mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303841 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | AKHZAM KHADIJA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Akhzam, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui adresser une notification électronique lui permettant de déposer en ligne, sur le site de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), les pièces sollicitées par la préfecture, dans un délai de 8 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'attestation de prolongation de l'instruction de son dossier ne lui permet pas de trouver un emploi dans la mesure où elle expire le 9 novembre 2023 et que ce document n'ayant pas été renouvelé, elle se trouve en situation irrégulière alors qu'elle a déposé sa demande de titre de séjour au titre du regroupement familial à la suite de l'accord de la préfecture et de la délivrance d'un visa de long séjour ; elle se trouve dans une situation de précarité et dans l'impossibilité de conclure un contrat de travail faute de disposer d'un récépissé d'une durée d'au moins 6 mois ;
- la mesure demandée est utile dès lors que la préfecture lui a indiqué que son dossier était incomplet, mais lui a indiqué par courriel du 4 septembre 2023, qu'un " bug informatique " " l'empêche de [lui] demander les pièces complémentaires nécessaires " ; qu'elle est dans l'impossibilité de déposer spontanément sur la plateforme ANEF des pièces complémentaires si la préfecture ne lui envoie pas de " notification " par le biais de cette plate-forme ; que la mesure demandée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Par un mémoire enregistré le 17 novembre 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que les demandes de Mme B ont été déposées hors délai, alors qu'elle était en situation irrégulière, son visa étant valable jusqu'au 13 juin 2023 alors qu'elle a déposé sa demande le 14 juin 2023 ; qu'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour lui a néanmoins été délivrée et renouvelée ;
- afin de pallier les dysfonctionnements rencontrés dans l'instruction dématérialisée de sa demande de titre de séjour, la préfecture a invité l'intéressée à se présenter à la préfecture le 17 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne, s'est vu délivrer un visa de long séjour afin de rejoindre en France son époux au titre du regroupement familial. Elle a déposé le 14 juin 2023 une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " au titre du regroupement familial sur la plateforme de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF). L'instruction de cette demande n'ayant pu être finalisée en raison de dysfonctionnements informatiques, Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'enjoindre à la préfecture de lui faire parvenir sur la plate-forme de l'ANEF une " notification électronique " seule à même de lui permettre de déposer, sur cette plateforme, les pièces complémentaires en vue de l'instruction de sa demande de titre de séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. () ".
3. Il résulte de l'instruction que le préfet de l'Aisne a, d'une part, délivré à Mme B une nouvelle attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre séjour, valable du
13 novembre 2023 au 12 février 2024, et d'autre part convoqué Mme B à la préfecture le vendredi 17 novembre 2023 afin d'y déposer son dossier de demande de titre de séjour. Cette convocation était assortie d'une liste des pièces à présenter le jour de sa venue. Mme B n'a fourni aucune observation complémentaire au tribunal à la suite de ce rendez-vous. Par suite, la demande de Mme B tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Aisne de lui faire parvenir une " notification électronique " afin de lui permettre de produire sur la plateforme de l'ANEF les pièces complémentaires relatives à sa demande de titre de séjour ne présente plus aucune utilité, le préfet ayant décidé d'instruire sa demande de titre de séjour en la convoquant à un rendez-vous en préfecture afin d'y déposer un dossier papier.
4. Par suite, ni la condition d'urgence ni la condition d'utilité de la mesure sollicitée ne sont remplies et la requête de Mme B formée sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, ne peut en conséquence qu'être rejetée.
5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet de l'Aisne.
Fait à Amiens, le 28 novembre 2023.
La juge des référés,
Signé :
C. Galle
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.