vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401512 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | PITCHER AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 avril 2024, Mme F B, agissant en qualité de représentante légale de son enfant mineur H B, représentée par Me Pitcher, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au recteur de l'académie d'Amiens, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
- de remplacer le professeur absent depuis plus de quinze jours dans la classe de son fils H B scolarisé au collège Louis Bouland de Couloisy (Oise), dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
- de pourvoir au rattrapage de toutes les heures d'enseignement perdues dans sa classe dans un délai de deux mois à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que son enfant a subi 28 heures d'absence de la part de ses professeurs au cours de l'année scolaire, et que la prolongation de l'absence d'un professeur pendant une longue période met en péril l'éducation et l'apprentissage de l'élève, et lui créant un grave préjudice ;
- les mesures sollicitées sont utiles en raison des absences répétées de son professeur l'empêchant de pouvoir jouir de son droit à l'instruction garanti par le point 13 du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 et le principe de continuité du service public ainsi que par les articles L. 111-1 et suivants du code de l'éducation ;
- la mesure sollicitée n'est pas de nature à faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 avril 2024, le recteur de l'académie d'Amiens conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est dépourvue des précisions suffisantes dès lors qu'elle ne précise pas quel est l'enseignant concerné par les absences ;
- la demande tendant à l'affectation d'un enseignant remplaçant en éducation musicale a perdu son objet dès lors que l'enseignante absente Mme G a été remplacée à compter du
2 avril 2024 par une enseignante remplaçante ;
- la demande tendant à l'affectation d'un enseignant remplaçant en mathématiques a également perdu son objet dès lors que l'enseignante absente Mme E a été remplacée par un enseignant remplaçant M. D à compter du 8 avril 2024 pour la durée de l'arrêt de travail ;
- la demande tendant à l'affectation d'un enseignant remplaçant en anglais a également perdu son objet dès lors que l'enseignante absente Mme A est remplacée par un enseignant contractuel depuis le 15 mars 2024 ;
- il n'y a donc plus lieu de statuer sur la demande tendant à pourvoir au remplacement du professeur absent ;
- la demande tendant à ce qu'il soit procédé au rattrapage des heures d'enseignement manquées est irrecevable dès lors que le juge des référés saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut être saisi d'une demande tendant à ce qu'il soit ordonné à l'autorité compétente de prendre des mesures règlementaires ou d'organisation des services placés sous son autorité ;
- cette demande doit également être rejetée au motif qu'elle ne revêt pas un caractère provisoire ou conservatoire ;
- l'urgence n'est pas établie ;
- l'utilité des mesures sollicitées n'est pas établie ;
- la demande se heurte à une contestation sérieuse eu égard aux diligences effectuées.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 14 mai 2024 et non communiqué, Mme B demande désormais au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme, d'un montant non précisé, en réparation du préjudice subi du fait de l'absence d'enseignement obligatoire et du préjudice moral ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros sur le fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) d'enjoindre au rectorat de communiquer au tribunal tout élément relatif aux absences non remplacées dans la classe concernée par la requête.
Elle soutient désormais que :
- la faute de l'Etat est établie dès lors qu'il n'a pas assuré aux élèves l'enseignement garanti par la loi ;
- les éléments produits par le recteur dans un tableau non sourcé ne suffisent pas à justifier la position du recteur sur le nombre d'heures non remplacées ;
- il existe un lien entre l'absence du professeur et le préjudice moral subi par les parents d'élève et un lien entre l'absence du professeur et le préjudice subi par l'élève, même s'il est d'un bon niveau.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". En application de ces dispositions, le juge administratif peut prescrire à des fins conservatoires toutes mesures, notamment sous la forme d'injonctions à l'égard de l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne fassent obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave, et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction tendant au remplacement du professeur absent :
2. La requérante demande au juge des référés d'enjoindre au recteur de l'académie d'Amiens de remplacer le professeur absent depuis plus de 15 jours dans la classe de son enfant scolarisé en classe de 5ème 6 au sein du collège de Couloisy, sans préciser de quel enseignant il s'agit. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment des pièces produites à l'appui de la requête, que si les professeurs d'éducation musicale, de mathématiques, et d'anglais de cette classe ont été absents à plusieurs reprises au cours des dernières semaines ou mois, l'enseignante d'éducation musicale a été remplacée à compter du 2 avril 2024, et l'enseignant de mathématiques a été remplacé à compter du 8 avril 2024, soit antérieurement à l'introduction de la requête de Mme B. Dans ces conditions les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint au recteur de l'académie d'Amiens de nommer un remplaçant pour l'enseignement de la musique et des mathématiques dans la classe de l'enfant H B sont dépourvues d'utilité et doivent être rejetées.
3. Si le recteur de l'académie d'Amiens fait également valoir que l'enseignante d'anglais du fils de la requérante a été remplacée à compter du 15 mars 2024 par une enseignante contractuelle, la pièce produite à l'appui du mémoire en défense est relative au remplacement de Mme A alors que l'enseignante d'anglais LV1 de l'enfant H B est, d'après les pièces du dossier, Mme C. Toutefois, alors que les pièces jointes à la requête, se bornent, s'agissant de cette matière, à faire état d'une absence de l'enseignante sur la période du 8 mars au 5 avril 2024, il n'est pas allégué ni établi que cette absence perdurerait depuis, ni, en tout état de cause, que cette situation serait constitutive d'une atteinte grave à la situation de l'enfant de la requérante, scolarisé en classe de 5ème. Par suite, à supposer que la requérante ait entendu solliciter qu'il soit enjoint au recteur de pourvoir au remplacement de l'enseignante d'anglais de son fils, ces conclusions, qui ne présentent pas de caractère d'utilité, et pour lesquelles aucune urgence au sens de l'article
L. 521-3 du code de justice administrative n'est établie, doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction tendant au rattrapage de toutes les heures d'enseignement manquées :
4. Pour justifier l'urgence à enjoindre une telle mesure, la requérante soutient que la prolongation de l'absence d'un professeur pendant une durée anormalement longue porte une atteinte grave au droit à l'éducation de son fils. Toutefois, la requérante ne fait état d'aucune circonstance particulière et les éléments qu'elle produit, à l'appui de sa requête, ne suffisent pas à caractériser une situation d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. En outre, la mesure sollicitée, qui ne présente aucun caractère provisoire, n'est pas au nombre des mesures qui peuvent être présentées au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les conclusions additionnelles présentées en réplique :
6. Dans un mémoire en réplique enregistré le 14 mai 2024, dont la rédaction est stéréotypée et qui ne comporte aucun lien avec la requête introductive d'instance à l'exception du nom de la requérante qui y a été inséré à trois occurrences, Mme B présente désormais des conclusions indemnitaires à fin de condamnation de l'Etat à lui verser une somme, non précisée, en réparation de ses préjudices, et une demande tendant à ce que le tribunal fasse usage de ses pouvoirs d'instruction vis-à-vis du recteur avant de statuer sur ces conclusions indemnitaires.
7. Ces conclusions, qui ne peuvent, en raison de leur nature, être présentées dans le cadre d'une requête en référé présentée sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme à Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie d'Amiens.
Fait à Amiens, le 17 mai 2024.
La juge des référés,
Signé :
C. Galle
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.