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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303257

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303257

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303257
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 septembre et 16 novembre 2023, la SAS Etablissements Verschooris, représentée par Me Denecker-Verhaeghe, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Bouzincourt, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser, à titre de provision, la somme de 11 810,40 euros TTC augmentée des intérêts moratoires à compter du 9 décembre 2022, à titre de provision sur les sommes qui lui sont dues pour la réalisation de travaux sur l'église de Bouzincourt ;

2°) de condamner la commune de Bouzincourt à lui verser une somme de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bouzincourt la somme de 3000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la commune lui doit la somme de 11 810,40 euros TTC en règlement d'une facture n°2022.11.0233 du 9 novembre 2022 correspondant à des travaux de traitement antimousse du clocher de l'église de Bouzincourt, le traitement des rampants, glacis et appuis et pose d'un hydrofuge.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 octobre 2023 et 9 février 2024, la commune de Bouzincourt conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la facture n'est pas conforme aux prescriptions du code de commerce et que la preuve du service fait n'est pas apportée ; que le paiement n'est donc pas dû.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

2. Il résulte de l'instruction qu'à la suite des travaux de rénovation de l'église de Bouzincourt, réceptionnés définitivement en 2019, des travaux complémentaires de traitement antimousse ont été préconisés par l'architecte des bâtiments de France. Le maire de la commune a signé un bon pour accord sur le devis n°2021.06.016 de 11 810,40 euros présenté par la société Verschooris le 22 juin 2021 qui prévoyait la location d'une nacelle, la mise en place d'un périmètre de sécurité, le traitement anti-mousse du clocher sur 248 m² et le traitement des rampants, glacis et appuis par antimousse et hydrofuge SIKA. La facture n°2022.11.0233 du 9 novembre 2022 d'un montant de 11 810,40 euros TTC a été envoyée à la commune qui ne l'a pas réglée malgré relance et mise en demeure du 21 avril 2023. La SAS Verschooris demande au juge du référé provision de condamner la commune à lui verser une provision d'égal montant à valoir sur le règlement de sa créance, ainsi que les intérêts moratoires et une indemnité de 40 euros pour frais de recouvrement.

3. Ainsi qu'il est dit au point précédent, la commune de Bouzincourt a accepté le devis présenté pour les travaux en question et a donc passé commande des travaux en litige tels qu'ils étaient décrits sur le devis n°2021.06.016. La facture présentée est conforme à ce devis et ne présente donc aucune ambiguïté sur la nature des travaux facturés, bien qu'elle fasse référence, sans doute de façon erronée, à un numéro de devis différent (n°2022.10.0200). La commune conteste que les travaux aient été réalisés et maintient son refus de payer en l'absence de service fait. L'entreprise présente pour preuve du service fait une facture de location de nacelle pour un chantier sur l'église de Bouzincourt, en date du 10 au 21 octobre 2022, une photographie du clocher de l'église près duquel une nacelle télescopique est déployée, une feuille de pointage des salariés de la société montrant que des employés ont été présents sur ce chantier du 10 au 21 octobre 2022, un contrat de location d'un gîte rural à Bouzincourt pour la période du 17 au 21 octobre 2022, qui tendent à démontrer que l'entreprise a effectivement effectué des travaux sur le clocher de l'église durant la période considérée. Toutefois, aucune pièce du dossier n'est de nature à établir que les travaux en cause ont été réalisés conformément à la commande et réceptionnés par le maître d'ouvrage. En l'état de l'instruction, l'obligation au paiement de la commune de Bouzincourt ne revêt pas un caractère de certitude suffisant et est sérieusement contestable. La demande de la SAS Etablissements Verschooris tendant au versement d'une provision doit être rejetée, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions accessoires relatives aux intérêts moratoires et aux frais de recouvrement.

4. Dans les circonstances de l'espèce, il ne sera fait droit à aucune des demandes des parties fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de la SAS Etablissements Verschooris est rejetée.

Article 2 : La demande de la commune de Bouzincourt fondée sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Etablissements Verschooris et à la commune de Bouzincourt.

Fait à Amiens, le 11 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé :

B.Boutou

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303257

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