vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401002 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | AUBOURG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mars 2024, Mme B C épouse D, représentée par Me Aubourg, demande au juge des référés, de prescrire une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence du groupe hospitalier public du sud de l'Oise (GHPSO) et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, en vue de déterminer les conditions et conséquences de sa prise en charge par l'établissement de santé précité à compter du 18 septembre 2022.
Elle soutient que :
- elle a consulté les urgences de l'hôpital de Creil le 18 septembre 2022 suite à des douleurs dans le bas ventre où lui a été diagnostiqué une sigmoïdite perforée et bouchée ;
- elle est transférée dans le service viscéral et reste hospitalisée du 18 au 22 septembre 2022 ;
- dès le lendemain, elle est transportée sous morphine et Kétamine, aux urgences de l'hôpital de Creil par le SAMU suite à une violente douleur abdominale ;
- elle sera opérée le jour même d'une sigmoïdectomie type Hartman avec appendicectomie et lavage drainage péritonéal par laparotomie pour péritonite stercorale par perforation de sigmoïdite diverticulaire avec appendicite de contigüité ;
- dans les suites opératoires, elle ressent des douleurs abdominales ;
- la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer les conditions et conséquences de sa prise en charge à compter du 18 septembre 2022 par l'hôpital de Creil.
Par des mémoires, enregistrés les 19 mars et 8 avril 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, dans le dernier état de ses écritures, demande au juge des référés de dire qu'il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'expert de solliciter la communication du relevé de créances avant les opérations d'expertise et dire que l'expert convoquera les parties et sollicitera le jour de l'expertise auprès de son médecin conseil, les éléments complémentaires qui s'avéreraient nécessaires au bon accomplissement des opérations d'expertise, conformément à l'article R. 621-7 -1 du code de justice administrative.
Par un mémoire, enregistré le 2 avril 2024, le groupe hospitalier public sud de l'Oise,
représenté par la SCP Lebègue Derbise, demande au juge des référés de le recevoir en ses écritures et l'y déclarer bien-fondé, de lui donner acte de ses protestations et réserves quant à une éventuelle responsabilité dans l'état actuel de Mme B D, de ce qu'il ne s'oppose pas à la demande d'expertise sollicitée par la requérante, de compléter la mission de l'expert telle que proposé dans le corps des présentes, et de dire que l'expert ne devra pas convoquer les parties tant que le relevé des débours de l'organisme social ne lui aura pas été fourni et diffusé contradictoirement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné, M. Bertrand Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. Les mesures d'expertise demandées par Mme C épouse D sont utiles et entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande de production du relevé de ses frais et débours par la caisse primaire d'assurance maladie :
3. En l'état de l'instruction, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle que fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de la solliciter, s'il l'estime nécessaire. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la communication de ce relevé.
Sur les dépens :
4. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Le docteur E A exerçant Hôpital Saint Camille - 2 rue des Pères Camilliens à Bry sur Marne cédex (94366) est désigné pour procéder, en présence de
Mme C épouse D, du groupe hospitalier public sud de l'Oise et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à
R. 621-14 du code de justice administrative, à une expertise médicale à l'effet de :
1° Se faire communiquer tous documents utiles relatifs à l'état de santé de
Mme B C épouse D et prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant à sa prise en charge par le centre hospitalier de Creil à compter du
18 septembre 2022 ; convoquer et entendre contradictoirement les parties, après qu'elles auront eu communication de ces documents ; entendre toute personne qu'il estimera utile ;
2° Procéder, en tant que besoin, à l'examen clinique de Mme B C épouse D et rappeler son état de santé antérieur ;
3° Décrire les conditions de la prise en charge litigieuse ;
4° Dire si les soins et actes médicaux ont été attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science médicale après avoir réuni tous éléments devant permettre de déterminer si des erreurs, manquements ou négligences ont été commis dans l'établissement du diagnostic, l'accomplissement des soins, ainsi, éventuellement, que dans le fonctionnement ou l'organisation du service ;
5° Se prononcer sur l'origine des conséquences dommageables subies en distinguant, le cas échéant, celles dont la cause ne serait pas imputable à la prise en charge litigieuse ; dire, le cas échéant, si elles sont la conséquence d'un aléa thérapeutique ou d'un accident médical non fautif ; déterminer si elles présentent un lien de causalité direct et certain avec la prise en charge litigieuse et dire si ce lien de causalité est exclusif ou si d'autres actes ou causes ont pu contribuer aux dommages et indiquer la part imputable à chacune des causes ;
6° Indiquer si l'état de santé de la patiente a pu favoriser ou contribuer à la survenue des conséquences dommageables subies ;
7° Indiquer si le ou les manquement(s) éventuellement constaté(s) a / ont fait perdre à l'intéressée une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; préciser la ou les perte(s) de chance (pourcentage ou coefficient), le cas échéant ;
8° Dire si l'état de santé de Mme C épouse D est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où son état de santé ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;
9° Déterminer les préjudices éventuels subis par Mme C épouse D résultant de la prise en charge litigieuse, à l'exception de tout état antérieur ou de l'évolution normale ou prévisible de la pathologie initiale ou de toute cause étrangère ou pathologies intercurrentes, et en particulier :
A) Préjudices patrimoniaux :
a) Préjudices patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : perte de gains professionnels, dépenses de santé et frais divers, assistance par tierce personne ;
b) Préjudices patrimoniaux permanents (après consolidation) : perte de gains professionnels futurs, incidence professionnelle, dépenses de santé futures, assistance par tierce personne ;
B) Préjudices extra-patrimoniaux :
a) Préjudices extra-patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées et préjudice esthétique temporaire en les évaluant sur une échelle de 1 à 7;
b) Préjudices extra-patrimoniaux permanents (après consolidation) : déficit fonctionnel permanent, préjudice d'agrément, souffrances endurées et préjudice esthétique en les évaluant sur une échelle de 1 à 7, préjudice sexuel, préjudice d'agrément ;
10° Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires dont un par voie électronique, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par la présidente du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse D, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, au groupe hospitalier public sud de l'Oise et au docteur E A, expert.
Fait à Amiens, le 14 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé :
B. Boutou
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°240100