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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401017

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401017

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401017
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantMATHIEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2024, Mme et M. A B, Mme et M. F E et M. C D, tous représentés par la SCP Manuel Gros, Héloise Hicter Audrey d'Halluin et associés, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite, née le 1er octobre 2022, par laquelle le maire de la commune de Pont-de-Metz ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux DP 080632 22 M0035 déposée par la société Free Mobile pour la construction d'une station de téléphonie mobile sur le territoire de cette commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Pont-de-Metz une somme de 2 000 euros à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors qu'elle a été présentée dans le délai de recours contentieux et qu'ils justifient d'un intérêt à agir suffisant compte tenu des nuisances visuelles et sanitaires provoquées par cette installation dont ils sont les voisins immédiats ;

- la condition d'urgence est présumée remplie en vertu des dispositions de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;

- les moyens tirés de ce que cette décision est entachée des vices tenant à l'incomplétude du dossier déposé faute de comporter un plan de coupe faisant apparaître le profil du terrain avant et après les travaux et un plan de masse coté au système altimétrique de référence du plan de prévention des risques d'inondation, à l'absence de consultation du préfet de région s'agissant d'une implantation en zone archéologique, à la méconnaissance des dispositions de l'article N 13 du règlement du plan local d'urbanisme faute de prévoir la plantation en pleine terre d'arbres de haute tige, à la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée qui s'attache sur ce point à l'arrêt de la cour administrative de Douai en date du 28 juin 2022, et de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme sont de nature à faire naître un doute sérieux sur sa légalité.

Par un mémoire, enregistré le 2 avril 2024, la commune de Pont-de-Metz, représentée par Me Mathieu conclut à la suspension de la décision tacite de non-opposition et au rejet des conclusions présentées par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête satisfait à la condition d'urgence et à celle de doute sérieux prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir suffisant, que la présomption d'urgence est renversée, que la requête au fond est tardive, au regard de la connaissance acquise par les requérants, dès le 2 mai 2023, de l'autorisation tacite contestée, et qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de cette autorisation

Vu :

- la requête enregistrée le 21 février 2024 sous le n°2400661 par laquelle les époux B et d'autres requérants demandent l'annulation de la décision implicite de non-opposition contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 4 avril 2024 à 14 h30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Wrobel, greffière :

- le rapport de M. Binand, juge des référés ;

- les observations de Me Dubois, représentant les requérants, qui développe oralement les moyens et arguments déjà soulevés en insistant sur ce que :

- la requête au fond ne peut être regardée comme tardive par la seule connaissance acquise de l'autorisation provisoire qui a été délivrée à la suite de l'ordonnance du juge des référés ;

- la présomption d'urgence n'est pas renversée dès lors que les travaux ont commencé même s'ils sont interrompus, que l'antenne est une construction de telle sorte qu'elle présente un caractère difficilement réversible et que l'insuffisance de couverture n'est pas établie ;

- compte tenu de l'implantation du projet en zone de patrimoine archéologique de niveau 3, au sens de l'arrêté préfectoral du 23 février 2012, nécessitant de ce seul fait la consultation préalable de la direction régionale des affaires culturelles et ce quelle que soit la surface d'emprise au sol, le vice de procédure résultant de l'absence de cette formalité entache la décision de non-opposition d'illégalité ;

- le projet en cause, en se bornant à prévoir des plantations végétales en pots qui ne masquent pas au moins les armoires techniques méconnaît les prescriptions de l'article N 13 du plan local d'urbanisme qui exigent la dissimulation de la construction " par arbres et arbustes en bouquets dispersés " ; c'est d'ailleurs l'appréciation que le juge du fond a porté dans son jugement du 19 décembre 2023 ;

- l'annulation seulement partielle, par la cour administrative de Douai, du projet précédemment autorisé, est sans incidence sur la légalité de la déclaration de travaux en cause qui porte sur une nouvelle autorisation, de telle sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est opérant et susceptible de faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée et ce d'autant plus que son auteur n'a pas mis à la charge de la société Free Mobile le versement de la contribution exceptionnelle aux réseaux électriques ;

- les observations de Me Mathieu, représentant la commune de Pont-de-Metz, qui reprend en les développant les arguments exposés dans ses écritures et insiste sur la couverture suffisante du réseau déjà assurée par une antenne mutualisée, sur l'irrégularité de l'autorisation implicite en l'absence d'avis de la direction régionale des affaires culturelles, sur la méconnaissance des dispositions L. 111-11 du code de l'urbanisme, sur ce que les plantations en pot projetées ne sont manifestement pas de nature à dissimuler même partiellement le pylône de trente mètres de haut ou même les installations techniques, en méconnaissance de l'article N 13 du règlement de la zone N du plan local d'urbanisme de la commune, sur ce que la dalle en béton supportant les installations n'est pas conforme et menace le bon écoulement des eaux.

