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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401298

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401298

mardi 21 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401298
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens a été saisi par M. B... d’un recours de plein contentieux contestant la décision du 20 novembre 2023 de la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, qui limitait à 5 000 euros l’indemnisation de ses préjudices liés à l’indignité de ses conditions d’accueil et de vie. En cours d’instance, l’Office national des combattants et des victimes de guerre a pris une décision rectificative le 6 février 2025, accordant une aide supplémentaire de 6 000 euros pour le séjour à la cité d’urgence du boulevard de Strasbourg à Amiens, portant l’indemnité totale à 11 000 euros. Le tribunal a constaté que cette nouvelle décision se substituait partiellement à la décision initiale et a rejeté les conclusions de M. B... tendant à une indemnisation complémentaire pour ses séjours au camp de Rivesaltes et à la citadelle de Doullens, en application de la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 et du décret n° 2022-394 du 18 mars 2022.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 avril 2024, M. A... B... doit être regardé comme demandant au tribunal :

d’annuler la décision du 20 novembre 2023 par laquelle la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis et les autres rapatriés d’Algérie a limité l’indemnisation des préjudices résultant de l’indignité de conditions d’accueil et de vie prévue par l’article 3 de la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 à un montant de 5 000 euros ;

d’enjoindre à l’Office national des combattants et des victimes de guerre de lui verser une indemnisation complémentaire.

Il soutient que la décision attaquée ne tient pas compte de son séjour au camp de Rivesaltes à partir du 14 octobre 1962 jusqu’à son arrivée à la citadelle de Doullens le 25 septembre 1963, où il a séjourné jusqu’au 2 avril 1964, puis à la cité du boulevard de Strasbourg à Amiens entre le 28 décembre 1965 et le 14 février 1973.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2025, l'Office national des combattants et des victimes de guerre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- par une décision rectificative du 6 février 2025, il a été fait droit à la demande de
M. B... en ce qui concerne son séjour à la cité du boulevard de Strasbourg à Amiens compris entre le 19 octobre 1965 et le 14 février 1973 ;
- aucun des moyens soulevés relatifs au surplus des conclusions à fin d’annulation n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 ;
- le décret n° 2022-394 du 18 mars 2022 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,
- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,
- et les observations de M. B....


Considérant ce qui suit :

M. B... a demandé à l'Office national des combattants et des victimes de guerre de l’indemniser en réparation des préjudices qu’il a subis en raison de l'indignité de ses conditions d'accueil et de vie de trois structures listées à l’annexe du décret du 18 mars 2022. Par une décision du 20 novembre 2023, la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis et les autres rapatriés d’Algérie lui a accordé une indemnité de 5 000 euros à ce titre. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal l’annulation de cette décision en tant qu’elle limite le montant d’indemnisation à 5 000 euros.

Sur l’étendue du litige :

En cours d’instance, l’administration a retenu le séjour de M. B... à la cité d’urgence boulevard de Strasbourg à Amiens entre le 19 octobre 1965 et le 14 février 1973 et a attribué à l’intéressé une aide supplémentaire de 6 000 euros par une décision rectificative du 6 février 2025. Dès lors que cette décision qui s’est, en cours d’instance, substituée à la décision attaquée du 20 novembre 2023, ne fait que partiellement droit à la demande initiale de M. B..., il y a lieu de regarder les conclusions à fin d’annulation de la requête comme dirigées contre cette seconde décision sur la légalité de laquelle il y a donc lieu de statuer.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

D’une part, aux termes de l’article 3 de la loi du 23 février 2022 portant reconnaissance de la Nation envers les harkis et les autres personnes rapatriées d’Algérie anciennement de statut civil de droit local et réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l’indignité de leurs conditions d’accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français : « Les personnes mentionnées à l'article 1er, leurs conjoints et leurs enfants qui ont séjourné, entre le 20 mars 1962 et le 31 décembre 1975, dans l'une des structures destinées à les accueillir et dont la liste est fixée par décret peuvent obtenir réparation des préjudices résultant de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans ces structures. / La réparation prend la forme d'une somme forfaitaire tenant compte de la durée du séjour dans ces structures, versée dans des conditions et selon un barème fixés par décret. Son montant est réputé couvrir l'ensemble des préjudices de toute nature subis en raison de ce séjour. En sont déduites, le cas échéant, les sommes déjà perçues en réparation des mêmes chefs de préjudice ».

D’autre part, aux termes de l’article 8 du décret du 18 mars 2022 relatif à la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles : « La liste des structures mentionnée au premier alinéa de l'article 3 de la loi du 23 février 2022 susvisée figure en annexe au présent décret. ». Aux termes de l’article 9 du même décret : « Le montant de la réparation mentionnée à l'article 3 de la loi du 23 février 2022 susvisée comporte les éléments suivants : / 1° Une somme minimale, fixée à 2 000 euros lorsque le demandeur a séjourné dans les structures évoquées à ce même article pendant une durée inférieure à trois mois et à 3 000 euros pour une durée supérieure ; / 2° Une somme proportionnelle à la durée effective du séjour, correspondant à 1 000 euros pour chaque année passée par le demandeur au sein de ces structures, toute année commencée étant intégralement prise en compte ». Aux termes de l’annexe du même décret, modifié par le décret n° 2023-890 du 21 septembre 2023 : « (…) Pyrénées-Orientales (66) : Rivesaltes, camp de transit et de reclassement Maréchal Joffres (…) Somme (80) : (…) Amiens, cité d'urgence du boulevard de Strasbourg / Doullens, citadelle de Doullens (…) ».

Il résulte de ces dispositions, sur la base desquelles est prise la décision contestée, que l’indemnisation est fixée de manière forfaitaire en fonction du seul temps de présence passé dans une des structures mentionnées en annexe du décret du 18 mars 2022 susvisé.

Il ne ressort d’aucune des pièces du dossier que le requérant aurait vécu au camp de Rivesaltes. Par ailleurs, si M. B... verse à l’instance son carnet militaire mentionnant sa résidence à la citadelle de Doullens,et s’il soutient y avoir vécu du 14 octobre 1962 au 2 avril 1964, ce seul document ne permet pas d’établir qu’il aurait effectivement séjourné dans cette structure d’accueil. En revanche, il ressort des pièces du dossier que le requérant a vécu à compter du 31 mars 1964 à la cité d’urgence du boulevard de Strasbourg et ce jusqu’au 14 février 1973. Par suite, alors que la décision attaquée reconnaît le séjour du requérant au sein de cette structure à compter du 19 octobre 1965, celui-ci est fondé à soutenir qu’elle est entachée d’une erreur de fait. Cette décision doit donc être annulée dans cette mesure.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

7. Eu égard au motif d’annulation retenu ci-dessus, il y a lieu d’enjoindre à l’Office national des combattants et des victimes de guerre d’allouer à M. B... une somme de
1 000 euros et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.













D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 février 2025 est annulée en tant qu’elle limite le montant de l’indemnisation due à M. B... à 11 000 euros.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office national des combattants et des victimes de guerre de verser une somme de 1 000 euros à M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à l'Office national des combattants et des victimes de guerre.


Délibéré après l'audience du 7 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lebdiri, président,
Mme Cousin, première conseillère,
M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2025.


Le président,


signé

S. Lebdiri





Le rapporteur,


signé

E. Fumagalli

La greffière,



signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la ministre des armées et des anciens combattants en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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