre du groupement mené par la société Agence Nathalie T'Kint, à qui a été attribué le marché. La SARL Olivier Weets Architecte demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, à titre principal, d'annuler la décision du 14 septembre 2023 et d'enjoindre à la commune de Senlis de reprendre la procédure de passation du marché à compter de l'analyse des offres. Elle demande, à titre subsidiaire, d'annuler la procédure d'attribution du marché litigieux.
2. D'une part, aux terme de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix () ". Il appartient au juge du référé précontractuel de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte, en avantageant une entreprise concurrente.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 2152-1 du code de la commande publique : " L'acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées ". Aux termes de l'article L. 2152-2 du même code : " Une offre irrégulière est une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète, ou qui méconnaît la législation applicable notamment en matière sociale et environnementale. ".
4. Il résulte de l'instruction qu'en vue de l'attribution du marché litigieux le groupement dont la SARL Olivier Weets Architecte est le mandataire a remis une offre dont la décomposition du prix global et forfaitaire prévoit expressément en option la totalité des prestations devant être assurées par l'un des co-traitants envisagé du groupement, la société Expertignis, pour un montant de 14 000 euros hors taxes, lequel n'a dès lors pas été intégré dans le calcul de l'offre de base du groupement. Si la société requérante soutient que cette dernière offre de base n'en correspondait pas moins aux prestations du cahier des charges, indépendamment de l'option proposée qui portait sur des prestations allant au-delà de ses préconisations, il résulte cependant du mémoire technique remis à l'appui de cette même offre que seule une partie des prestations confiées à la société Expertignis, notamment celles relevant des fonctions dites de "préventionniste", étaient prévues en option, contrairement à celle relevant de fonctions de coordination incendie, alors qu'au demeurant ce mémoire précise que lui seront confiées des prestations, telles que l'étude de l'analyse des flux ou l'étude de la correspondance entre nombre de personnes accueillies et issues de secours, qui relèvent nécessairement des prestations prévues par le cahier des charges et auraient due, à ce titre, être comprise dans l'offre de base du groupement. Il s'ensuit qu'à raison de cette contradiction et de l'ambiguïté qui en résulte, le pouvoir adjudicateur se trouvait dans l'impossibilité d'apprécier la portée de cette offre sur ce point, alors qu'il n'était pas en mesure de déterminer avec précision le contenu de l'offre de base du groupement et si cette dernière, hors l'option proposée, répondait à l'ensemble des prestations prévues par le cahier des charges. Par suite, la commune de Senlis est fondée à soutenir que cette offre ne pouvait être regardée comme respectant les exigences formulées dans les documents de la consultation.
5. Dans ces conditions, la commune de Senlis est fondée à soutenir que cette offre devait être écartée comme irrégulière, sans que la circonstance que celle-ci ait été examinée et classée ne fasse obstacle à ce que le pouvoir adjudicateur se prévale de cette irrégularité devant le juge du référé précontractuel.
6. Enfin, les autres manquements invoqués par la société requérante, relatifs à des motifs distincts de rejet de son offre, n'ont pas été, fût-ce indirectement, susceptibles de la léser, dès lors que cette offre devait en tout état de cause être rejetée par le pouvoir adjudicateur comme étant irrégulière pour le motif relevé ci-dessus.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de la SARL Olivier Weets Architecte doivent être rejetées, y compris ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles qu'elle présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à sa charge sur ce dernier fondement une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Senlis.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par la SARL Olivier Weets Architecte est rejetée.
Article 2 : La SARL Olivier Weets Architecte versera une somme de 1 500 euros à la commune de Senlis sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Olivier Weets Architecte, à la société Agence Nathalie T'Kint et à la commune de Senlis.
Fait à Amiens, le 5 octobre 2023.
Le président de la 3ème chambre,
Juge des référés
Signé :
S. ThérainLa greffière,
Signé :
S. Grare
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.