lundi 3 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400335 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TAMBURINI-BONNEFOY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 janvier 2024, Mme E B, représentée par Me Hembert, demandent au juge des référés :
1° de prescrire une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence du centre hospitalier de Péronne et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise agissant par délégation de la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme, en vue de déterminer les conditions de la prise en charge médicale de la grossesse de Mme E B et la cause du décès de l'enfant à naître ;
2° de condamner le centre hospitalier de Péronne aux entiers dépens, en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le suivi de sa grossesse, notamment lors de ses visites en consultation d'urgence les
5 et 10 novembre 2021 et la prise en charge du 13 novembre 2021 n'ont pas été conformes aux règles de l'art ;
- la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer les conditions de cette prise en charge et les préjudices subis.
Par un mémoire, enregistré le 2 février 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise agissant par délégation de la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme, informe le juge des référés qu'elle ne s'oppose pas à la demande de nomination d'un expert et précise que si la responsabilité du centre hospitalier de Péronne est retenue par le tribunal administratif d'Amiens, elle lui demandera le remboursement de ses débours.
Par un mémoire, enregistré le 27 février 2024, le centre hospitalier de Péronne, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, demande au juge des référés de prendre acte de ce qu'il ne s'oppose pas à sa participation à une mesure d'expertise, sous toutes réserves de responsabilité, d'ordonner une expertise contradictoire et la confier à un expert spécialisé en gynécologie obstétrique, de confier l'expertise à un collège d'experts avec une mission complète telle que décrite dans le corps des présentes, de prévoir que l'expert devra adresser aux parties un pré-rapport et leur accorder un délai d'un mois pour faire valoir leurs dires, de préciser dans la mission d'expertise que le principe du contradictoire impose à chaque partie d'adresser toute pièce communiquée à l'expert, directement ou par l'intermédiaire de son conseil, dans le même temps, aux autres parties et sans pouvoir leur opposer le secret médical, d'ordonner, sous ces réserves, la mission habituelle de la juridiction en matière de responsabilité médicale, débouter la requérante de ses autres demandes telles que dirigées à son encontre et de réserver les dépens.
Par une décision du 20 septembre 2023, Mme E B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
La présidente du tribunal a désigné, M. Bertrand Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. Les mesures d'expertise demandées par Mme E B sont utiles et entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande d'établissement d'un pré-rapport :
3. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, en lien avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. Il lui appartient d'apprécier la nécessité d'y recourir le cas échéant. Les conclusions tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur les dépens :
4. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Le professeur F D exerçant Service de médecine fœtale - Hôpital Trousseau APHP - 26 rue du Dr A C à Paris (75012) est désigné pour procéder, en présence de Mme E B, du centre hospitalier de Péronne et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise agissant par délégation de la caisse primaire d'assurance maladie de la Somme, dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à
R. 621-14 du code de justice administrative, à une expertise médicale à l'effet de :
1° se faire communiquer l'ensemble des éléments qu'il estimera utiles au bon accomplissement de sa mission et d'entendre tout sachant ;
2° procéder à l'examen médical de Mme B et de décrire son état de santé ;
3° décrire les conditions de la prise en charge médicale de la grossesse de
Mme E B par le centre hospitalier de Péronne notamment les 5 et 11 novembre 2021 lors de ses prises en charge en urgence et de dire si elle a été conforme aux règles de l'art médical et aux données acquises de la science médicale à l'époque des faits ;
4° donner son avis sur l'origine du décès de l'enfant à naître et dire si la mort in utero aurait pu être évitée ;
5° dire si des manquements ont été commis lors de la prise en charge le 13 novembre 2021, puis de l'accouchement et de ses suites ;
6° dire si Mme E B a bénéficié d'une information claire, loyale et appropriée ;
7° fournir l'ensemble des éléments de nature à permettre de déterminer les responsabilités encourues ;
8° déterminer, le cas échéant, l'existence d'une perte de chance pour l'intéressée d'avoir échappé au décès de son enfant et aux complications en cause et de chiffrer cet éventuel taux de perte de chance lié notamment aux manquements invoqués ;
9° déterminer les préjudices éventuels résultant de la prise en charge litigieuse pour Mme B, en déterminant la date de consolidation, à l'exception de tout état antérieur ou de l'évolution normale ou prévisible de la pathologie initiale ou de toute cause étrangère ou pathologies intercurrentes, et en particulier :
A) Préjudices patrimoniaux :
a) Préjudices patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : perte de gains professionnels, dépenses de santé et frais divers, assistance par tierce personne ;
b) Préjudices patrimoniaux permanents (après consolidation) : perte de gains professionnels futurs, incidence professionnelle, dépenses de santé futures, assistance par tierce personne ;
B) Préjudices extra-patrimoniaux :
a) Préjudices extra-patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées et préjudice esthétique temporaire en les évaluant sur une échelle de 1 à 7, préjudice sexuel ;
b) Préjudices extra-patrimoniaux permanents (après consolidation) : déficit fonctionnel permanent, préjudice d'agrément, souffrances endurées et préjudice esthétique en les évaluant sur une échelle de 1 à 7, préjudice sexuel, préjudice d'agrément, préjudice d'établissement ;
10° Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.
Article 2 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 3 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par la présidente du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E B, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, au centre hospitalier de Péronne et au professeur F D, expert.
Fait à Amiens, le 3 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé :
B. Boutou
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2400335