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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303473

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303473

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303473
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2023, la préfète de l'Oise demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion de la famille E, et tous occupants de son chef, occupante d'un appartement situé au sein du foyer COALLIA de Noyon (Oise) ;

2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'accueil afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour l'occupant indu de les avoir emportés.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence et d'utilité est remplie, dès lors que cette famille se maintient sans droit ni titre dans un logement mis à sa disposition par le foyer COALLIA de Noyon dont les places sont strictement réservées à des demandeurs d'asile en cours de procédure et ce en dépit d'une mise en demeure notifiée le 13 juin 2023 et demeurée sans effet.

La requête a été communiquée à M. B D et à Mme A C qui n'ont pas présenté d'observations écrites.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique du

6 novembre 2023 à 14 heures 30.

Après avoir lu son rapport au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Grare, greffière d'audience, et entendu les observations orales de Me Homehr, représentant les défendeurs ;

En application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été reportée au 7 novembre 2023 à 12 heures.

M. D et Mme C ont présenté un mémoire le 6 novembre 2023 après l'audience, qui a été communiqué à la préfète de l'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". L'article L. 552-15 du même code dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. M. D, Mme C et leurs trois enfants ont sollicité le statut de réfugié et ont bénéficié, en qualité de demandeur d'asile, d'un hébergement au sein du foyer COALLIA de Noyon. L'office français de l'immigration et de l'intégration, par courrier du

5 mai 2023 pris au motif du rejet définitif des demandes d'asile des intéressés, leur a notifié une sortie d'hébergement dès la date de sa notification, qui a été effectuée le 6 juillet 2023. Par courrier notifié le 27 juillet 2023, la préfète de l'Oise a vainement mis en demeure les intéressés de quitter le lieu d'hébergement dans un délai de 15 jours. Il s'ensuit que le droit de M. D, Mme C et leurs trois enfants de se maintenir sur le territoire français a pris fin et qu'ils ne jouissent plus du droit d'être hébergés.

3. Il ressort des données produites au dossier par la préfète de l'Oise, et il n'est pas contesté, que le dispositif d'accueil des demandeurs d'asile dans ce département connaît une situation de tension élevée dans les diverses structures d'accueil, compte tenu d'un taux d'occupation des lieux d'hébergement des demandeurs d'asile de 98,9%. Ainsi, l'expulsion demandée vise à assurer le bon fonctionnement de l'accueil des demandeurs d'asile durant la période d'instruction de leur demande d'asile afin qu'ils puissent bénéficier de l'accompagnement social et administratif auquel ils peuvent prétendre et rendu possible par cet hébergement. Si M. D et Mme C ont soutenu à l'audience et dans un mémoire produit après réouverture de l'instruction qu'ils ne sauraient être expulsés de leur hébergement dès lors qu'il n'aurait pas été statué par la Cour nationale du droit d'asile sur la demande d'asile de leur troisième enfant et qu'ils auraient déposé une demande de réexamen de leur demande d'asile, ces circonstances ne sont établies par aucune des pièces produites qui consistent en une attestation de demandeur d'asile au nom de cette enfant qui est expirée depuis le 7 décembre 2022 et un accusé de réception d'un courrier envoyé à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en juin 2022.

4. Par suite, la préfète de l'Oise est fondée à soutenir qu'il est utile et urgent que

M. D, Mme C et leurs trois enfants quittent l'hébergement dans lequel ils se maintiennent sans droit ni titre pour permettre l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux demandes de la préfète de l'Oise tendant à ce que soit enjoint la libération sans délai par M. D,

Mme C et leurs trois enfants du logement qu'ils occupent au sein du foyer COALLIA de Noyon. Faute pour les intéressés d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour M. D, Mme C et leurs trois enfants d'avoir emporté leurs effets personnels.

ORDONNE

Article 1er : Il est enjoint à M. D, Mme C et leurs trois enfants de libérer sans délai le logement qu'ils occupent au sein du foyer COALLIA de Noyon.

Article 2 : La préfète de l'Oise est autorisée à procéder, passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, avec le concours de la force publique si nécessaire, à l'expulsion de M. D, Mme C et leurs trois enfants.

Article 3 : La préfète de l'Oise est autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du foyer COALLIA de Noyon, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour M. D, Mme C et leurs trois enfants d'avoir emporté leurs effets personnels.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la préfète de l'Oise, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. D et à Mme C.

Fait à Amiens, le 9 novembre 2023

Le juge des référés, La greffière,

Signé :Signé :

B. Boutou S. Grare

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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