mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303614 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | HOMEHR |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2023 sous le n° 2303614, le préfet de la Somme demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai du centre d'hébergement des demandeurs d'asile Coallia, situé 181 rue du faubourg de Hem à Amiens, de Mme E A D, occupante avec sa fille de la chambre n°109 ;
2°) de l'autoriser, à cette fin, à recourir à la force publique et à donner toute instruction utile au gestionnaire de ce centre afin de procéder à l'enlèvement des biens meubles se trouvant dans les lieux, aux frais et risques de l'intéressée.
Il soutient que :
- la demande d'asile de Mme A D a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile par une décision du 17 mars 2023, notifiée le 7 avril 2023, dès lors, elle ne dispose plus d'un droit d'hébergement à ce titre ;
- l'intéressée a vainement fait l'objet d'une décision de sortie le 14 novembre 2022, puis d'une mise en demeure de quitter les lieux, notifiée le 13 septembre 2023 ;
- la situation présente un caractère d'urgence, dès lors que le maintien de l'intéressée dans les lieux occupés fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, ce qui porte atteinte au bon fonctionnement du service public d'accueil des demandeurs d'asile notamment au principe d'égal accès des usagers ;
- la mesure d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, Mme A D, représentée par Me Homehr, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son avocat sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- son état de santé nécessite qu'elle conserve son logement, de sorte que la mesure d'expulsion méconnaitrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu au surplus de son âge avancé et de la période hivernale ;
- elle a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, de sorte que la mesure d'expulsion serait illégale, dès lors qu'elle bénéfice du droit de se maintenir en France.
Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2023.
II. Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2023 sous le n° 2303615, le préfet de la Somme demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai du centre d'hébergement des demandeurs d'asile Coallia, situé 181 rue du faubourg de Hem à Amiens, de Mme B C, occupante avec sa mère de la chambre n°109 ;
2°) de l'autoriser, à cette fin, à recourir à la force publique et à donner toute instruction utile au gestionnaire de ce centre afin de procéder à l'enlèvement des biens meubles se trouvant dans les lieux, aux frais et risques de l'intéressée.
Il soutient que :
- la demande d'asile de Mme C a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile par une décision du 17 mars 2023, notifiée le 7 avril 2023, dès lors, elle ne dispose plus d'un droit d'hébergement à ce titre ;
- l'intéressée a vainement fait l'objet d'une décision de sortie le 14 novembre 2022, puis d'une mise en demeure de quitter les lieux, notifiée le 13 septembre 2023 ;
- la situation présente un caractère d'urgence, dès lors que le maintien de l'intéressée dans les lieux occupés fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, ce qui porte atteinte au bon fonctionnement du service public d'accueil des demandeurs d'asile notamment au principe d'égal accès des usagers ;
- la mesure d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, Mme C, représentée par Me Homehr, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son avocat sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- la mesure d'expulsion méconnaitrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de la période hivernale ;
- elle a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, de sorte que la mesure d'expulsion serait illégale, dès lors qu'elle bénéfice du droit de se maintenir en France.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thérain, juge des référés ;
- et les observations de Me Homehr, assistant Mme A D et Mme C, qui concluent aux mêmes fins que leurs écritures par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes, d'une part, de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " () / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Enfin, selon son article L. 552-15 : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
2. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les demandes d'asile introduites le 11 mai 2022 par Mme A D et sa fille, Mme C, ont été définitivement rejetées par la Cour nationale du droit d'asile par des décisions du 17 mars 2023, notifiées le
7 avril 2023. Si les intéressées soutiennent avoir déposé des demandes de réexamen, il ne résulte pas de l'instruction que celles-ci auraient été valablement introduites à la date de la présente ordonnance, ni, en tout état de cause, que Mme A D ou Mme C auraient vocation à bénéficier du droit de se maintenir sur le territoire français durant ce réexamen. Il s'ensuit que les mesures d'expulsion du lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'elles occupe conjointement au sein de la structure Coallia, située 181 rue du faubourg de Hem à Amiens, ne se heurtent à cet égard à aucune contestation sérieuse.
5. En second lieu, la libération des lieux par les intéressées, compte tenu des besoins d'accueil des demandeurs d'asile et du taux d'occupation de la structure d'hébergement dans le département de la Somme, présente un caractère d'urgence et d'utilité, auquel ne fait obstacle ni l'état de santé de Mme A D, dont le logement qu'elle occupe n'est au demeurant pas nécessaire à la prise en charge de ses troubles, ni la période hivernale, alors que les intéressées, qui ne démontrent pas avoir un droit au séjour sur le territoire français, ont en tout état de cause vocation à regagner leur pays d'origine, où il n'est pas démontré que les pathologies de Mme A D ne pourraient faire l'objet d'un traitement approprié. Ainsi, la mesure d'expulsion sollicitée par le préfet de la Somme ne méconnaît pas plus les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la libération par Mme A D et Mme C des lieux qu'elles occupent et d'autoriser, à cette fin, le préfet de la Somme, outre à donner toute instruction utile au gestionnaire de ce centre, à procéder à l'expulsion des intéressées et de tout occupant de leur chef avec le concours de la force publique. Les conclusions présentées par Mme A D et Mme C sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent par suite être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme A D et Mme C de libérer les lieux qu'elles occupent au sein de la structure Coallia, situés 181 rue du faubourg de Hem à Amiens (chambre n°109).
Article 2 : Outre à donner à cette fin toute instruction utile au gestionnaire de ce centre, le préfet de la Somme est autorisé à procéder avec le concours de la force publique à l'expulsion de Mme A D et de Mme C et de tout occupant de leur chef.
Article 3 : Les conclusions présentées par Mme A D et Mme C sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Somme, à
Mme E A D et à Mme B C.
Fait à Amiens, le 28 novembre 2023.
Le juge des référés,
Signé :
S. Thérain
La greffière,
Signé :
N. Wrobel La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Nos 2303614 et 2303615