mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401231 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | APEX AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 mars 2024, Mme A B et M. F D, agissant tant en leur nom qu'en qualité de représentants légaux de leur fille J I, représentés par Me Quandalle Bernard, demandent au juge des référés, de :
1° prescrire une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en présence du centre hospitalier de Saint Quentin et de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, en vue de déterminer l'évolution de l'état de santé de Lilly Angélina et dire s'il est consolidé ;
2° dire que l'expert établira un pré rapport et répondra, dans le rapport définitif, aux éventuelles observations des parties ;
3° dire que l'expert indiquera, dans les deux mois à compter de sa désignation, le montant de sa rémunération définitive prévisible afin que soit éventuellement ordonnée une provision complémentaire dans les conditions de l'article 263 du code de la procédure civile ; à défaut d'une telle indication, le montant de la consignation initiale constituera la rémunération définitive de l'expert ;
4° condamner le centre hospitalier de Saint Quentin à leur payer en qualité de représentants de Lilly Angélina D B la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que conformément aux préconisations du docteur E dans le cadre de son expertise en 2014, la mesure d'expertise sollicitée s'avère utile pour déterminer si l'état de santé de Lilly Angélina qui a atteint l'âge de douze ans a évolué et est consolidé.
Par un mémoire, enregistré le 15 avril 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy de Dôme demande au juge des référés de la recevoir en son intervention et de la dire bien fondée.
Par un mémoire, enregistré le 13 mai 2024, le centre hospitalier de Saint-Quentin, représenté par Me Budet, demande au juge des référés de désigner tel expert qu'il plaira et de compléter la mission habituelle telle que décrite dans le corps des présentes, de dire que les frais d'expertise seront à la charge des consorts D B, de réduire à de plus justes proportions, la demande formulée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de rejeter le surplus des conclusions des consorts D B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné, M. Bertrand Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. Les mesures d'expertise demandées par Mme H B et M. F D sont utiles et entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande d'établissement d'un pré-rapport :
3. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, en lien avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. Il lui appartient d'apprécier la nécessité d'y recourir le cas échéant. Les conclusions tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur la demande relative à la consignation :
4. Aux termes des dispositions de l'article R. 621-11 du code de justice administrative : " () / Le président de la juridiction () fixe par ordonnance, conformément aux dispositions de l'article R. 761-4, les honoraires en tenant compte des difficultés des opérations, de l'importance, de l'utilité et de la nature du travail fourni par l'expert ou le sapiteur et des diligences mises en œuvre pour respecter le délai mentionné à l'article
R. 621-2. Il arrête sur justificatifs le montant des frais et débours qui seront remboursés à l'expert. () ". En vertu de l'article R. 532-4 du même code, les dispositions des article R.621-11 sont applicables aux référés, mentionné à l'article R. 532-1.
5. Il résulte des dispositions précitées que les frais d'expertise sont régis par les dispositions de l'article R. 621-11 du code de justice administrative ne prévoient pas de procédure de consignation. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
7. Il n'y a pas lieu, dans le cadre de la présente procédure qui ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'instruction, de se prononcer sur des conclusions relatives à l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les dépens :
8. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne, ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Le docteur G C exerçant 27 rue de Lübeck à Paris (75116) est désigné pour procéder, en présence de Mme A B, de M. F D, de
J I, du centre hospitalier de Saint Quentin, et de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy de Dôme, dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à
R. 621-14 du code de justice administrative, à une expertise médicale à l'effet de :
1° se faire communiquer tous documents et pièces nécessaires à la bonne exécution de sa mission, procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de J I ainsi qu'à son examen clinique ;
2°) décrire l'état de santé de J I et dire si son état de santé a évolué depuis la précédente expertise du 26 novembre 2014, s'il est éventuellement consolidé et à quelle date ; s'il n'est pas consolidé, à quelle date il y aura lieu de procéder à une nouvelle expertise aux mêmes fins.
3°) donner tous éléments permettant au tribunal d'apprécier la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge de J I par le centre hospitalier de Saint-Quentin en les distinguant de son état antérieur et des préjudices qui pourraient résulter d'autres éléments ;
4°) déterminer les préjudices éventuels résultant de cette prise en charge, à l'exception de tout état antérieur ou de l'évolution normale ou prévisible de la pathologie initiale ou de toute cause étrangère ou pathologies intercurrentes, et en particulier :
A) Préjudices patrimoniaux :
a) Evolution des préjudices patrimoniaux temporaires depuis l'expertise du 26 novembre 2014, le cas échéant jusqu'à consolidation : dépenses de santé actuelles et frais divers, assistance par tierce personne ;
b) Préjudices patrimoniaux permanents en cas de consolidation : perte de gains professionnels futurs, incidence professionnelle, préjudice scolaire et universitaire, dépenses de santé futures, assistance par tierce personne, frais de logement adapté et frais de véhicule adapté ;
B) Préjudices extra-patrimoniaux :
a) Evolution des préjudices extra-patrimoniaux temporaires depuis l'expertise du
26 novembre 2014, le cas échéant jusqu'à consolidation : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées et préjudice esthétique temporaire en les évaluant sur une échelle de
1 à 7 ;
b) Préjudices extra-patrimoniaux permanents en cas de consolidation : déficit fonctionnel permanent, souffrances endurées et préjudice esthétique en les évaluant sur une échelle de 1 à 7, préjudice sexuel, préjudice d'agrément, préjudice d'établissement ;
5°) Fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité et s'il y a lieu, faire toutes autres constatations nécessaires.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires dont un par voie électronique, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par la présidente du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à M. F D, au centre hospitalier de Saint-Quentin, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy de Dôme et au docteur G C, expert.
Fait à Amiens, le 17 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé :
B. Boutou
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2401231