- et les observations de Me Candelier, représentant la société Free Mobile, qui reprend les arguments exposés dans ses écritures en les développant oralement en insistant sur ce que :

- l'autorisation tacite était connue des requérants qui ont formé dès le mois de mai 2023 un recours contentieux contre le certificat de non opposition délivré le 6 mars 2023 ; leur requête en annulation est donc tardive ;

- les requérants ne justifient d'aucun intérêt à agir en se bornant à se prévaloir de leur qualité de voisins immédiats sans apporter de démonstration des troubles allégués sommairement dans leur propriété ou la jouissance de leurs biens ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que les travaux sont à l'arrêt, que l'ensemble des installations restant à réaliser est aisément démontable et que l'intérêt public commande de remédier à l'insuffisance de couverture des services numériques ;

- celle du doute sérieux ne l'est pas davantage dès lors que le projet, par sa nature et son emprise au sol de 8 m2 n'était soumis à aucune consultation archéologique, que les plantations permettent de dissimuler les installations techniques conformément aux prescriptions de l'article N 13 du plan local d'urbanisme et que, en sa qualité de pétitionnaire, il lui incombera légalement de prendre à sa charge le coût des raccordements réseau électrique comme elle s'y est d'ailleurs explicitement engagée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. La société Free Mobile a déposé le 28 juin 2019 un dossier de déclaration préalable ayant pour objet l'installation d'une station de relais de téléphonie mobile sur un pylône de type treillis d'une hauteur de 30 mètres implanté sur un terrain sis chemin de Salouël sur le territoire de la commune de Pont de Metz. Le maire de cette commune a pris le 26 août 2019 un arrêté autorisant la mise en œuvre du projet, sous réserve de prescriptions spéciales portant notamment sur la surélévation des installations techniques et électriques. Le tribunal administratif d'Amiens a rejeté, par un jugement du 30 décembre 2020, la demande d'annulation de cet arrêté dont les époux B et d'autres requérants l'avaient saisi. Toutefois, par un arrêt du 28 juin 2022, la cour administrative d'appel de Douai, faisant application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, a annulé cet arrêté en tant qu'il ne prévoit pas d'arbres ou d'arbustes satisfaisant aux exigences du règlement de la zone N 13 du plan local d'urbanisme de la commune, a réformé le jugement du tribunal dans cette mesure et a accordé à la société Free Mobile un délai de trois mois pour solliciter la régularisation de ce vice. La société Free Mobile a déposé à cette fin, le 1er septembre 2022, une déclaration préalable de travaux, à laquelle le maire de la commune de Pont-de-Metz s'est opposé par un arrêté du 27 octobre 2022. Par un jugement du 19 décembre 2023, le tribunal a annulé cet arrêté, motif pris de ce qu'il avait illégalement procédé au retrait de l'autorisation tacite de non-opposition née à l'issue du délai d'instruction de cette déclaration préalable, et a enjoint à la commune de Pont-de-Metz de délivrer un certificat de non-opposition aux travaux. Par la présente requête, les époux B et autres requérants demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de non-opposition à la déclaration de travaux, ainsi rétablie le 19 décembre 2023, et ce jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative rappelées au point 1 que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Lorsque la suspension de l'exécution d'une autorisation de construire est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite, ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme compte tenu du caractère difficilement réversible que présente une construction. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifie que les travaux sont achevés ou de circonstances faisant ressortir qu'un intérêt particulier s'attache à leur achèvement rapide. Il appartient alors au juge des référés, pour apprécier si la condition d'urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

4. En l'espèce, la société Free Mobile produit des simulations cartographiques, qui ne sont pas suffisamment contredites en retour, dont il résulte que la partie du territoire de la commune de Pont-de-Metz sur laquelle le projet, objet du litige, doit être implanté n'est pas suffisamment couverte par le réseau de téléphonie mobile qu'elle exploite. Ainsi les considérations qu'elle fait valoir tenant à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et à ses intérêts propres au regard des engagements de couverture du territoire qu'elle a souscrits envers l'Etat, dont les exigences ne sont pas encore satisfaites par cette société au niveau national, établissent l'intérêt d'un achèvement rapide du projet. Par ailleurs, au regard de l'autorité qui s'attache à l'arrêt du 28 juin 2022 de la cour administrative d'appel de Douai, la société Free Mobile dispose à ce jour d'une autorisation portant sur les installations techniques et le pylône qui composent la station de téléphonie mobile projetée, que la déclaration préalable, déposée en septembre 2022, reprend à l'identique en la complétant par un aménagement paysager, dont la mise en place ne sera pas de nature, par elle-même, à porter une atteinte difficilement réversible au cadre de vie que les requérants entendent voir préserver. Dans l'ensemble de ces circonstances, qui conduisent à renverser la présomption posée par l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, la situation, appréciée globalement, ne caractérise pas une urgence justifiant la suspension de la décision de non-opposition litigieuse jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

5. Il résulte de ce qui précède que, la condition d'urgence n'étant pas remplie, la demande de suspension doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la société Free Mobile ni la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de cette décision.

6. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que les requérants présentent sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à l'encontre de la commune de Pont-de-Metz, qui a conclu aux mêmes fins que celles qu'ils poursuivent, ni à celles que la société Free Mobile présente au titre des mêmes dispositions à l'encontre des requérants.

O R D O N N E :

Article 1er : Les conclusions de Mme et M. B et autres présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Pont-de-Metz présentées au même titre sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions de Mme et M. B et autres et celles de la société Free Mobile présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme et M. A B, à Mme et M. F E à M. C D, à la société Free Mobile et à la commune de Pont-de-Metz.

Fait à Amiens, le 7 mai 2024.

Le juge des référés, La greffière,

Signé : signé :

C. BinandN. Wrobel

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2401017

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