jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401224 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 26 mars 2024, enregistrée le 28 mars 2024, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a désigné, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, le tribunal administratif d'Amiens pour statuer sur la requête présentée par Mme B A.
Par cette requête, enregistrée le 9 mars 2024 au secrétariat de la section du contentieux du Conseil d'Etat, Mme A demande au juge des référés d'ordonner à l'administration, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de produire les bulletins de salaire du mois de novembre des années 2009 à 2013 des magistrats affectés au tribunal administratif de Montreuil ayant atteint le grade de premier conseiller, les bulletins de salaires du mois de novembre des années 2014 à 2021 des magistrats affectés au tribunal administratif de Paris ayant atteint le grade de premier conseiller et les bulletins de salaires du mois de novembre de l'année 2022 des magistrats affectés au tribunal administratif de Caen ayant atteint le grade de premier conseiller ou, à défaut, de solliciter l'avis du Conseil d'Etat sur la mesure demandée.
Elle soutient que la communication des éléments sollicités s'avère utile pour établir l'inégalité de traitement qu'elle allègue et faire valoir ses droits dans le cadre du recours qu'elle envisage d'introduire et tendant à l'engagement de la responsabilité de l'Etat à raison de la discrimination dont elle soutient avoir fait l'objet sur une période allant de l'année 2009 à 2022, lequel a fait l'objet d'une demande indemnitaire préalable présentée à l'administration le 24 janvier 2024.
La présidente a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".
2. Ainsi qu'il a d'ailleurs été déjà rappelé à la requérante à deux reprises aux termes des ordonnances n° 2301965 du 23 juin 2023 et n° 2302484 du 11 août 2023 se prononçant sur des demandes similaires à celle donnant lieu à la présente instance, si le juge des référés peut, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, prescrire la communication des pièces ou informations mettant à même le demandeur de former un recours, en revanche, dès lors qu'un tel recours a déjà été formé, une demande présentée au juge des référés portant sur la communication de pièces utiles à la solution du litige est dépourvue d'utilité jusqu'à ce qu'il soit statué définitivement sur le litige, après épuisement, le cas échéant, des voies de recours. En effet, il appartient au juge saisi du litige, à quelque titre que ce soit, de faire usage des pouvoirs généraux d'instruction qui lui sont dévolus pour ordonner, le cas échéant, les communications qui lui paraissent nécessaires à la solution du litige.
3. Il résulte de la requête de Mme A que celle-ci demande à ce qu'il soit ordonné à l'administration de produire les bulletins de salaire du mois de novembre des années 2009 à 2022 de de certains magistrats affectés aux tribunaux administratif de Montreuil, Paris et Caen ayant atteint le grade de premier conseiller. Mme A soutient en outre qu'elle a présenté, avant l'introduction de sa requête en référé, une demande indemnitaire préalable à l'administration le 24 janvier 2024 fondée sur la discrimination dont elle a été l'objet et que la communication des éléments sollicités s'avère utile afin d'établir ses prétentions dans la perspective du recours qu'elle envisage d'introduire et tendant à l'engagement de la responsabilité de l'Etat sur ce fondement.
4. Ce recours ayant été introduit le 23 mai 2024 et transmis au tribunal le 19 juin suivant, il résulte cependant de ce qui a été dit au point 2 que la demande que Mme A présente au juge des référés est, à la date de la présente ordonnance, dépourvue d'utilité et doit être rejetée.
5. En outre, aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".
6. Mme A a été suffisamment avertie, aux termes de l'ordonnance n° 2302484 du 11 août 2023, de ce que la présentation d'une nouvelle requête en référé tendant à obtenir la communication des éléments qu'elle sollicite alors que le juge du fond était saisi l'exposait à une amende pour recours abusif. Si le juge du fond n'était pas encore saisi à la date d'introduction de la présente requête, soit le 9 mars 2024, sa demande indemnitaire préalable avait déjà été présentée le 24 janvier 2024, ce qui rendait, d'une part, inévitable cette saisine avant l'expiration du délai de recours contentieux le 25 mai 2024 prorogé au lundi 27 mai 2024 sauf à encourir une forclusion, et, d'autre part, raisonnable la perspective de pouvoir demander la production de ces éléments au juge du fond dans les conditions décrites au point 2, au demeurant avant que le juge des référés ne puisse utilement statuer alors que la procédure prévue à l'article R. 532-1 du code de justice administrative n'est pas une procédure de référé d'urgence. Il s'ensuit que l'introduction de cette troisième requête en référé présente un caractère abusif et qu'il y a lieu d'infliger à Mme A une amende dont le montant doit, pour l'instant, être limité à 200 euros.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A est condamnée à payer une amende de 200 euros.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques du Calvados.
Fait à Amiens le 1er août 2024.
Le président de la 3ème chambre,
Juge des référés,
Signé :
S. Thérain
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, et au préfet du Calvados, chacun en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.