mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400681 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée sous le n°2400681 le 26 février 2024
le préfet de la Somme demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai du centre d'hébergement des demandeurs d'asile Coallia, situé rue Roger Salengro à Amiens, de M. B I A F ;
2°) de l'autoriser, à cette fin, à recourir à la force publique et à donner toute instruction utile au gestionnaire de ce centre afin de procéder à l'enlèvement des biens meubles se trouvant dans les lieux, aux frais et risques de l'intéressé.
Il soutient que :
- la demande d'asile de M. A F a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile par une décision du 24 octobre 2022, notifiée le 29 octobre 2022 ; l'OFPRA a rejeté les demandes d'asiles présentées par ses enfants en 2021 et 2022 et le 4 janvier 2024, la CNDA a déclaré que la procédure d'asile pour l'enfant Eloisa D a été clôturée le 4 janvier 2024 à la suite du rejet de la demande d'aide juridictionnelle ;
- dès lors, il ne dispose plus de droit au séjour ni d'un droit d'hébergement à ce titre ;
- l'intéressé a vainement fait l'objet d'une décision de sortie notifiée le 10 novembre 2022, puis d'une mise en demeure de quitter les lieux en date du 18 décembre 2023, notifiée le 26 décembre 2023 ;
- la situation présente un caractère d'urgence, dès lors que le maintien de l'intéressé dans les lieux occupés fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, ce qui porte atteinte au bon fonctionnement du service public d'accueil des demandeurs d'asile notamment au principe d'égal accès des usagers ; qu'au 31 décembre 2023, seules 23 places étaient vacantes sur un total de 1 174 places dans le département, et 9,8 % des places sont occupées par des personnes déboutées de l'asile ;
- la mesure d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
La requête a été communiquée à M. B A F, qui n'a pas produit d'observations en défense.
II. Par une requête enregistrée sous le n°2400682 le 26 février 2024 le préfet de la Somme demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai du centre d'hébergement des demandeurs d'asile Coallia, situé rue Roger Salengro à Amiens, de Mme H A F ;
2°) de l'autoriser, à cette fin, à recourir à la force publique et à donner toute instruction utile au gestionnaire de ce centre afin de procéder à l'enlèvement des biens meubles se trouvant dans les lieux, aux frais et risques de l'intéressée.
Il soutient que :
- la demande d'asile de Mme A F a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile par une décision du 24 octobre 2022, notifiée le 26 octobre 2022 ; l'OFPRA a rejeté les demandes d'asiles présentées par ses enfants en 2021 et 2022 et le 4 janvier 2024, la CNDA a déclaré que la procédure d'asile pour l'enfant Eloisa D a été clôturée le 4 janvier 2024 à la suite du rejet de la demande d'aide juridictionnelle ;
- dès lors, elle ne dispose plus de droit au séjour ni d'un droit d'hébergement à ce titre ;
- l'intéressée a vainement fait l'objet d'une décision de sortie notifiée le 10 novembre 2022, puis d'une mise en demeure de quitter les lieux en date du 18 décembre 2023, notifiée le 26 décembre 2023 ;
- la situation présente un caractère d'urgence, dès lors que le maintien de l'intéressée dans les lieux occupés fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, ce qui porte atteinte au bon fonctionnement du service public d'accueil des demandeurs d'asile notamment au principe d'égal accès des usagers ; qu'au 31 décembre 2023, seules 23 places étaient vacantes sur un total de 1 174 places dans le département, et 9,8 % des places sont occupées par des personnes déboutées de l'asile ;
- la mesure d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
La requête a été communiquée à Mme H A F, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Galle, juge des référés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°s 2400681 et 2400682 présentées par le préfet de la Somme concernent la situation des deux membres d'un couple, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au cas d'espèce : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code :
" () / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Enfin, selon son article
L. 552-15 : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles
L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile introduite le par M. et Mme A F, a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) par des décisions du 24 octobre 2022, notifiée les 26 et 29 octobre 2022. En outre, la demande formée par leur enfant E C née le 28 juin 2017 a également été rejetée par une décision de la CNDA en date du 24 octobre 2022, et la demande formée par leur enfant G D née le 11 mars 2021 a été rejetée par une décision de l'OFPRA en date du 11 octobre 2022, notifiée le 2 novembre 2022. Le recours formé devant la CNDA contre cette dernière décision a été clôturé, à la suite du rejet de la demande d'aide juridictionnelle, le 27 janvier 2023. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a signifié à
M. et Mme A F la fin de leur prise en charge dans leur lieu d'hébergement à compter du 30 novembre 2022. M. et Mme A F s'étant maintenus dans le logement, le préfet de la Somme les a mis en demeure sur le fondement des dispositions précitées, par courrier du 18 décembre 2023, notifié le 26 décembre suivant, de quitter et libérer leur lieu d'hébergement dans un délai de quinze jours. Cette mise en demeure étant restée infructueuse, le préfet de la Somme demande leur expulsion sur le fondement des dispositions précitées.
6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le droit au maintien de
M. et Mme A F sur le territoire français ayant pris fin à la fin du mois d'octobre 2022, les mesures d'expulsion du lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent au sein de la structure Coallia, située rue Roger Salengro à Amiens, ne se heurtent à cet égard à aucune contestation sérieuse.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction qu'au 31 décembre 2023, le département de la Somme disposait de 1 174 places d'hébergement des demandeurs d'asile, et que seules 23 places étaient vacantes. Au 30 janvier 2024, 22 personnes ayant déposé une demande d'asile étaient en attente d'hébergement en CADA ou en HUDA dans le département, dont plusieurs familles, et 5 personnes devaient prochainement être reçues pour être orientées vers un hébergement. Ainsi, alors que le dispositif d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile est saturé dans la Somme, le maintien dans les lieux de M. et Mme A F fait obstacle à l'accueil d'autres personnes ayant vocation à bénéficier de ce dispositif. L'expulsion des intéressés présente, par suite, un caractère d'urgence et d'utilité. M. et Mme A F n'ayant produit aucune observation en défense, ils n'invoquent aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à l'exécution de la mesure d'expulsion sollicitée. Ainsi il n'y a pas lieu de différer la mesure d'expulsion sollicitée par le préfet de la Somme.
8. Il résulte de ce qui précède que l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à cette expulsion, au besoin avec le concours de la force publique passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour M. et Mme A F d'avoir emporté leurs effets personnels.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. B I A F et à Mme H A F de libérer les lieux qu'ils occupent au sein de la structure Coallia, située 6/128 rue Roger Salengro à Amiens.
Article 2 : Outre à donner à cette fin toute instruction utile au gestionnaire de ce centre, le préfet de la Somme est autorisé à procéder, passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et avec le concours de la force publique si nécessaire, à l'expulsion de M. et Mme A F et de tout occupant de leur chef.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, et à M. B I A F et à Mme H A F.
Copie en sera délivrée au préfet de la Somme.
Fait à Amiens, le 2 avril 2024.
La juge des référés,
Signé :
C. Galle
La greffière,
Signé :
S. Grare La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°s 2400681 et 240068