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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304080

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304080

lundi 6 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304080
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET CHIVOT-SOUFFLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2023, sous le n°2304080, et un mémoire, enregistré le 18 janvier 2024, la communauté de communes du territoire Nord Picardie, représentée par Me Chivot, demande, dans le dernier état de ses écritures, au juge des référés, de :

1°) prescrire, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise en vue de déterminer la nature et les causes des désordres constatés à l'Hôtel rural d'entreprise situé 16 rue de Canaples à Bernaville, en présence de :

- la société Qualiconsult ;

- la société En Act architecture ;

- la société Evolution (Me Randoux) en sa qualité de liquidateur de la société EGBM ;

- la société d'assurance mutuelle du bâtiment et des travaux publics (SMABTP) ;

- la société Chaves Etanchéité ;

- la société AXA France Iard ;

- et la société DTB ;

2°) rejeter les conclusions présentées à fin de mise hors de cause par la société AXA France Iard ;

3°) rejeter toute conclusion contraire à sa requête ;

Il est fait valoir que :

- la communauté de communes du territoire Nord Picardie a entrepris la réalisation d'un hôtel rural d'entreprises situé au 16 rue de Canaples à Bernaville (80370), dont la maîtrise d'œuvre a été confiée à la société En Act architecture ;

- le lot n° 3, bardage et étanchéité a été attribué à la société EGBM, actuellement en liquidation judiciaire, représentée par la Selarl Grave Randoux selon jugement rendu par le tribunal de commerce d'Amiens le 17 septembre 2020 ;

- les travaux d'étanchéité ont été sous-traités à la société Chaves Etanchéité ;

- la société Qualiconsult est intervenue en qualité de contrôleur technique ;

- les travaux de construction ont débuté à compter du 20 septembre 2017 pour être réceptionnés avec réserves en juillet 2019 ;

- le lot couverture étanchéité bardage métallique a été effectivement réceptionné le 16 juillet 2019, avec réserves mineures ;

- les locaux ont ensuite été loués à différentes entreprises et notamment la société Comptabilité Conseil Auxi ;

- courant mars 2020, l'entreprise locataire a informé la communauté de communes requérante de l'existence d'infiltrations d'eau de pluie par le plafond des bureaux administratifs côté nord-ouest du bâtiment ;

- aux termes d'une expertise menée le 28 septembre 2020 à l'initiative de l'assureur de la collectivité requérante, le sinistre serait la conséquence d'un désordre de l'étanchéité réalisée pendant les travaux ;

- toutefois, selon le rapport complémentaire mené par le même expert le 21 janvier 2021, et en présence de la société locataire, ainsi que des entreprises Chaves Etanchéité, EGBM et En Act architecture, la société Chaves a vérifié l'étanchéité et n'a constaté aucun désordre ;

- il ressort d'un rapport dressé le 25 mars 2021 à la demande de la société locataire du local endommagé, par la société Nüwa, et mené de manière non contradictoire, d'une part, le constat de traces d'humidité au niveau des plafonds, des toilettes, du hall d'entrée et d'un bureau au rez-de-chaussée, et, d'autre part, le résultat d'un test fumigène révélant un défaut d'étanchéité entre les menuiseries en toiture et le bardage en façade ;

- il ressort enfin d'un constat dressé par la selarl Julien Martin, commissaire de justice le

24 juillet 2023, de nouvelles traces de fuites, l'apparition d'auréoles sur les dalles au plafond, dans le couloir, ainsi que des dommages sur la peinture dans le hall et dans les sanitaires ;

- la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer l'origine et les causes des désordres allégués, les moyens d'y remédier et l'évaluation du montant des travaux de remise en état, ainsi que le préjudice lié à la réfection de la couverture.

Par un mémoire, enregistré le 13 décembre 2023, la société AXA France Iard, intervenant en qualité d'assureur de la société Chaves, représentée par Me Desmet, demande au juge des référés de rejeter la demande d'expertise de la communauté de communes du territoire Nord Picardie, de la mettre hors de cause et subsidiairement, constater qu'elle émet toutes protestations et réserves sur la demande d'expertise judiciaire présentée par la communauté de communes requérante.

Il est fait valoir que la communauté requérante ne justifie pas d'une intervention de la société Chaves Etanchéité en qualité de sous-traitante de la société EGBM, le contrat de sous-traitance n'ayant pas été versé aux débats.

