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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401510

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401510

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401510
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantPITCHER AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2024, Mme B C, agissant en qualité de représentante légale de son enfant mineur A C, représentée par Me Pitcher, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre au recteur de l'académie d'Amiens, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

- de remplacer le professeur absent depuis plus de quinze jours dans la classe de son fils A C scolarisé au collège Louis Bouland de Couloisy (Oise), dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

- de pourvoir au rattrapage de toutes les heures d'enseignement perdues dans sa classe dans un délai de deux mois à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que son enfant a subi 63 heures d'absence de la part d'un ou plusieurs de professeurs depuis le 19 septembre 2023, et que la prolongation de l'absence d'un professeur pendant une longue période met en péril l'éducation et l'apprentissage de l'élève, et lui créant un grave préjudice ;

- les mesures sollicitées sont utiles en raison des absences répétées de son professeur l'empêchant de pouvoir jouir de son droit à l'instruction garanti par le point 13 du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 et le principe de continuité du service public ainsi que par les articles L. 111-1 et suivants du code de l'éducation ;

- la mesure sollicitée n'est pas de nature à faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 avril 2024, le recteur de l'académie d'Amiens conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est dépourvue des précisions suffisantes dès lors qu'elle ne précise pas quel est l'enseignant concerné par les absences ;

- la demande tendant à enjoindre à l'administration d'assurer le remplacement de l'enseignant d'allemand est dépourvue d'utilité dès lors que les services académiques ont entrepris dès que possible les diligences nécessaires pour pallier l'absence du professeur ;

- ces démarches n'ont pu aboutir dès lors qu'il est très difficile de pourvoir ce type de poste compte tenu du nombre important de postes non pourvus au CAPES d'allemand, seuls 125 candidats étant présents lors de la session 2022 pour 245 postes ouverts ;

- l'ensemble des titulaires sur zone de remplacement (TZR) du département pour cette discipline sont déjà mobilisés sur des suppléances et la suppléante affectée au collège de Couloisy à compter du 2 octobre 2023 a été placée en congé de maladie à compter du 4 décembre 2023 ;

- des annonces ont été diffusées sur divers sites internet dès février 2024 afin de recruter des agents non titulaires dans cette discipline ;

- la solution d'un télé-enseignement de l'allemand pour les élèves concernés du collège de Couloisy n'a pu être mise en place faute de moyens humains pour encadrer les élèves et de moyens matériels ;

- le professeur d'éducation musicale de l'enfant de la requérante a été remplacé à compter du 2 avril 2024 par un enseignant TZR, de sorte que la demande à ce titre est devenue sans objet ;

- la demande tendant à ce qu'il soit procédé au rattrapage des heures d'enseignement manquées est irrecevable dès lors que le juge des référés saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut être saisi d'une demande tendant à ce qu'il soit ordonné à l'autorité compétente de prendre des mesures règlementaires ou d'organisation des services placés sous son autorité ;

- cette demande doit également être rejetée au motif qu'elle ne revêt pas un caractère provisoire ou conservatoire ;

- l'urgence et l'utilité de cette mesure ne sont pas établies eu égard aux diligences effectuées ;

- cette demande se heurte à une contestation sérieuse.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 14 mai 2024 et non communiqué,

Mme B C demande désormais au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme, d'un montant non précisé, en réparation du préjudice subi du fait de l'absence d'enseignement obligatoire et du préjudice moral ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) d'enjoindre au rectorat de communiquer au tribunal tout élément relatif aux absences non remplacées dans la classe concernée par la requête.

Elle soutient désormais que :

- la faute de l'Etat est établie dès lors qu'il n'a pas assuré aux élèves l'enseignement garanti par la loi ;

- les éléments produits par le recteur dans un tableau non sourcé ne suffisent pas à justifier la position du recteur sur le nombre d'heures non remplacées ;

- il existe un lien entre l'absence du professeur et le préjudice moral subi par les parents d'élève et un lien entre l'absence du professeur et le préjudice subi par l'élève, même s'il est d'un bon niveau.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". En application de ces dispositions, le juge administratif peut prescrire à des fins conservatoires toutes mesures, notamment sous la forme d'injonctions à l'égard de l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne fassent obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave, et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

2. La requérante demande au juge des référés d'enjoindre au recteur de l'académie d'Amiens de remplacer le professeur absent depuis plus de 15 jours dans la classe de son enfant scolarisé en classe de 5ème 1 au sein du collège de Couloisy, et de lui enjoindre d'assurer le rattrapage de toutes les heures d'enseignement perdues.

