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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304288

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304288

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304288
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSELARL FABRE SAVARY FABBRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 décembre 2023, Mme A D, représentée par

Me Homehr, demande au juge des référés, de prescrire une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, de la clinique de l'Europe, de la clinique Victor Pauchet et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise en vue de déterminer les conditions et conséquences de la prise en charge de Mme B F par le service des urgences du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie le 7 août 2021.

Elle soutient que :

- Mme B F, sa mère, a été prise en charge le 7 août 2021 par le service des urgences du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie en raison d'intenses douleurs abdominales ;

- des examens ont été effectués et après la mise en place d'un inhibiteur de la pompe à protons (IPP), la patiente était autorisée à quitter le centre hospitalier ;

- les douleurs continuant de s'accentuer, le médecin traitant de Mme F décidait, le 11 août 2021, de la renvoyer aux urgences du pôle santé privé où une cholécystite aigüe était diagnostiquée ;

- elle est décédée le 14 août 2021 ;

- la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer les conditions et conséquences de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie.

Par un mémoire, enregistré le 25 janvier 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise agissant par délégation de la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme informe le juge des référés de ce qu'elle ne s'oppose pas à la demande de désignation d'un expert et précise que si la responsabilité du CHU Amiens Picardie est retenue par le tribunal administratif d'Amiens, elle lui demandera le remboursement de ses débours.

Par un mémoire, enregistré le 20 février 2024, la Clinique Victor Pauchet, représentée par Me Boizard, demande au juge des référés de constater qu'elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise sous les plus expresses protestations et réserves, de désigner un collège d'experts composé d'un expert spécialisé en chirurgie viscérale et d'un expert spécialisé en infectiologie avec la mission telle que décrite dans le corps des présentes, dire que les experts devront adresser un pré-rapport aux conseils des parties qui, dans les cinq semaines de sa réception, leur feront connaître leurs observations auxquelles ils répondront dans leur rapport définitif, dire que les experts pourront s'adjoindre le concours de tout spécialiste de leur choix, dans un domaine distinct du leur, après en avoir avisé les conseils des parties, dire que les frais d'expertise seront mis à la charge de la requérante et de statuer ce que de droit sur les dépens.

Par un mémoire, enregistré le 11 mars 2024, le centre hospitalier universitaire (CHU) Amiens Picardie, représenté par Me Romatif, demande au juge des référés, de désigner un expert urgentiste selon la mission proposée dans le corps des présentes et avec dépôt d'un

pré-rapport, dire et juger que les frais de consignation éventuels à la mesure d'expertise seront mis à la charge de Mme A D à laquelle incombe la charge de la preuve et de réserver les dépens.

La requête a été communiquée à la Clinique de l'Europe, laquelle n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné, M. Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. Les mesures d'expertise demandées par Mme A D sont utiles et entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande de désignation d'un sapiteur :

3. En application des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative, il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander à la présidente du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un sapiteur.

Sur la demande d'établissement d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, en lien avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. Il lui appartient d'apprécier la nécessité d'y recourir le cas échéant. Les conclusions tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur la demande de fixation d'une consignation :

5. Les frais d'expertise sont régis par les dispositions de l'article R. 621-11 du code de justice administrative, qui ne prévoient pas de procédure de consignation. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les dépens :

6. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le Dr C E exerçant Hôpital privé la Louvière - 69 rue de la Louvière à Lille (59000) est désigné pour procéder, en présence de Mme A D, du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie, de la Clinique de l'Europe, de la Clinique Victor Pauchet et la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à une expertise médicale à l'effet de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme B F et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire Amiens Picardie puis par les cliniques de l'Europe et Victor Pauchet ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de

Mme F ;

2°) décrire l'état de santé de Mme F et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement puis dans les cliniques Victor Pauchet et de l'Europe ; décrire l'état pathologique de Mme F ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi dans ces établissements ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme F et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier universitaire Amiens Picardie puis sur les interventions au sein des cliniques de l'Europe et Victor

Pauchet ;

4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux ou de soins ou des manquements dans l'organisation du service ont été commis lors de la prise en charge de Mme F ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme F et indiquer quelle est la fréquence, le caractère habituel ou prévisible de cette dégradation par rapport au diagnostic qui a été ou aurait dû être posé ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme F une chance sérieuse de survie ; proposer une quantification de cette perte de chance, formulée en pourcentage, en faisant la distinction avec les autres facteurs ayant pu provoquer son décès ;

6°) évaluer les postes de préjudices subis avant décès : taux de déficit fonctionnel temporaire total ou partiel, souffrances endurées, préjudice esthétiqueet tous autres postes de préjudices susceptibles d'être apparus ;

7°) Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires dont un par voie électronique, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par la présidente du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D, au centre hospitalier universitaire Amiens Picardie, à la Clinique de l'Europe, à la Clinique Victor Pauchet, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, et au docteur C E, expert.

Fait à Amiens, le 21 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé :

B. Boutou

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2304288

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