jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401154 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL MANGOT-PAINEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 mars 2024, la commune de Pierregot, représentée par Me Mangot, demande au juge des référés :
1°) d'autoriser, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de M. A B et de tout occupant de son chef, du logement communal situé au 5 grande rue à Pierregot au besoin avec le concours de la force publique ;
2°) condamner M. B à lui verser une indemnité d'un montant mensuel de
260 euros augmenté des charges locatives à raison de l'occupation sans titre de ce logement depuis le 1er juillet 2023 jusqu'à la parfaite libération de celui-ci ;
3°) de mettre à la charge de M. B le versement d'une somme de 960 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance, en ce compris les frais de sommation interpellative.
Elle soutient que :
- le logement occupé par M. B appartient au domaine public communal pour être situé au sein même de la mairie et n'avoir jamais été déclassé ;
- l'intéressé se maintient dans ce logement sans disposer d'aucun droit ni titre depuis la résiliation à effet du 1er juillet 2023 de la convention d'occupation conclue à titre précaire conformément aux dispositions des articles L. 2122-1 et suivants du code général de la propriété des personnes publiques ;
- elle est fondée à demander la condamnation de M. B à lui verser une redevance à raison de l'occupation sans droit ni titre du domaine public communal ;
La requête a été communiquée à M. B qui n'a pas présenté d'observations.
La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 avril 2024 à 14 h30, en présence de Mme Grare, greffière :
- le rapport de M. Binand, juge des référés ;
- les observations de Me Abdelkrim substituant Me Mangot pour la commune de Pierregot qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et arguments que ceux exposés dans la requête.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 14h45.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, dont l'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
2. La commune de Pierregot demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A B du logement communal dans lequel il se maintient en dépit de la résiliation au 1er juillet 2023 de la convention d'occupation précaire qui lui avait été consentie en 1990 et de la sommation d'avoir à quitter les lieux au plus tard le 12 octobre 2023 qui lui a été notifiée. Elle demande en outre de mettre à la charge de M. B une indemnité d'un montant mensuel de 260 euros augmentée des charges locatives à raison de l'occupation sans titre de ce logement depuis le 1er juillet 2023.
3. En premier lieu, la commune de Pierregot, en se bornant à faire état, sans autre précision, de son intention de procéder à la rénovation du logement en cause, ne justifie ni de l'intérêt de procéder à court terme à des travaux à cet effet ni même de la nécessité d'assurer la libération des lieux pour garantir leur bon déroulement. Par ailleurs, elle ne se prévaut d'aucune considération de nature à établir que l'occupation de ce logement par M. B ferait obstacle à court terme à l'utilisation de logement de fonction d'un instituteur, qui est normalement la sienne mais à laquelle il n'est plus affecté effectivement depuis 1990 après la fermeture de l'école de Pierregot. Aussi, en l'état de l'instruction, la commune de Pierregot ne justifie pas que la mesure d'expulsion qu'elle sollicite présente un caractère d'urgence et d'utilité au sens des dispositions de l'article L. 511-3 du code de justice administrative.
4. En second lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative qu'il n'appartient pas au juge des référés de prononcer au fond une condamnation pécuniaire. Dès lors, les conclusions de la commune de Pierregot tendant à la condamnation de M. B à lui verser une indemnité d'occupation domaniale doivent être rejetées.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la commune de Pierregot doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des frais de l'instance.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de la commune de Pierregot est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée la commune de Pierregot et à M. A B.
Fait à Amiens, le 2 mai 2024.
Le juge des référés,
Signé :
C. BINANDLa greffière,
Signé :
S. GRARE
La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.