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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402670

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402670

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402670
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion de Mme C, occupante sans droit ni titre d'une chambre d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) à Amiens, suite au rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 janvier 2024. La solution retenue fait application des articles L. 551-11, L. 552-2 et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la fin de l'hébergement au terme du mois suivant la perte du droit au maintien sur le territoire et la possibilité pour l'autorité administrative de demander en justice l'évacuation du lieu après mise en demeure infructueuse. Le tribunal a rejeté les moyens de défense de Mme C tirés de l'absence d'urgence, de sa situation médicale et de celle de sa fille, estimant que la saturation du dispositif d'accueil dans le département et la nécessité de libérer une place pour un demandeur d'asile en cours de procédure caracté

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2024, et deux mémoires complémentaires enregistrés le 6 août 2024, le préfet de la Somme demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de Mme A C, occupant la chambre n°314 du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) Coallia situé 181 rue du faubourg de Hem, à Amiens (80000) ;

2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du foyer Coallia afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant.

Il soutient que :

- les conditions tenant à l'urgence et à l'utilité de sa demande sont remplies compte tenu de la situation de forte tension des besoins en hébergement des demandeurs d'asile dans le département de la Somme et de la nécessité de réserver cet hébergement à la seule période couverte par l'examen de la demande d'asile ;

- Mme C, dont la demande d'asile a été rejetée définitivement par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 janvier 2024, se maintient sans droit ni titre dans un logement mis à sa disposition par le CADA Coallia dont les places sont strictement réservées à des demandeurs d'asile en cours de procédure et ce en dépit d'une mise en demeure notifiée le 16 mai 2024 et demeurée sans effet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, Mme A C, représentée par Me Tourbier demande au tribunal :

1) de rejeter la requête ;

2°) subsidiairement à ce qu'un délai lui soit donné pour quitter les lieux dans l'attente d'un hébergement accordé par l'Etat ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité ne sont pas remplies ;

- le préfet n'apporte pas la preuve de la saturation du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile qu'il invoque ;

- elle est atteinte d'une pathologie respiratoire grave ainsi que de troubles physiques et psychologiques liés à une agression et elle a également dû subir une opération chirurgicale destinée à ôter une tumeur au pouce, ce qui nécessite un lieu d'hébergement stable et sain ;

- la mesure d'expulsion sollicitée méconnait les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que sa fille B présente des troubles cognitifs et qu'elle bénéficie d'un suivi constant de la part du corps médical et paramédical ainsi que d'une prise en charge par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées.

Vu :

- la décision par laquelle Mme Galle a été désignée comme juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 6 août 2024 à 15 h en présence de

Mme Grare, greffière, ont été entendus :

- le rapport de Mme Galle, juge des référés,

- les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, pour Mme C, qui sollicite l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire, reprend les éléments de son mémoire en défense et fait notamment valoir que l'urgence n'est pas constituée dès lors qu'il reste des places d'hébergement vacantes dans le département de la Somme, que la santé de Mme C est très précaire et que sa fille a besoin d'un suivi médical.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Le juge statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative statue dans l'urgence. Dans les circonstances de l'espèce, Mme C doit être admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions fondées sur l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par l'autorité préfectorale d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme C, ressortissante de la République démocratique du Congo, a bénéficié, en qualité de demandeur d'asile, d'un hébergement dans les conditions prévues par les dispositions du code de l'action sociale et des familles au sein d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) géré par Coallia à Amiens. Sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu, par une décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 3 janvier 2024 notifiée le 18 janvier 2024. Par un courrier du 22 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à Mme C une date de sortie d'hébergement au 29 février 2024. Par un courrier du 6 mai 2024, le préfet de la Somme a mis en demeure l'intéressée de quitter le CADA dans un délai de 15 jours. Cette mise en demeure lui a été notifiée par le gestionnaire du CADA le 16 mai 2024. Il résulte de ce qui précède que l'intéressée ne bénéficie plus du droit d'être hébergée dans un lieu d'accueil pour demandeurs d'asile. Les mesures d'expulsion du lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe au sein de la structure Coallia à Amiens ne se heurtent à cet égard à aucune contestation sérieuse.

5. En second lieu, le préfet fait valoir que le maintien de Mme C au sein du CADA situé au 181 rue du faubourg de Hem à Amiens entrave l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile. Il résulte des données chiffrées produites par le préfet, que sur la période de janvier à avril 2024, le dispositif national d'accueil dans le département de la Somme, qui compte 1292 places, avait un taux d'occupation de 92,7 %, et de 94, 7% dans les départements de l'Aisne, de la Somme, et de l'Oise réunis, relevant tous trois de la direction territoriale de l'OFII située à Amiens. Au

31 mai 2024, 33 places étaient déclarées vacantes en CADA et 59 places étaient déclarées vacantes en HUDA sur cette période dans la Somme. Le préfet de la Somme établit qu'en mai 2024,

52 demandeurs d'asile étaient en attente d'une place d'hébergement dans le département de la Somme, soit un nombre supérieur aux places disponibles en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) dans ce département, et que 223 demandeurs d'asile étaient au total en attente d'une place d'hébergement pour les trois départements de l'Aisne, de l'Oise et de la Somme. Au

30 juin 2024, 44 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans la Somme et

221 demandeurs d'asile au total étaient en attente d'un hébergement sur les trois départements précités. Alors que, comme le relève le préfet, les places qui seraient éventuellement disponibles dans la Somme peuvent également le cas échéant être attribuées au profit de demandeurs d'asile en provenance d'une autre région, l'expulsion demandée doit être regardée comme visant à assurer le bon fonctionnement de l'accueil des demandeurs d'asile durant la période d'instruction de leur demande d'asile et présente donc un caractère d'urgence et d'utilité. Si la requérante fait valoir qu'elle souffre d'une pathologie respiratoire, à savoir un asthme, et qu'elle a été récemment opérée pour l'ablation d'une tumeur bénigne glomique au niveau du pouce gauche, les pièces produites ne permettent pas d'établir que les nécessités liées au suivi médical de Mme C seraient telles que l'urgence à prononcer son expulsion ne serait pas établie. Il en va de même pour l'enfant de la requérante, né en 2013, qui souffre de troubles cognitifs divers, dont la gravité n'est pas suffisamment démontrée en l'état de l'instruction, de sorte que la mesure sollicitée par le préfet ne peut être regardée comme prise en violation des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit à la demande du préfet de la Somme tendant à ce que soit enjoint la libération par Mme C du logement qu'elle occupe au 181, rue du faubourg de Hem, à Amiens relevant du CADA géré par Coallia.

7. Faute pour l'intéressée d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour Mme C d'avoir emporté ses effets personnels.

8. Compte tenu de ce qui précède, les conclusions présentées par Mme C tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à Mme C de libérer le local qu'elle occupe au 181, faubourg de Hem, à Amiens relevant du CADA géré par Coallia.

Article 3 : Le préfet de la Somme est autorisé à procéder, passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, avec le concours de la force publique si nécessaire, à l'expulsion de Mme C.

Article 4 : Le préfet de la Somme est autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'accueil pour demandeurs d'asile Coallia d'Amiens, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour Mme C d'avoir emporté ses effets personnels.

Article 4 : Les conclusions présentées par Mme C sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et à Mme A C.

Copie en sera transmise au préfet de la Somme et au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Amiens, le 7 août 2024.

La juge des référés,

Signé :

C. Galle

La greffière

Signé :

S. Grare La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402670

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