Par un mémoire, enregistré le 10 décembre 2023, la selarl de mandataires judiciaires Evolution, intervenant en qualité de liquidateur judiciaire de la sarl EGBM, demande au juge des référés de prendre acte de ce qu'il s'en remet à la prudente appréciation du tribunal, ne disposant pas d'éléments particuliers au dossier concernant ce litige.

Par un mémoire, enregistré le 4 janvier 2024, la société En Act Architecutre, représentée par Me Abiven, demande au juge des référés de prendre acte de ses protestations et réserves quant aux opérations d'expertise sollicitées par la communauté de communes du territoire Nord Picardie, de dire que les opérations d'expertise seront communes et opposables aux parties à l'instance mais également à la société Evolution, agissant par Me Guillaume Randoux, en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société EGBM, titulaire du lot n°3, désigné par le tribunal de commerce d'Amiens le 17 septembre 2020 et de réserver les dépens.

Par un mémoire, enregistré le 4 janvier 2024, la société d'assurances mutuelle du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), intervenant en qualité d'assureur de la société EGBM, représentée par Me Mendy, demande au juge des référés, de constater qu'elle émet toutes protestations et réserves sur la demande des opérations d'expertise sollicitée par la communauté de communes terre Nord Picardie, de rejeter les conclusions présentées par la société AXA France Iard à fin de la mettre hors de cause et de déclarer commune et opposable l'ordonnance de référé qui sera rendue par le juge des référés à la société DTB.

Il est fait valoir que la société EGBM a sous-traité l'étanchéité à la société Chaves Etanchéité et que la société DTB est intervenue dans la construction litigieuse en qualité de bureau d'études en établissant les plans de détails du système d'étanchéité exécuté par Chaves Etanchéité.

Par un mémoire, enregistré le 25 janvier 2024, la société Qualiconsult, représentée par

Me Dufour, demande au juge des référés de lui donner acte de ses protestations et réserves et de mettre à la charge de la partie demanderesse les dépens.

La requête a été communiquée à la société Chaves Etanchéité et à la société DTB, lesquelles n'ont pas produit d'observations.

La présidente a désigné Mme Rondepierre, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. L'octroi d'une mesure d'expertise est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir. Il revient au juge des référés, pour déterminer l'utilité de la mesure d'expertise, de se prononcer sur le bien-fondé d'une irrecevabilité ou d'une prescription qui est opposée.

3. La communauté de communes territoire Nord Picardie a entrepris la réalisation d'un hôtel rural d'entreprises situé au 16 rue de Canaples sur le territoire de la commune de Bernaville, dont la maîtrise d'œuvre a été confiée à la société En Act Architecture. Le lot n° 3 " couverture bardage étanchéité " a été attribué à la société EGBM, laquelle a sous-traité une partie des travaux d'étanchéité à la société Chaves Etanchéité. La société Qualiconsult est intervenue en qualité de contrôleur technique. La construction a débuté le 20 septembre 2017, et la réception du lot n°3 est intervenue le 16 juillet 2019, avec de menues réserves, ne concernant, en tout état de cause, pas l'étanchéité. Les locaux ont ensuite été loués à différentes entreprises et notamment à la société Comptabilité Conseil Auxi et courant mars 2020, cette dernière a informé la communauté de communes territoire Nord Picardie de l'existence d'infiltrations d'eau de pluie par le plafond des bureaux administratifs côté nord-ouest du bâtiment. Une expertise amiable diligentée par la collectivité, au contradictoire de la société Chaves Etanchéité, de son assureur, de la société En Act Architecture et de la société EGBM a fait ressortir, dans un premier temps, que le sinistre serait la conséquence d'un désordre de l'étanchéité réalisée pendant les travaux, puis, dans un second temps, aux termes d'un rapport complémentaire déposé le 21 janvier 2021, que la société Chaves Etanchéité n'avait, après avoir effectué des opérations de vérification d'étanchéité, constaté aucun désordre. Cependant, à chaque pluie, de l'eau a continué à s'infiltrer. La société Nüwa a procédé à des investigations à la demande de l'entreprise locataire du local endommagé, et le rapport établi le 25 mars 2022, révèle de l'humidité au niveau des plafonds des toilettes, du hall d'entrée et d'un bureau au rez-de-chaussée, sans toutefois que ce rapport n'ait été établi de manière contradictoire. Enfin, selon constat dressé par un commissaire de justice le 24 juillet 2023, de nouvelles fuites sont à l'origine de l'apparition des auréoles sur les dalles du plafond dans le couloir, et la peinture est abimée dans le hall et dans les sanitaires. La mesure d'expertise s'avère utile pour déterminer la nature et les causes des dommages, ainsi que les moyens d'y remédier, et il y a lieu de fixer la mission de l'expert ainsi qu'il sera énoncé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande de mise en cause de la société DTB :

