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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401258

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401258

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401258
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantGUEZ GUEZ SEFIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2024, M. B A, représenté par

Me Guez Guez, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner à l'administration pénitentiaire de mettre à sa disposition un ordinateur fixe qu'il cantinera conformément aux dispositions de la circulaire DAP du 13 octobre 2009 relative à l'accès à l'informatique pour les personnes placées sous main de justice.

Il soutient que :

- la condition d'urgence et d'utilité est remplie, dès lors que son procès doit avoir lieu dans moins de dix mois et doit durer six semaines et que le dossier de procédure est particulièrement volumineux ;

- le refus de l'administration de mettre un ordinateur à sa disposition porte atteinte aux droits de la défense garantis par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la demande est dépourvue d'urgence et d'utilité dès lors M. A dispose déjà de la possibilité de consulter son dossier judiciaire dans une salle prévue à cet effet et qu'il n'honore d'ailleurs pas toujours les rendez-vous qui lui sont fixés pour y procéder. M. A ne peut réclamer d'avoir la possibilité de consulter ce dossier dans sa cellule dès lors qu'une telle consultation est interdite par les dispositions des articles L. 331-1 et R. 332-41 du code pénitentiaire ;

- il existe une décision de refus d'accéder à la demande de M. A qui fait donc obstacle à ce qu'une mesure puisse être ordonnée sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 331-1 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue a droit à la confidentialité de ses documents personnels./ Ces documents peuvent être confiés au greffe de l'établissement pénitentiaire qui les met à la disposition de la personne intéressée./ Les documents mentionnant le motif de la mise sous écrou de chaque personne détenue sont, dès son arrivée, confiés au greffe./ Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 332-41 du même code : " Chaque personne détenue peut acquérir, par l'intermédiaire de l'administration et selon les modalités qu'elle détermine, des équipements informatiques. / Elle ne conserve aucun document sur un support informatique, sauf ceux liés à des activités socioculturelles, d'enseignement, de formation ou professionnelles./ Les équipements informatiques, ainsi que les données qu'ils contiennent, sont soumis au contrôle de l'administration. Sans préjudice d'une éventuelle saisie par l'autorité judiciaire, tout équipement informatique appartenant à une personne détenue peut être retenu et ne lui être restitué qu'au moment de sa libération, dans les cas suivants : 1° Pour des raisons d'ordre et de sécurité ; 2° En cas d'impossibilité d'accéder aux données informatiques, du fait volontaire de la personne détenue ".

3. Il résulte des dispositions précitées du code pénitentiaire que les personnes détenues ne peuvent conserver aucun document sur un support informatique dans leur cellule, sauf ceux liés à des activités socioculturelles, d'enseignement, de formation ou professionnelles. A supposer même que M. A puisse cantiner un ordinateur qui serait installé dans sa cellule, il ne pourrait y détenir et y consulter le CD-ROM sur lequel les pièces de la procédure judiciaire dont il fait l'objet sont reproduites. Par suite, sa demande d'ordonner à l'administration pénitentiaire de mettre à sa disposition un ordinateur fixe qu'il cantinera conformément aux dispositions de la circulaire DAP du 13 octobre 2009 relative à l'accès à l'informatique pour les personnes placées sous main de justice, qui n'a été présentée qu'en vue de permettre la consultation de ce CD-ROM, se heurte à une contestation sérieuse et ne présente pas de caractère utile. En tout état de cause, il résulte des pièces produites au dossier par l'administration que M. A dispose de la possibilité d'accéder à un local dédié à la consultation de ces pièces sur rendez-vous, qui ont été proposés et organisés par l'administration mais que M. A n'a pas honorés à de nombreuses reprises. La condition d'urgence n'apparaît donc pas comme satisfaite. Enfin, et en tout état de cause encore une fois, il résulte de l'instruction que la demande de M. A s'est heurtée à une décision de refus, qui est au moins née du refus implicite opposé à sa demande du 17 janvier 2024, qui fait obstacle à ce que le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 ordonne les mesures qui lui sont demandées.

4. Il résulte de ce qui précède, qu'aucune des conditions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative n'est satisfaite et que la demande de M. A doit être rejetée.

ORDONNE

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera dressée au directeur du centre pénitentiaire de Beauvais.

Fait à Amiens, le 30 avril 2024

Le juge des référés,

Signé :

B. Boutou

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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