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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303740

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303740

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303740
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSCP LEBEGUE DERBISE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2023 et un mémoire enregistré le

8 décembre 2023, M. A F et Mme D G, représentés par

Me Garnier, demandent au juge des référés :

1° de prescrire une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence du Groupe hospitalier public sud de l'Oise (GHPSO), de la Mutuelle Générale de l'Education Nationale (MGEN) et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise en vue de déterminer les conditions de la prise en charge médicale de la grossesse de Mme D G par le Groupe hospitalier public sud de l'Oise (établissement de Senlis) et la cause du décès de son enfant E ;

2° de dire que l'expert devra déposer un pré-rapport adressé à chacune des parties afin de leur permettre dans le délai d'un mois, de présenter leurs observations ou dires éventuels auxquels il devra répondre dans son rapport définitif ;

3° de condamner le Groupe hospitalier public sud de l'Oise (GHPSO) en tous les dépens, outre une indemnité de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le suivi de la grossesse de Mme G et la prise en charge de l'accouchement par l'établissement de Senlis n'ont pas été conformes aux règles de l'art ;

- la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer les conditions de cette prise en charge et les préjudices subis.

Par des mémoires, enregistrés les 10 novembre et 12 décembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, dans le dernier état de ses écritures, demande au juge des référés de la recevoir en son intervention, de lui donner acte de ses protestations quant à la production d'une créance avant l'expertise, et de dire qu'il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'expert de solliciter la communication du relevé de créance avant les opérations d'expertise.

Par un mémoire, enregistré le 30 novembre 2023, le Groupe hospitalier public sud de l'Oise (GHPSO), représenté par la SCP Lebègue Derbise, demande au juge des référés, de lui donner acte de ses protestations et réserves quant à une éventuelle responsabilité dans le suivi de la grossesse et l'accouchement de Mme D G et de ce qu'il ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée par les requérants, de dire que la mission de l'expert qui sera désigné et qui devrait être spécialisé en obstétrique devra être complétée comme demandé dans le corps des présentes, de dire que l'expert ne devra pas convoquer les parties tant que le relevé des débours de l'organisme social ne lui aura pas été fourni et diffusé contradictoirement et rejeter les conclusions tendant à sa condamnation au paiement d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée à la Mutuelle générale de l'éducation nationale (MGEN), laquelle n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné, M. Bertrand Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. Les mesures d'expertise demandées par M. A F et Mme D G sont utiles et entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande d'établissement d'un pré-rapport :

3. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, en lien avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. Il lui appartient d'apprécier la nécessité d'y recourir le cas échéant. Les conclusions tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur la demande de production du relevé de ses frais et débours par la caisse primaire d'assurance maladie :

4. En l'état de l'instruction, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle que fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de la solliciter, s'il l'estime nécessaire. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la communication de ce relevé.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes formulées sur le fondement de ces dispositions.

Sur les dépens :

7. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur C B exerçant 8 Domaine du Golf - Route de Tendos à Bosc Guérard (76710) est désigné pour procéder, en présence de Mme D G, de

M. A F, de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, de la Mutuelle Générale de l'Education Nationale (MGEN) et du Groupe hospitalier public sud de l'Oise (GHPSO), dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à une expertise médicale à l'effet de :

1° se faire communiquer l'ensemble des éléments qu'il estimera utiles au bon accomplissement de sa mission et d'entendre tout sachant ;

2° procéder à l'examen médical de Mme G et de décrire son état de santé ;

3° décrire les conditions de la prise en charge médicale de la grossesse de

Mme D G par le Groupe hospitalier public sud de l'Oise, (établissement de Senlis), notamment jusqu'à la 39ème semaine d'aménorrhée et de dire si elle a été conforme aux règles de l'art médical et aux données acquises de la science médicale à l'époque des faits ;

4° donner son avis sur l'origine du décès de l'enfant E et dire si la mort in utero du fœtus aurait pu être évitée ;

5° dire si des manquements ont été commis lors de la prise en charge le 21 janvier 2023, puis de l'accouchement et de ses suites ;

6° dire si Mme D G a bénéficié d'une information claire, loyale et appropriée ;

7° fournir l'ensemble des éléments de nature à permettre de déterminer les responsabilités encourues ;

8° déterminer, le cas échéant, l'existence d'une perte de chance pour l'intéressée d'avoir échappé aux complications en cause et de chiffrer cet éventuel taux de perte de chances lié notamment aux manquements invoqués ;

9° déterminer les préjudices éventuels résultant de la prise en charge litigieuse pour Mme G, à l'exception de tout état antérieur ou de l'évolution normale ou prévisible de la pathologie initiale ou de toute cause étrangère ou pathologies intercurrentes, et en particulier :

A) Préjudices patrimoniaux :

a) Préjudices patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : perte de gains professionnels, dépenses de santé et frais divers, assistance par tierce personne ;

b) Préjudices patrimoniaux permanents (après consolidation) : perte de gains professionnels futurs, incidence professionnelle, dépenses de santé futures, assistance par tierce personne ;

B) Préjudices extra-patrimoniaux :

a) Préjudices extra-patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées et préjudice esthétique temporaire en les évaluant sur une échelle de 1 à 7, préjudice sexuel ;

b) Préjudices extra-patrimoniaux permanents (après consolidation) : déficit fonctionnel permanent, préjudice d'agrément, souffrances endurées et préjudice esthétique en les évaluant sur une échelle de 1 à 7, préjudice sexuel, préjudice d'agrément, préjudice d'établissement ;

10° évaluer le préjudice moral de M. A F en raison du décès de son enfant ;

11° Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.

Article 2 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 3 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par la présidente du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D G, à M. A F, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, à la Mutuelle Générale de l'Education Nationale (MGEN), au Groupe hospitalier public sud de l'Oise (GHPSO) et au docteur C B, expert.

Fait à Amiens, le 11 avril 2024.

Le juge des référés,

Signé :

B. Boutou

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2303740

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