vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401379 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SHEBAVOK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 avril 2024, M. et Mme A et B C, représentés par Me Shebabo, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Somme a implicité refusé de faire droit à leur demande présentée le 23 octobre 2023 et tendant à ce que leur soit délivré un document de circulation pour l'enfant mineur D C ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de leur délivrer le document sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 sur le fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, dès lors que notamment la demande de communication des motifs de cette dernière, présentée le 4 avril 2024, est restée sans réponse ;
- elle méconnait les articles L. 414-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors qu'ils disposent tous les deux d'un certificat de résidence algérien en cours de validité et qu'ils remplissent les conditions pour bénéficier du certificat sollicité eu égard à l'état de santé de leur enfant ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que la pathologie dont est atteint leur enfant nécessite que son suivi médical se poursuive sur le territoire français.
Par un courrier du 15 avril 2024, M. et Mme C ont été informés, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur les moyens relevés d'office tirés de la tardiveté de la requête et de ce que la requête était susceptible d'être qualifiée d'abusive au sens de l'article
R. 741-12 du code de justice administrative au regard de son caractère répétitif.
Par un mémoire, enregistré le 18 avril 2024, M et Mme C ont présenté leurs observations sur ces moyens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2014-1292 du 23 octobre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " les présidents de formation de jugement () peuvent, par ordonnance () 4° rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () ".
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou règlementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ".
3. Il résulte de l'annexe au décret du 23 octobre 2014 relatif aux exceptions à l'application du principe " silence vaut acceptation " ainsi qu'aux exceptions au délai de deux mois de naissance des décisions implicites sur le fondement du II de l'article 21 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations (ministère de l'intérieur) que la demande tendant à la délivrance du document de circulation pour étranger mineur, anciennement prévu aux articles L. 321-3 et L. 321-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et désormais prévu à son article
L. 414-4, donne lieu à un délai d'instruction qui n'est pas distinct du délai de droit commun de deux mois, et à l'issue duquel se forme une décision implicite de rejet.
4. La règle énoncée au point précédent s'applique sans qu'y fassent obstacle les dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont applicables qu'aux demandes de titre de séjour, ou les informations erronées mentionnées sur le site internet dénommé "justice.fr", qui ne constituent pas des lignes directrices et ne sont pas plus opposables sur le fondement des articles L. 312-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que ce site n'est en tout état de cause pas au nombre de ceux qui sont énumérés à son article D. 312-11.
5. Enfin, aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. / Les dispositions de l'alinéa précédent ne sont pas applicables : / 1° Aux demandes abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la demande de M. et Mme C tendant à ce que leur soit délivré un document de circulation pour leur enfant mineur a été présentée le
23 octobre 2023. En application des dispositions citées au point 3, et sans qu'y fassent obstacle les circonstances mentionnées au point 4, une décision implicite de rejet de cette demande est née le 23 décembre 2023 du silence gardé par l'administration pendant deux mois.
7. Cette demande faisait en outre suite à trois précédentes demandes adressées à l'administration et tendant au même objet, dont certaines d'entre elles ont d'ailleurs donné lieu à une décision explicite de rejet déjà contestée devant le tribunal par les requérants aux termes d'une requête enregistrée sous le n° 2300061. Par suite, en application des dispositions citées au point 5, l'administration n'était pas tenue d'accuser réception de cette nouvelle demande, qui, par son caractère répétitif, présentait un caractère abusif, ni par suite d'indiquer les informations mentionnées à l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration.
8. Il s'ensuit qu'en application des dispositions citées au point 2, le délai de recours contentieux de deux mois francs a couru dès l'intervention de la décision implicite de rejet de cette demande et expirait le samedi 24 février 2024, reporté en l'espèce au premier jour ouvré suivant, soit le lundi 26 février 2024. Le délai de recours contentieux était donc expiré tant à la date de la demande de communication des motifs de cette décision implicite, souscrite le 4 avril 2024, qu'à celle de l'enregistrement de la requête tendant à son annulation, qui a été présentée le 9 avril 2024.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme C, qui est tardive et, comme telle, manifestement irrecevable, doit être rejetée en application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
10. En outre, aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".
11. Pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 7 s'agissant du caractère abusif de la demande adressée par les requérants à l'administration, la requête tendant à la contestation de cette décision présente également un caractère abusif. Il y a lieu d'infliger à ses auteurs une amende d'un montant qui doit, pour l'instant, être limitée à 150 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : M. et Mme C sont condamnés à payer une amende de 150 euros.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A et B C.
Copie en sera adressée du directeur départemental des finances publiques de la Somme.
Fait à Amiens, le 31 mai 2024.
Le président de la 3ème chambre,
signé
S. Thérain
La République mande et ordonne au préfet de la Somme ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2401379