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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304134

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304134

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304134
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSCP SAIDJI & MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 décembre 2023, M. C B, représenté par

Me Ehora, demande au juge des référés, de prescrire une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie en vue de déterminer les conditions et conséquences de la prise en charge de Mme E au sein de l'établissement de santé précité à compter du 17 juillet 2021.

Il soutient que :

- son épouse a été prise en charge par le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie en vue d'une greffe rénale en juillet 2021 ;

- elle est décédée le 17 décembre 2022 ;

- la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer les conditions et conséquences de sa prise en charge à compter du mois de juillet 2021 par le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie.

Par des mémoires, enregistrés les 27 décembre 2023 et 9 janvier 2024, le centre hospitalier universitaire (CHU) Amiens Picardie, représenté par Me Rousseau, demande au juge des référés, de juger que sans aucune reconnaissance de responsabilité et sous réserve de tous ses droits, il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, de désigner un expert néphrologue pour y procéder selon la mission proposée dans le corps des présentes et de réserver les dépens et au regard des nombreuses complications qui ont émaillé la prise en charge médicale de Mme E, que les opérations de l'expertise à venir soient rendues communes et opposables à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) dans la mesure où la survenue d'un accident médical non fautif n'est pas exclu.

Par des mémoires, enregistrés les 4 et 8 janvier 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise agissant par délégation de la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme, dans le dernier état de ses écritures, informe le juge des référés de ce qu'elle ne s'oppose pas à la demande de désignation d'un expert et précise que si la responsabilité du CHU Amiens Picardie est retenue par le tribunal administratif d'Amiens, elle lui demandera le remboursement de ses débours.

Par un mémoire, enregistré le 19 janvier 2024, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Saidji, demande au juge des référés de prendre acte de ce qu'il ne s'oppose pas, sous les protestations et réserves d'usage, quant au bien-fondé de sa mise en cause au regard des dispositions des articles L. 1142-1 et L. 1142-1-1 du code de la santé publique, à l'expertise sollicitée qui sera confiée à tel expert qu'il plaira à la juridiction des référés, avec une mission complétée comme indiqué dans le corps des présentes, dire que l'expert rédigera un pré-rapport qui sera adressé aux parties aux fins d'observations auxquelles il sera répondu dans le rapport définitif et de statuer ce que de droit sur les dépens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné, M. Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. Les mesures d'expertise demandées par M. C B sont utiles et entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande d'établissement d'un pré-rapport :

3. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, en lien avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. Il lui appartient d'apprécier la nécessité d'y recourir le cas échéant. Les conclusions tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les dépens :

4. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur A D exerçant Hôpital Tenon - Rue de la Chine à Paris cedex (75970) est désigné pour procéder, en présence de M. C B, le CHU Amiens-Picardie, l'ONIAM et la CPAM de l'Oise dans les conditions prévues aux articles

R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à une expertise médicale à l'effet de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme F E et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme E ;

2°) décrire l'état de santé de Mme E et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ; décrire l'état pathologique de Mme E ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de

Mme E et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie ;

4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux ou de soins ou des manquements dans l'organisation du service ont été commis lors de l'hospitalisation de Mme E ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme E et indiquer quelle est la fréquence, le caractère habituel ou prévisible de cette dégradation par rapport au diagnostic qui a été ou aurait dû être posé ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme E une chance sérieuse de survie ; proposer une quantification de cette perte de chance, formulée en pourcentage, en faisant la distinction avec les autres facteurs ayant pu provoquer son décès ;

6°) évaluer les postes de préjudices subis avant décès : taux de déficit fonctionnel temporaire total ou partiel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément et tous autres postes de préjudices susceptibles d'être apparus ;

7°) Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires dont un par voie électronique, dans les huit mois suivant la notification de la présente ordonnance dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par la présidente du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et au docteur A D, expert.

Fait à Amiens, le 13 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé :

B. Boutou

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2304134

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