4. Par son mémoire enregistré le 4 janvier 2024, la société d'assurance mutuelle du bâtiment et des travaux publics (SMABTP) demande au juge des référés de rendre communes et opposables les opérations de l'expertise à venir à la société DTB en tant qu'elle est intervenue en qualité de bureau d'étude en établissant les plans de détails du système d'étanchéité exécuté par la société Chaves Etanchéité. Il y a donc lieu de mettre cette société en cause dans les opérations d'expertise décrites à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande relative à la mise hors de cause de la société Chaves Etanchéité et de son assureur :

5. Alors qu'il ressort de la déclaration de sous-traitance dument signée par les sociétés EGBM et Chaves Etanchéité, que les travaux d'étanchéité ont été réalisés par cette dernière, la société AXA France Iard ne peut utilement soutenir qu'elle-même, non plus que la société Chaves Etanchéité, dont elle est l'assureur, devraient être mises hors de cause de la présente procédure.

6. Il résulte des points 4 et 5 que les opérations d'expertise seront effectuées au contradictoire des sociétés qui y sont mentionnées, dont la mise en cause présente une utilité .

Sur les réserves exprimées :

7. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

8. Aucun dépens n'a été engagé dans le cadre de la présente instance. Dès lors, les conclusions présentées à cet égard par les parties sont dépourvues d'objet et, par suite, doivent être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : M. B A exerçant 7 rue Edouard Branly à Arras (62000) est désigné en qualité d'expert, avec pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux, à savoir à l'Hôtel rural d'entreprises situé au 16 rue de Canaples à Bernaville (80370) ;

2°) se faire communiquer tout document et entendre toute personne qu'il estimera utile à l'accomplissement de sa mission ;

3°) décrire la nature et l'étendue des dommages et désordres évoqués ci-dessus et dont est est affecté l'ouvrage ;

4°) établir les causes et origines des désordres, en fournissant tout élément technique et de fait permettant au juge d'apprécier les responsabilités encourues, et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune de ces causes ;

5°) fournir tout élément technique et de fait permettant au juge d'établir si les désordres dont est affecté l'ouvrage sont de nature le rendre impropre à sa destination ou à compromettre sa solidité ;

6°) proposer, le cas échéant, les mesures conservatoires nécessaires à la sauvegarde de ces travaux et évaluer leur coût ;

7°) de manière générale, fournir tous éléments techniques et de fait, de nature à permettre à la juridiction éventuellement saisie au fond de déterminer les responsabilités encourues ;

8°) fournir au juge les éléments lui permettant d'apprécier l'étendue des préjudices subis par la communauté de communes territoire Nord Picardie et notamment l'évaluation du coût des travaux nécessaires à réparer les désordres.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles

R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative au contradictoire, de :

- la communauté de communes territoire Nord Picardie ;

- la société Qualiconsult en qualité de contrôleur technique ;

- la société En Act architecture en qualité de maîtrise d'œuvre ;

- la société Evolution (Me Randoux) en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société EGBM ;

- la société d'assurance mutuelle du bâtiment et des travaux publics (SMABTP) en qualité d'assureur de la société EGBM ;

- la société Chaves Etanchéité, en qualité de sous-traitante de la société EGBM ;

- la société AXA France Iard en qualité d'assureur de la société Chaves Etanchéité ;

- et la société DTB, en qualité de bureau d'études ayant établi les plans de détails du système d'étanchéité exécuté par la société Chaves Etanchéité.

Article 3 : Préalablement à toutes les opérations, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert avertira les parties par lettre recommandée avec accusé de réception quatre jours au moins avant les opérations d'expertise.

Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe du tribunal en deux exemplaires au plus tard pour le 30 juin 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté de communes territoire Nord Picardie, à la société Qualiconsult, à la société En Act Architecture, à la société Evolution, à la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), à la société Chaves Etanchéité, à la société AXA France Iard, à la société DTB et à M. B A, expert.

Fait à Amiens le 6 janvier 2025.

La juge des référés,

Signé :

A. Rondepierre

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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