mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303781 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL FABRE SAVARY FABBRO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 novembre 2023 et un mémoire enregistré le 26 février 2024, Mme I L née F, Mme B K née L, M. M L, M. G L, Mme H N, Mme J N, M. D K et Mme C K, représentés par Me Bidart-Dècle, demandent au juge des référés de :
1°) prescrire une expertise complémentaire, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise et de la Mutuelle générale de l'éducation nationale (MGEN) en vue de déterminer les conditions et conséquences de la prise en charge de M. E L par l'établissement de santé précité ;
2°) dire que l'expert pourra s'adjoindre tout spécialiste de son choix, à charge pour lui d'en informer préalablement le magistrat chargé du contrôle des expertises et de joindre l'avis du sapiteur à son rapport ; dire que si le sapiteur n'a pas pu réaliser ses opérations de manière contradictoire, son avis devra être immédiatement communiqué aux parties par l'expert ;
3°) dire que l'expert devra communiquer un pré-rapport aux parties en leur impartissant un délai raisonnable pour la production de leurs dires écrits auxquels il devra répondre dans son rapport définitif.
Ils soutiennent que le rapport d'expertise rendu le 4 juillet 2023 par le docteur A nécessite un complément d'expertise.
Par un mémoire, enregistré le 15 janvier 2024, le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, représenté par Me Rousseau, demande au juge des référés, à titre principal, de constater qu'une expertise contradictoire a d'ores et déjà été ordonnée par le président du tribunal administratif d'Amiens, de constater que le docteur A a exclu tout manquement dans la prise en charge de M. L au CHU Amiens Picardie après un examen complet du dossier médical et à l'issue d'une réunion contradictoire, de juger que les consorts L ne justifient d'aucun motif légitime à voir ordonner une nouvelle mesure d'expertise, de juger en tout état de cause que la demande des requérants s'analyse en une demande de contre-expertise qui ne peut être examinée que par les juges du fond, de les débouter de l'intégralité de leur demande et de les condamner à lui payer une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens et à titre subsidiaire, de lui donner acte de ce qu'il n'est pas opposé à l'organisation d'une mesure d'expertise judiciaire à condition que soit désigné un collège d'experts composé d'un neurologue et d'un chirurgien digestif et que la mission précitée lui soit confiée et de réserver les dépens.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise et à la Mutuelle Générale de l'Education nationale, qui n'ont pas présenté d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné, M. Bertrand Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Il appartient au juge des référés saisi d'une demande d'expertise de rechercher dans quelle mesure cette expertise peut être utile à la solution d'un éventuel litige.
2. Pour justifier de l'utilité d'une nouvelle mesure d'expertise, les consorts L avancent que l'expert missionné par l'ordonnance du 18 janvier 2023 par le juge des référés de ce tribunal n'aurait pas répondu à tous les chefs de sa mission et aurait dû, pour répondre de manière efficace à l'intégralité des questions posées notamment en ce qui concerne la prise en charge chirurgicale, les suites de celle-ci et l'apparition d'une infection nosocomiale, solliciter la désignation d'un sapiteur. La présente demande constitue en réalité une demande de contre-expertise, et ne peut, de ce fait, satisfaire au caractère d'utilité requis par les dispositions précitées de l'article R. 532-1. Il appartiendra au juge du fond, saisi le cas échéant, s'il s'estime insuffisamment éclairé par les conclusions de l'expert, d'ordonner une nouvelle expertise ou un complément d'expertise. Dès lors, la requête des consorts L présentée au juge des référés doit être rejetée.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
3. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire des requérants le versement d'une somme de 1500 euros au CHU Amiens Picardie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les dépens :
5. Aucun dépens n'a été engagé dans le cadre de la présente instance. Dès lors, les conclusions présentées à cet égard par le CHU Amiens Picardie sont dépourvues d'objet et, par suite, doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête des consorts L est rejetée.
Article 2 : Les consorts L verseront au CHU Amiens Picardie la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions du CHU Amiens Picardie est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Me I L née F, à
Mme B K née L, à M. M L, à M. G L, à
Mme H N, à Mme J N, à M. D K, à Mme C K, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, et au centre hospitalier universitaire Amiens Picardie.
Fait à Amiens, le 21 mai 2024.
Le juge des référés,
Signé :
B. Boutou
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2303781