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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303238

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303238

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303238
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantDAGORNE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 septembre 2023 et 2 mai 2024, la SAS Télérep France, représentée par Me Dagorne, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune d'Ault, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser, à titre de provision, la somme de 18 068,50 € TTC, avec intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure du 4 juillet 2022, à titre de provision sur les sommes qui lui sont dues pour une facture de même montant n°2203504 du 14 mars 2022, pour la réalisation de travaux de réhabilitation du réseau d'eaux usées de la commune d'Ault, dans le cadre d'un contrat de sous-traitance avec la société SADE CGTH;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Ault la somme de 3000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient dans le dernier état de ses écritures que :

- la somme est due en exécution d'un avenant au contrat de sous-traitance du 18 mars 2021, dont la commune a accusé réception le 17 mars 2022 et qu'elle est réputée avoir accepté dès lors qu'elle a gardé le silence pendant 21 jours sur cet acte, en application de l'article R. 2193-4 du code de la commande publique.

- cette somme est due au titre d'une facture du 14 mars 2022 adressée à la commune qui ne l'a pas réglée malgré plusieurs relances, un commandement de payer du 5 janvier 2023 et une mise en demeure restés sans réponse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, la commune d'Ault conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la commune n'a pas accepté l'avenant au contrat de sous-traitance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

2. Il résulte de l'instruction que par contrat du 18 mars 2021, la SAS Télérep France a été chargée de la sous-traitance de travaux de réhabilitation sans tranchée pour le redéploiement du réseau d'eaux usées de la commune d'Ault, attribués à la société SADE-CGTH, pour un montant de 60 919,50 euros. Par avenant du 7 mars 2022, le montant de ce contrat a été augmenté de la somme de 18 068,50 euros TTC. Les travaux correspondants ont été facturés par la SAS Télérep France à la commune d'Ault pour le même montant par facture n°2203504 du 14 mars 2022. Malgré plusieurs relances, commandement de payer du 5 janvier 2023 et mise en demeure du 4 avril 2023, la commune d'Ault n'a pas réglé cette facture. La SAS Télérep France demande au juge du référé provision que la commune d'Ault soit condamnée à lui verser une provision de 18 068,50 euros à valoir sur les sommes qui lui sont dues.

3. Aux termes de l'article L. 2193-11 du code de la commande publique : " Le sous-traitant direct du titulaire du marché qui a été accepté et dont les conditions de paiement ont été agréées par l'acheteur est payé directement par lui pour la part du marché dont il assure l'exécution () ". Aux termes de l'article R. 2193-4 du code de la commande publique : " L'acceptation du sous-traitant et l'agrément des conditions de paiement sont constatés par la signature de l'acte spécial de sous-traitance. Le silence de l'acheteur gardé pendant vingt-et-un jours à compter de la réception des documents mentionnés à l'article R. 2193-3 vaut également acceptation du sous-traitant et agrément des conditions de paiement ".

4. Il résulte de l'instruction que l'avenant au contrat de sous-traitance portant sur la somme de 18 068,50 euros TTC a été adressé à la commune d'Ault par courrier recommandé dont il a été accusé réception le 17 mars 2022. Si la commune peut être réputée avoir accepté cet acte du fait du silence qu'elle a conservé pendant au moins 21 jours, cette seule acceptation n'apporte pas la preuve que ledit avenant a été mis en œuvre, dès lors que la SAS Télérep ne produit aucun ordre de service tel que prévu à l'article 1.9 du CCAP du marché, ni même l'avenant au marché signé entre la commune et la société SADE CGTH pour ces travaux ou la preuve que ces travaux auraient été réalisés ou réceptionnés. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, l'obligation au paiement de la commune d'Ault ne revêt pas un caractère de certitude suffisant et est sérieusement contestable. La demande de la SAS Télérep France tendant au versement d'une provision doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, sa demande fondée sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la SAS Télérep France est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Télérep France et à la commune d'Ault.

Fait à Amiens, le 10 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé :

B.Boutou

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303238

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