mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401481 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | PEREIRA EMMANUELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 avril 2024, Mme B D A, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet du Nord a prononcé son transfert aux autorités portugaises ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que l'une de ses filles vit en France avec son père depuis 2020 ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'examiner discrétionnairement sa demande d'asile sur le fondement du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que sa fille mineure, avec laquelle elle a pu reprendre contact, vit en France avec son père depuis 2020 et que ses deux autres enfants qui l'accompagnent ont pu ainsi retrouver pour l'un, sa sœur et son père, et pour l'autre, sa demi-sœur ;
- pour les mêmes raisons, l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- pour les mêmes raisons et dès lors qu'une interruption de la scolarité des enfants deux mois avant la fin de l'année scolaire leur serait préjudiciable, il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Le préfet du Nord a produit des pièces enregistrées le 19 avril 2024.
Mme D A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Minet pour se prononcer sur les litiges mentionnés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Minet, magistrate désignée,
- et les observations de Me Pereira, représentant Mme D A, ainsi que celles de cette dernière, assistée de Mme E C, interprète, qui maintient ses conclusions et moyens qu'elle précise.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D A, ressortissante angolaise née le 19 septembre 1991, a présenté une demande d'asile le 3 novembre 2023. Par un arrêté du 3 avril 2024 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet du Nord a ordonné son transfert aux autorités portugaises en vue de l'examen de sa demande d'asile.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 susvisé du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier, qu'après être entrée en France, selon ses dires, le
18 octobre 2023, Mme D A a repris contact avec sa fille mineure qui vit en France avec son père depuis 2020, qu'elle l'a hébergée pendant les vacances scolaires du 23 décembre 2023 au 7 janvier 2024 au centre d'hébergement où elle réside avec ses deux autres enfants mineurs, lesquels ont ainsi retrouvé leur sœur et demi-soeur. Dans ces conditions, Mme D A est fondée à soutenir que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions ci-dessus rappelées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'annulation de l'arrêté attaqué implique qu'il soit enjoint au préfet du Nord d'enregistrer la demande d'asile de Mme D A et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet du Nord a ordonné le transfert de Mme D A aux autorités portugaises est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord d'enregistrer la demande d'asile de
Mme D A et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D A, à Me Pereira et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La magistrate désignée,
signé
A. Minet
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.