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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304454

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304454

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304454
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantHALABY CHIDIAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2023, et un mémoire, enregistré le 8 février 2024, Mme I B épouse G, représentée par Me Halaby Chidiac, dans le dernier état de ses écritures, demande au juge des référés, de prescrire une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence du centre hospitalier de Compiègne, du docteur H C, du docteur F J, du docteur A K, de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise et de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, en vue de déterminer les conditions et conséquences du décès de M. A G, son époux.

Elle soutient que :

- son époux était suivi par le centre hospitalier de Compiègne et des praticiens médicaux à la suite de douleurs thoraciques ;

- le 12 octobre 2021, M. G est parti faire son footing et a été retrouvé décédé sur la voie publique ;

- l'autopsie réalisée a conclu à un décès secondaire à un infarctus du myocarde sur un état antérieur majeur, pathologie athéromateuse étendue et séquelle d'infarctus de myocarde ancien ;

- la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile.

Par un mémoire, enregistré le 25 janvier 2024, le centre hospitalier intercommunal de Compiègne Noyon et le docteur F J, représentés par la SCP Lebègue Derbise, demandent au juge des référés, la mise hors de cause du docteur J, de donner acte au centre hospitalier intercommunal de Compiègne Noyon de ce qu'il ne s'oppose pas à l'expertise sollicitée par la requérante, et de compléter la mission telle que décrite dans les présentes.

Il est fait valoir que le docteur J est intervenu dans le cadre du service public hospitalier.

Par un mémoire, enregistré le 2 février 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, informe le juge des référés de ce qu'elle ne s'oppose pas à la demande de désignation d'un expert et précise que si la responsabilité du centre hospitalier de Compiègne ou des docteurs C et K est retenue par le tribunal administratif d'Amiens, elle lui demandera le remboursement de ses débours, augmentés de toutes dépenses ultérieures.

Par un mémoire, enregistré le 19 février 2024, Le docteur A K, représenté par Me Fayen Bourgois, demande au juge des référés de prendre acte de ce qu'il formule les plus expresses protestations et réserves quant à l'éventuel engagement de sa responsabilité, si une mesure expertise devait être ordonnée de dire qu'elle sera aux frais avancés de la requérante, que la mission sera telle que décrite dans les présentes écritures, de dire que l'expert devra adresser un pré-rapport aux parties qui, dans les quatre semaines de sa réception, lui feront connaître leurs observations auxquelles il répondra dans son rapport définitif et de réserver les dépens.

Par un mémoire, enregistré le 29 février 2024, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Saidji, demande au juge des référés de le mettre hors de cause et de statuer ce que de droit sur les dépens.

Par un mémoire, enregistré le 22 mars 2024, le docteur H C, représenté par Me Troin, demande au juge des référés de lui donner acte de ses plus expresses protestations et réserves sur les faits exposés dans la requête et qu'il s'en rapporte à justice en ce qui concerne la mesure d'expertise sollicitée, de désigner tel expert avec la mission telle que proposée dans les présentes écritures, d'autoriser l'expert à s'adjoindre, si nécessaire, tout sapiteur dans une spécialité distincte de la sienne et dire que l'expert devra, préalablement au dépôt de son rapport, soumettre aux parties un pré-rapport et recueillir leurs observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné, M. Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. Les mesures d'expertise demandées par Mme B épouse G sont utiles et entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur la mise hors de cause du docteur J :

3. Le centre hospitalier intercommunal de Compiègne Noyon et le docteur F J demandent la mise hors de cause du docteur J au motif, non contesté, qu'il est intervenu dans le cadre du service public hospitalier de cet établissement de santé. Par conséquent, il y a lieu de faire droit à cette demande de mise hors de cause. Il appartiendra à l'expert, s'il l'estime utile d'entendre le docteur J en qualité de sachant et, en tout état de cause d'examiner les conditions de son intervention dans le cadre fixé par l'expertise.

Sur la demande de mise hors de cause de l'ONIAM :

4. L'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), demande au juge des référés de le mettre hors de cause dès lors que Mme G sollicite sa mise en cause en raison de l'existence d'un éventuel aléa thérapeutique, mais n'invoque aucune complication susceptible de caractériser un accident médical non fautif. L'organisation d'une mesure d'expertise ne préjuge pas de la responsabilité éventuelle des parties appelées en la cause et ne préjudicie pas au principal. Dès lors qu'il ne peut être exclus que la présence de l'ONIAM aux opérations d'expertise soit utile, il y a lieu de l'y faire participer.

Sur la demande de désignation d'un sapiteur :

5. En application des dispositions de l'article R. 621-2 du code de justice administrative, il appartiendra à l'expert désigné, s'il le juge utile, de demander à la présidente du tribunal l'autorisation de s'adjoindre un sapiteur.

Sur la demande d'établissement d'un pré-rapport :

6. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, en lien avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. Il lui appartient d'apprécier la nécessité d'y recourir le cas échéant. Les conclusions tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les dépens :

7. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le Docteur F J est mis hors de cause. Il pourra si besoin être entendu en qualité de sachant.

Article 2 : Le docteur D E exerçant 28 rue Cardinet à Paris (75017) est désigné pour procéder, en présence de Mme I B épouse G, du centre hospitalier intercommunal Compiègne Noyon, du docteur H C, du docteur A K, de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à une expertise médicale à l'effet de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A G et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de ses prises en charge par le centre hospitalier de Compiègne, par le docteur C et par le docteur K ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. G ;

2°) décrire l'état de santé de M. G et les soins et prescriptions antérieurs lors de des prises en charge par le docteur K, par le docteur C et par le centre hospitalier de Compiègne ; décrire l'état pathologique de M. G l'ayant conduit à consulter ces praticiens et cet établissement de santé ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de

M. G et aux symptômes qu'il présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics établis ;

4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux ou de soins ou des manquements dans l'organisation du service ont été commis lors des prises en charge de M. G ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. G une chance sérieuse de survie ; proposer une quantification de cette perte de chance, formulée en pourcentage, en faisant la distinction avec les autres facteurs ayant pu provoquer son décès ;

6°) évaluer les postes de préjudices subis avant décès : taux de déficit fonctionnel temporaire total ou partiel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément et tous autres postes de préjudices susceptibles d'être apparus ;

7°) Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires dont un par voie électronique, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par la présidente du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme I B épouse G, au centre hospitalier intercommunal de Compiègne-Noyon, au docteur H C, au docteur F J, au docteur A K, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), et au docteur D E, expert.

Fait à Amiens, le 28 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé :

B. Boutou

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2304454

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