3. Si la requête ne précise pas quel professeur est absent depuis le 5 décembre 2023, il résulte toutefois de l'instruction et notamment des pièces jointes à la requête que la professeure d'allemand LV2 du fils de la requérante a été placée en congé de longue maladie le 3 novembre 2023, et que si elle été remplacée à compter du 9 octobre, la remplaçante a elle-même été placée en congé de maladie à compter du 4 décembre, de sorte qu'il est constant qu'aucun enseignement en allemand LV2 dans cette classe de cinquième n'est intervenu depuis le 5 décembre 2023. Au regard des pièces fournies par la requête, le nombre d'heures d'enseignement non assurées s'élève dans cette matière et pour la classe de l'enfant de la requérante au moins à 63 heures. En outre, il résulte également de l'instruction, notamment de l'attestation de la requérante, que le professeur d'éducation musicale de son l'enfant est absente depuis le 25 septembre 2023 en raison d'un congé maternité puis parental.

4. D'une part, il n'est pas contesté que le chef d'établissement a communiqué aux parents un lien de connexion vers un site d'apprentissage de l'allemand développé en partenariat avec le CNED. En janvier et février 2024, le rectorat a fait publier, sur les sites internet de France Travail, de l'APEC, de " choisir le service public ", et de la mairie de Couloisy, une offre d'emploi afin d'assurer le remplacement, par un enseignant contractuel, le remplacement de l'enseignante absente, et a contacté de précédents enseignants contractuels de cette discipline dans l'académie ainsi qu'une assistante de langue. Les services du rectorat ont en outre reçu les représentants des parents d'élèves du collège le 16 avril 2024 afin de leur exposer les démarches entreprises. Dans ces conditions, et dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'administration de l'éducation nationale n'est pas restée inactive et a cherché des solutions afin de limiter les effets de l'absence de l'enseignante alors qu'aucun candidat n'avait pu être recruté malgré ces démarches et la publication d'une annonce d'emploi, les injonctions de remplacement et de rattrapage des cours d'allemand sollicitées par la requérante ne présentent pas un caractère utile et doivent, par suite, être rejetées, même si l'absence prolongée d'une enseignante est susceptible d'être constitutive d'un manquement de l'Etat à son obligation d'assurer la continuité de l'enseignement selon les horaires règlementairement prévus.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction que le professeur d'éducation musicale de l'enfant de Mme C est remplacé depuis le 2 avril 2024, de sorte qu'à supposer que la requérante ait entendu solliciter qu'il soit enjoint au recteur de pourvoir au remplacement de l'enseignante d'éducation musicale de son fils, ces conclusions, qui ne présentent pas de caractère d'utilité, doivent être rejetées, de même que celles tendant à ce que le rectorat assure le rattrapage des heures d'enseignement non assurées dans cette matière, cette mesure ne revêtant ni un caractère d'urgence au regard des éléments exposés dans la requête, ni un caractère provisoire ou conservatoire au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les conclusions additionnelles présentées en réplique :

7. Dans un mémoire en réplique enregistré le 14 mai 2024, dont la rédaction est stéréotypée et qui ne comporte aucun lien avec la requête introductive d'instance à l'exception du nom de la requérante qui y a été inséré à trois occurrences, Mme C présente désormais des conclusions indemnitaires à fin de condamnation de l'Etat à lui verser une somme, non précisée, en réparation de ses préjudices, et une demande tendant à ce que le tribunal fasse usage de ses pouvoirs d'instruction vis-à-vis du recteur avant de statuer sur ces conclusions indemnitaires.

8. Ces conclusions, qui ne peuvent, en raison de leur nature, être présentées dans le cadre d'une requête en référé présentée sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme à Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie d'Amiens.

Fait à Amiens, le 17 mai 2024.

La juge des référés,

Signé :

C. Galle

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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