mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303513 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 octobre et
20 novembre 2023, le préfet de la Somme demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai du centre d'hébergement des demandeurs d'asile Coallia, situé 181 rue du faubourg de Hem à Amiens, de Mme C B, occupante de l'appartement n°119 ;
2°) de l'autoriser, à cette fin, à recourir à la force publique et à donner toute instruction utile au gestionnaire de ce centre afin de procéder à l'enlèvement des biens meubles se trouvant dans les lieux, aux frais et risques de l'intéressée.
Il soutient que :
- la demande d'asile de Mme B a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile par une décision du 24 avril 2023, notifiée le 3 mai 2023, dès lors, elle ne dispose plus d'un droit d'hébergement à ce titre, alors notamment qu'aux termes du contrat de séjour qu'elle a conclu son hébergement prend fin à la date de notification de la décision définitive de la cour nationale du droit d'asile ;
- l'intéressée a vainement fait l'objet d'une décision de sortie le 14 novembre 2022, puis d'une mise en demeure de quitter les lieux, notifiée le 24 juillet 2023 ;
- la situation présente un caractère d'urgence, dès lors que le maintien de l'intéressée dans les lieux occupés fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, ce qui porte atteinte au bon fonctionnement du service public d'accueil des demandeurs d'asile notamment au principe d'égal accès des usagers ;
- la mesure d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
Par un mémoire, enregistré le 14 novembre 2023, Mme B, représentée par
Me Tourbier, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Somme de permettre à Mme B de demeurer dans le logement dans l'attente d'une solution d'hébergement, et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- une mesure d'expulsion méconnaitrait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'elle aurait pour effet de bouleverser l'équilibre et la scolarité de sa fille, laquelle est gravement malade, et alors qu'elle a engagé une procédure de régularisation de la situation administrative de celle-ci ;
- elle ne dispose d'aucune autre solution d'hébergement, dès lors que les démarches accomplies en vue de trouver une solution de relogement n'ont pas abouti.
Mme B a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 14 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Thérain, juge des référés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes, d'une part, de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " () / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Enfin, selon son article L. 552-15 : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
2. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile introduite le 13 mai 2022 par Mme B, a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile par une décision du 24 avril 2023, notifiée le 3 mai 2023. Il s'ensuit que les mesures d'expulsion du lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe au sein de la structure Coallia, situé 181 rue du faubourg de Hem à Amiens, ne se heurtent à cet égard à aucune contestation sérieuse.
5. En second lieu, la libération des lieux par l'intéressée, compte tenu des besoins d'accueil des demandeurs d'asile et de la tension existante sur les structures d'hébergement dans le département de la Somme, présente un caractère d'urgence et d'utilité, auquel ne fait pas obstacle la circonstance que les recherches de relogement de l'intéressée n'ont pas abouti, alors que Mme B a vocation à exécuter la mesure de réadmission en Grèce dont elle a fait l'objet. Il en va de même des circonstances tirées de la scolarisation de sa fille mineure et de la prise en charge médicale dont elle fait l'objet, dès lors que cette dernière a vocation à accompagner sa mère en Grèce, où il n'est pas démontré qu'elle ne pourrait être scolarisée ni bénéficier d'une prise en charge équivalente. Ainsi il n'y a pas lieu de différer la mesure d'expulsion sollicitée par le préfet de la Somme, laquelle ne méconnaît pas plus les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la libération par Mme B des lieux qu'elle occupe et d'autoriser, à cette fin, le préfet de la Somme, outre à donner toute instruction utile au gestionnaire de ce centre, à procéder à l'expulsion de l'intéressée et de tout occupant de son chef avec le concours de la force publique. Les conclusions présentées par Mme B sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent par suite être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme B de libérer les lieux qu'elle occupe au sein de la structure Coallia, situés 181 rue du faubourg de Hem à Amiens (appartement n°119).
Article 2 : Outre à donner à cette fin toute instruction utile au gestionnaire de ce centre, le préfet de la Somme est autorisé à procéder avec le concours de la force publique à l'expulsion de Mme B et de tout occupant de son chef.
Article 3 : Les conclusions présentées par Mme B sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Somme et à Mme C B.
Fait à Amiens, le 28 novembre 2023.
Le juge des référés,
Signé :
S. Thérain
La greffière,
Signé :
N. Wrobel La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.