vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303514 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL FABRE SAVARY FABBRO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 octobre 2023, Mme B D et M. C D, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants légaux de leur fille F D, représentés par Me Mangot, demandent au juge des référés, de :
1° prescrire une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, de la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme et de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) en vue de déterminer les conditions et conséquences de la prise en charge de Mme F D, par l'établissement de santé précité à compter du 9 mai 2023 ;
2° de leur accorder en qualité de représentants légaux F D, une somme de 5 000 euros à titre d'avance à valoir en réparation de son préjudice ;
3° de leur accorder une somme de 10 000 euros à titre d'avance à valoir en réparation de leur préjudice ;
4° de condamner in solidum les défendeurs à payer à M. et Mme D une somme de 1200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
5° de condamner in solidum les défendeurs aux entiers dépens.
Ils soutiennent que leur fille F D a intégré le service de l'Unité médicale des adolescents (UMA) le 9 mai 2023. Elle est parvenue à ouvrir la fenêtre de la chambre au sein de laquelle elle était hospitalisée et a sauté du quatrième étage. Elle a eu une fracture de la colonne vertébrale qui a pu être résorbée, néanmoins, la moelle épinière motrice a été compressée et elle a perdu l'usage du bas du corps à partir du bassin. Par conséquent la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer les responsabilités en cause et les préjudices de leur fille.
Par un mémoire, enregistré le 20 octobre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise agissant par délégation pour la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme, informe le juge des référés de ce qu'elle ne s'oppose pas à la demande de nomination d'un expert et précise que si la responsabilité de l'établissement public de santé mentale de la Somme est retenue par le tribunal administratif d'Amiens, elle lui demandera le remboursement de ses débours.
Par un mémoire, enregistré le 26 octobre 2023, le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, représenté par Me Cantaloube, demande au juge des référés, d'ordonner une mesure d'expertise au contradictoire de Mme F D représentée par ses représentants légaux, Mme B D et M. C D, du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, de l'ONIAM et des organismes sociaux, de désigner un collège d'experts composé d'un neurologue et d'un psychiatre selon la mission proposée dans le corps des présentes et, si besoin, aux frais avancés des requérants, de rejeter la demande de provision, de rejeter la demande de condamnation au titre des frais irrépétibles et de réserver les dépens.
Par un mémoire, enregistré le 23 novembre 2024, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Saidji, demande au juge des référés de prendre acte de ce qu'il ne s'oppose pas, sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause au regard des dispositions des articles L. 1142-1 et L. 1142-1-1 du code de la santé publique, à l'expertise sollicitée qui sera confiée à tel expert qu'il plaira à la juridiction des référés, avec une mission complétée comme indiquée dans le corps des présentes, de rejeter toutes les demandes de paiement dirigées à son encontre, et de statuer ce que de droit sur les dépens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné, M. Bertrand Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. Les mesures d'expertise demandées par Mme B D et M. C D sont utiles et entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande de provision :
3. Il n'appartient pas au juge des référés saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative de statuer sur des demandes de provision. Il s'ensuit qu'il y a lieu de rejeter les conclusions en ce sens des requérants.
Sur la demande d'établissement d'un pré-rapport :
4. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, en lien avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. Il lui appartient d'apprécier la nécessité d'y recourir le cas échéant. Les conclusions tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes formulées sur le fondement de ces dispositions.
Sur les dépens :
7. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Le docteur E A exerçant centre médico chirurgical Les Ormeaux - 36 rue Marceau Le Havre (76600) est désigné pour procéder, en présence du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, de la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme et de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à une expertise médicale à l'effet de :
1° décrire l'état de santé antérieur de Mme F D, prendre connaissance de son entier dossier médical ; convoquer tous sachants ;
2° décrire les conditions dans lesquelles Mme F D a été suivie, admise et soignée par le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie ;
3° préciser les examens prodigués, les interventions pratiquées, les traitements entrepris et les complications survenues ;
4° indiquer les éventuels manquements de soins en cause ;
5° dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science médicale ;
6° réunir tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;
7° évaluer le risque suicidaire de Mme F D ; se prononcer sur l'origine des complications survenues, en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à l'une ou l'autre des parties en cause ;
8° dire si l'on est en présence de conséquences anormales et, le cas échéant, si
celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ;
9° indiquer si le manquement éventuellement constaté a fait perdre une chance d'éviter l'acte commis par Mme F D en ouvrant la fenêtre de sa chambre ayant conduit à la perte de l'usage du bas du corps, à partir du bassin ; chiffrer la perte de chance (pourcentage ou coefficient) ;
10° Dire si l'état de santé de Mme F D est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où son état de santé ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;
11° se prononcer sur l'existence de tout préjudice subi par Mme F D, par Mme B D et par M. C D résultant des potentiels manquements constatés, à l'exception de tout état antérieur ou de l'évolution normale ou prévisible de la pathologie initiale ou de toute cause étrangère ou pathologies intercurrentes, et en particulier :
A) Préjudices patrimoniaux :
a) Préjudices patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : perte de gains professionnels, dépenses de santé et frais divers, assistance par tierce personne ;
b) Préjudices patrimoniaux permanents (après consolidation) : perte de gains professionnels futurs, incidence professionnelle, dépenses de santé futures, assistance par tierce personne ;
B) Préjudices extra-patrimoniaux :
a) Préjudices extra-patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées et préjudice esthétique temporaire en les évaluant sur une échelle de 1 à 7, préjudice sexuel ;
b) Préjudices extra-patrimoniaux permanents (après consolidation) : déficit fonctionnel permanent, préjudice d'agrément, souffrances endurées et préjudice esthétique en les évaluant sur une échelle de 1 à 7, préjudice sexuel, préjudice d'agrément, préjudice d'établissement ;
12° Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.
L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires dont un par voie électronique, dans les neuf mois suivant la notification de la présente ordonnance dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par la présidente du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D, à M. C D, au centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise agissant par délégation de la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme, et au docteur E A, expert.
Fait à Amiens, le 7 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé :
B. Boutou
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2303514