lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401016 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | TORDO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2024, M. B A, représenté par Me Tordo, demande au juge des référés:
1°) d'ordonner à la préfète de l'Oise, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui fixer un rendez-vous en vue du dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la date de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa demande présente un caractère d'urgence, dès lors que l'instruction de sa demande de rendez-vous est anormalement longue, ce qui le maintient dans une situation d'insécurité juridique ;
- la mesure qu'il sollicite est utile, dès lors qu'il est dans l'impossibilité de présenter sa demande d'admission exceptionnelle au séjour alors qu'il travaille et qu'il justifie d'une présence de cinq ans sur le territoire français ;
- la mesure qu'il sollicite ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
3. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au ci-dessus que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
4. Si M. A soutient qu'il souhaite présenter une demande d'admission exceptionnelle au séjour sans pouvoir obtenir de rendez-vous à cette fin, il ne résulte pas de ses écritures que cette demande tende au renouvellement d'un titre de séjour précédemment délivré, ni d'ailleurs qu'il ne se maintienne pas en situation irrégulière sur le territoire français depuis le 3 mars 2019, date d'expiration du visa de court séjour qui lui a été délivré lors de son entrée sur le territoire français. Dans ces conditions, en se bornant à se prévaloir, d'une part, de l'atteinte aux droits garantis par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que, d'autre part, de l'atteinte à sa situation, alors qu'il est placé dans une situation d'insécurité juridique depuis une durée anormalement longue, laquelle résulte au demeurant de son propre fait, M. A ne se prévaut d'aucune circonstance particulière caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement un rendez-vous, alors qu'il n'établit d'ailleurs avoir formé sa première demande d'admission exceptionnelle au séjour que le 20 avril 2023.
5. Au demeurant, il résulte de l'instruction et des écritures du requérant qu'après avoir conclu un contrat à durée indéterminée avec la société Takapes le 1er avril 2021, M. A a déposé une demande de titre de séjour à raison de cette circonstance le 20 avril 2023 laquelle a fait l'objet d'une décision implicite de rejet à l'expiration d'un délai de quatre mois en application de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, si M. A demande au juge des référés d'ordonner à la préfète de l'Oise de le convoquer dans un délai de quinze jours en vue de l'enregistrement de la demande de titre de séjour qu'il souhaite présenter, il s'ensuit que la mesure qu'il sollicite ferait, dès lors, nécessairement obstacle à l'exécution de cette décision et que les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative s'opposent manifestement à ce que les mesures demandées par M. A soient ordonnées sur leur fondement.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Fait à Amiens, le 15 juillet 2024.
Le président de la 3ème chambre,
Juge des référés
Signé :
S. Thérain
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.