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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303385

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303385

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303385
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantRENOULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2023 Mme Nathalie Pourtau, représentée par Me Renoult, demande au juge des référés, de :

1°) prescrire, en présence du recteur de l'académie d'Amiens, une expertise sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer les préjudices résultant de sa maladie professionnelle ;

2°) mettre à la charge de l'Etat les frais d'expertise, les dépens de l'instance et le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que l'expertise sollicitée est utile car elle envisage d'exercer un recours indemnitaire contre son employeur pour obtenir la réparation intégrale des préjudices qu'elle a subis en raison de cette maladie professionnelle.

La requête a été communiquée au recteur de l'académie d'Amiens, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. Mme Nathalie Pourtau, secrétaire administrative de classe exceptionnelle, dont la maladie professionnelle a été reconnue par décision du 7 avril 2022, du recteur de l'académie d'Amiens demande la désignation d'un expert en vue d'exercer un recours indemnitaire contre son employeur pour obtenir réparation intégrale des préjudices qu'elle a subis en raison de cette maladie.

4. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des dommages ne revêtant pas un caractère patrimonial, tels que des souffrances physiques ou morales, un préjudice esthétique ou d'agrément ou des troubles dans les conditions d'existence, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incomberait.

5. La circonstance que l'imputabilité au service de l'affection dont souffre Mme B a été reconnue est de nature à justifier la mesure d'instruction demandée, dont l'utilité n'est pas contestée en retour. En conséquence, il y a lieu d'ordonner une expertise contradictoire aux fins et conditions définies dans le dispositif de la présente ordonnance.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'article R. 621-13 du code de justice administrative que la désignation de la ou des parties qui assumeront la charge des frais et honoraires de l'expertise ordonnée par le juge des référés est fixée, à l'issue des opérations d'expertise, par le président du tribunal. Par suite, les conclusions de Mme B devant le juge des référés tendant à ce que ces frais soient mis à la charge de l'Etat doivent être rejetées.

7. En troisième lieu, aucun dépens n'a été engagé dans le cadre de la présente instance. Dès lors, les conclusions présentées à cet égard sont dépourvues d'objet.

8. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : Le docteur C A exerçant Polyclinique route de Courrières à Henin Beaumont (62110) est désigné et a pour mission :

1°) de convoquer Mme Nathalie Pourtau et l'examiner ;

2°) de prendre connaissance de l'entier dossier médical de Mme B et se faire communiquer tous documents relatifs à son état de santé ;

3°) de décrire l'état de santé de Mme B ;

4°) de préciser les circonstances dans lesquelles le dommage est intervenu ;

5°) de dire si le dommage subi par Mme B est anormal au regard de son état de santé antérieur comme de l'évolution prévisible de celui-ci ;

6°) d'en déterminer les causes et la nature ;

7°) en évaluer l'étendue en ce qui concerne exclusivement la part imputable au fait générateur et au regard, notamment :

* du caractère de gravité tel que défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique, à savoir :

) taux d'incapacité permanente partielle ;

) durée de l'incapacité temporaire du travail, totale ou partielle ;

) inaptitude définitive à poursuivre l'activité professionnelle exercée au moment du dommage ;

) troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence ;

* des postes de préjudices temporaires suivants (avant consolidation) :

) préjudices patrimoniaux :

- perte de gains professionnels actuels : durée des arrêts temporaires d'activités professionnelles déjà subies ;

- dépenses de santé actuelles ;

- frais divers : aide d'une tierce personne, spécialisée ou non, et si oui selon quelle fréquence et sur quelle durée, aide matérielle ;

- déficit fonctionnel temporaire ;

- souffrances endurées évaluées sur une échelle de 0 à 7 ;

- préjudice esthétique temporaire évalué sur une échelle de 0 à 7.

) Préjudices extrapatrimoniaux :

Déficit fonctionnel permanent ;

- Préjudice d'agrément ;

- Préjudice esthétique permanent évalué sur une échelle de 0 à 7 ;

- Préjudice sexuel ;

- Préjudice d'établissement : perte de chance ou de possibilité de réaliser un projet de vie familiale normale en raison de la gravité du handicap permanent.

8°) fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité.

Article 2 : L'expert, qui pourra s'adjoindre un ou plusieurs sapiteurs, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toutes les opérations, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert avertira les parties par lettre recommandée avec accusé de réception quatre jours au moins avant les opérations d'expertise.

Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe du tribunal en deux exemplaires dont un par voie électronique au plus tard pour le 31 janvier 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme Nathalie Pourtau, au recteur de l'académie d'Amiens et au docteur C A, expert.

Fait à Amiens, le 14 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé :

C. BINAND

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303385

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