jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401044 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET ADEKWA AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mars 2024 sous le n°2401044, Mme A D, représentée par Me Renoult, demande au juge des référés, de :
1° prescrire, une expertise sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer les préjudices du fait de sa maladie professionnelle reconnue imputable au service ;
2° condamner l'administration à lui verser la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3° condamner l'administration à prendre en charge les frais d'expertise ;
4° condamner l'administration aux entiers dépens en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
Il est fait valoir que :
- Mme D, adjointe administrative territoriale de 1ère classe au sein de la commune de Saint Quentin dont la maladie professionnelle a été reconnue imputable au service, a reçu un avis favorable pour la mise à la retraite d'office pour inaptitude d'origine professionnelle émis par le conseil médical ;
- elle est en mesure de solliciter la condamnation de l'administration à lui verser une indemnité complémentaire réparant ses préjudices patrimoniaux et personnels même en l'absence de faute de celle-ci ;
- la mesure d'expertise sollicitée s'avère donc utile pour permettre à Mme D de faire valoir ses droits et de faire constater et chiffrer ses préjudices de manière contradictoire.
Par un mémoire, enregistré le 2 mai 2024, la commune de Saint-Quentin, représentée par Me Simoneau, demande au juge des référés de désigner tel expert qu'il plaira avec la mission telle que décrite dans le corps des présentes, de rejeter les conclusions de Mme D tendant à la condamnation de la commune de Saint Quentin à prendre en charge les frais d'expertise et les entiers dépens ainsi que celles fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction " et aux termes de l'article R. 621-1 du même code : " () La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties. ".
2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise lorsque, en particulier, elle est formulée à l'appui de prétentions qui ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, qui sont irrecevables ou qui se heurtent à la prescription. De même, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et la faute alléguée de cette personne.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A D a effectué une déclaration de maladie professionnelle le 9 octobre 2018 à laquelle était joint un certificat médical faisant état d'une dépression sévère médicalement constatée depuis le 10 août 2015. Une première expertise réalisée le 15 février 2019 a conclu à l'imputabilité de la pathologie au service, confirmée par une seconde expertise qui a eu lieu le 26 juin 2019. La commission de réforme a rendu un avis favorable à l'imputabilité de la pathologie au service le 13 février 2020, suivie d'une décision d'imputabilité rendue par la commune de Saint Quentin le 26 juin suivant. Le 20 avril 2023, le médecin agréé a considéré l'état de santé de la requérante consolidé à cette même date et a fixé un taux d'IPP de 45 %. Le conseil médical a rendu un avis favorable à la consolidation au 20 avril 2023 et à la fixation du taux d'IPP global de 45 %. Un avis favorable à une mise en retraite d'office pour inaptitude d'origine professionnelle a été également rendu par le conseil médical. Elle estime que dans le cas où sa maladie professionnelle a été reconnue imputable au service, elle est fondée à solliciter la condamnation de l'administration à lui verser une indemnité complémentaire réparant ses préjudices patrimoniaux et personnels même en l'absence de faute de celle-ci.
4. Il résulte de tout ce qui précède que les mesures sollicitées ne sont pas dépourvues de caractère d'utilité et par conséquent, il y a lieu de prescrire une expertise dans les conditions prévues à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes formulées sur le fondement de ces dispositions.
Sur les dépens :
7. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
O R D O N N E
Article 1er : Le docteur C B exerçant Résidence Victor Sanchez - 7 rue du Chemin Vert - BP 6058 à Caen cedex 4 (14062) est désigné en qualité d'expert, avec pour mission de :
1°) de convoquer Mme A D ;
2°) de prendre connaissance de l'entier dossier médical de Mme D et se faire communiquer tous documents relatifs à son état de santé ;
3°) d'examiner Mme D, enregistrer ses doléances et décrire les constatations faites ;
4°) de décrire l'état de santé actuel et l'état de santé antérieur en ne retenant que les seuls antécédents pouvant avoir une incidence sur les séquelles en relation directe et certaine avec les accidents imputables au service dont a été victime Mme D ;
5°) dire si l'état de santé de Mme D tel que résultant de sa pathologie imputable au service est consolidé ; le cas échéant, indiquer la date de consolidation ;
6°) déterminer dans les conditions fixées ci-dessous, les préjudices éventuels de
Mme D imputables au service, à l'exception de tout état antérieur ou de l'évolution normale ou prévisible de la pathologie initiale ou de toute cause étrangère ou pathologies intercurrentes ; fixer la date de consolidation des séquelles et, à défaut, indiquer si un réexamen est à prévoir et à quelle date ;
A) Préjudices patrimoniaux :
a) Préjudices patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : perte de gains professionnels, dépenses de santé et frais divers, assistance par tierce personne et aménagement du logement ;
b) Préjudices patrimoniaux permanents (après consolidation) : perte de gains professionnels futurs, incidence professionnelle, dépenses de santé futures, assistance par tierce personne et aménagement du logement ;
B) Préjudices extra-patrimoniaux :
a) Préjudices extra-patrimoniaux temporaires (avant consolidation) : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées et préjudice esthétique temporaire en les évaluant sur une échelle de 1 à 7 ;
b) Préjudices extra-patrimoniaux permanents (après consolidation) : déficit fonctionnel permanent, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, souffrances endurées et préjudice esthétique en les évaluant sur une échelle de 1 à 7 ;
7°) Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.
Article 2 : Dans le respect du secret médical, l'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative au contradictoire, de :
- Mme A D ;
- et la commune de Saint-Quentin.
Article 3 : L'expert, qui pourra s'adjoindre un ou plusieurs sapiteurs, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 4 : Préalablement à toutes les opérations, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert avertira les parties par lettre recommandée avec accusé de réception quatre jours au moins avant les opérations d'expertise.
Article 6 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe du tribunal en deux exemplaires dont un par voie électronique au plus tard pour le 31 janvier 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D, à la commune de Saint-Quentin et au docteur C B, expert.
Fait à Amiens, le 12 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé :
S. THERAIN
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2401044