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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303192

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303192

lundi 15 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303192
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantMERESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2023, et un mémoire enregistré le 14 décembre 2023, M. C D représenté par Me Broyon, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, de :

1°) prescrire une expertise sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence de la communauté d'Agglomération Grand Soissons Agglomération en vue de déterminer les préjudices subis, la nature et la cause des désordres affectant sa propriété et les moyens d'y remédier ;

2°) statuer ce que de droit concernant les dépens.

Il fait valoir que :

- il subit de nombreux troubles directement imputables à la présence et au fonctionnement de la déchetterie qui se situe à proximité immédiate de sa maison à usage d'habitation sise (ANO)16 avenue de Compiègne/(ANO) à Mercin et Vaux, consistant notamment en des nuisances sonores et lumineuses, des vibrations du sol causant des fissures sur l'habitation, une pollution émanant tant de cet équipement que de la circulation automobile qu'il génère ainsi que des inondations ;

- aucune solution amiable n'ayant pu être trouvée avec la communauté d'Agglomération Grand Soissons Agglomération, la mesure d'expertise sollicitée est utile en vue de déterminer l'origine et la cause des désordres subis, qui présentent un caractère évolutif compromettant la solidité de l'immeuble, les moyens d'y remédier et les préjudices subis.

Par deux mémoires, enregistrés les 13 octobre 2023 et 22 décembre 2023, la communauté d'Agglomération Grand Soissons Agglomération, représentée par Me Meresse, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, de rejeter la requête de M. C D et de mettre à la charge du requérant une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir la conformité des conditions d'exploitation de la déchetterie aux normes applicables, l'absence de démonstration par le requérant d'un lien d'imputabilité entre le fonctionnement de cet équipement et les fissurations de son habitation ainsi que de la réalité ou du caractère anormal des autres chefs de préjudices dont il se plaint de sorte que la demande d'expertise est dépourvue d'utilité et présente un caractère dilatoire.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président comme juge des référés.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. D'une part, la prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective, d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.

3. D'autre part, le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

4. Les mesures d'expertise demandées par M. D visent à déterminer si la présence et le fonctionnement de la déchetterie située à proximité de son habitation sont à l'origine de nuisances sonores et lumineuses, de vibrations du sol causant l'apparition de fissurations, de pollutions émanant tant de cet équipement que de la circulation automobile qu'il génère ainsi que d'inondations, de déterminer, dans l'affirmative, l'ampleur des troubles dans la jouissance de son bien qui en résultent et les moyens d'y remédier. Il ne résulte pas de l'instruction que l'activité de la déchetterie serait manifestement insusceptible de concourir aux désordres dont le requérant se plaint. La circonstance, avancée par la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération, que cette déchetterie est conforme aux normes qui lui sont légalement applicables, s'agissant notamment des émissions sonores, est par elle-même sans incidence sur la responsabilité susceptible d'être encourue en sa qualité de maître d'ouvrage à raison des dommages qui seraient imputables à l'existence ou au fonctionnement de cette installation, dans les conditions rappelées au point précédent et ne saurait suffire dès lors à priver de toute utilité les mesures d'expertise sollicitées qui permettront, en particulier, au juge du fond qui viendrait à être saisi, d'apprécier la réalité, le caractère permanent ou accidentel des préjudices subis ainsi que leur caractère de gravité et de spécialité. Ainsi, la demande entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les dépens :

5. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du Tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que la communauté d'agglomération Grand Soissons Agglomération demande sur leur fondement soit mise à la charge de M. D, qui ne peut être regardé comme la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E

Article 1er : Le collège d'experts composé de M. B F exerçant 2 rue de la Madeleine à Beauvais (60000) et de M. A E exerçant 8 rue Pasteur à Villers-Cotterêts (02600) est désigné et a pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux, à savoir (ANO)16 avenue de Compiègne/(ANO) à Mercin et Vaux (02200) après avoir convoqué les parties dans les conditions définies par l'article R. 621-7 du code de justice administrative ;

2°) se faire communiquer tous documents qu'ils jugeront nécessaires à l'accomplissement de leur mission et entendre tout sachant ;

3°) décrire les désordres affectant la propriété de M. C D, sise 16 avenue de Compiègne à Mercin et Vaux (02200), notamment les fissures relevées sur sa façade, et se prononcer sur leur cause ;

4°) procéder à toutes constatations et à toutes investigations utiles pour apprécier, la date d'apparition, l'importance, la fréquence et l'intensité des nuisances notamment visuelles, et sonores subies par M. D dans sa propriété en précisant si et dans quelle mesure elles peuvent être imputées au fonctionnement de la déchetterie située à proximité de celle-ci ;

5°) préciser l'incidence de ces nuisances sur l'habitabilité de l'immeuble du requérant au regard de la destination des locaux et de la réglementation éventuellement applicable, les dommages pour l'immeuble et la dépréciation de sa valeur vénale qui en résultent le cas échéant ;

6°) réaliser des relevés acoustiques à divers moments et sur une période suffisante pour pouvoir déterminer si les nuisances sonores présentent un caractère grave et répété, compte tenu notamment des bruits de fond inhérents à l'environnement de la propriété de M. D, situer ces émissions sonores par rapport aux valeurs retenues par les diverses réglementations en vigueur et fournir tous éléments sur les dispositifs d'isolation phonique présents tant sur la propriété de M. D que ceux éventuellement incorporés à ses dépendances ;

7°) déterminer les moyens pour pallier aux nuisances et aux désordres allégués sur l'habitation du requérant, et le cas échéant, les travaux nécessaires pour y remédier et en préciser le coût ;

8°) de manière générale, fournir tous éléments techniques et de fait permettant à la juridiction éventuellement saisie du litige de se prononcer sur les responsabilités encourues et les préjudices subis.

Article 2 : Les experts, qui pourront s'adjoindre un ou plusieurs sapiteurs, accompliront leur mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toutes les opérations, les experts prêteront serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les experts avertiront les parties par lettre recommandée avec accusé de réception quatre jours au moins avant les opérations d'expertise.

Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe du tribunal en deux exemplaires dont un par voie électronique au plus tard pour le 31 décembre 2024. Des copies seront notifiées par les experts aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à la communauté d'Agglomération Grand Soissons Agglomération, à M. B F, et à M. A E, experts.

Fait à Amiens, le 15 avril 2024.

Le juge des référés,

Signé :

C. BINAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°230319

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