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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402723

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402723

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402723
TypeDécision
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l’expulsion de M. C et de Mme B du logement qu’ils occupent sans droit ni titre dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) à Roye, après le rejet définitif de leurs demandes d’asile par la CNDA. Le juge a considéré que l’urgence et l’utilité de la mesure étaient établies face à la tension du dispositif d’hébergement dans la Somme, et que le maintien dans les lieux faisait obstacle à l’accueil de nouveaux demandeurs d’asile. La solution retenue s’appuie sur les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur le code de l’action sociale et des familles, sans faire droit aux moyens tirés de l’état de santé ou de la situation familiale des occupants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024 sous le n°2402723, le préfet de la Somme demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de M. D, occupant l'appartement n°17 du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) situé 5 boulevard des Glycines, à Roye (80700) ;

2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant.

Il soutient que :

- les conditions tenant à l'urgence et à l'utilité de sa demande sont remplies compte tenu de la situation de forte tension des besoins en hébergement des demandeurs d'asile dans le département de la Somme et de la nécessité de réserver cet hébergement à la seule période couverte par l'examen de la demande d'asile ;

- M. C dont la demande d'asile a été rejetée définitivement par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 mars 2022, se maintient sans droit ni titre dans un logement mis à sa disposition par le CADA au 5 boulevard des Glycines à Roye dont les places sont strictement réservées à des demandeurs d'asile en cours de procédure et ce en dépit d'une mise en demeure notifiée le 28 août 2023 et demeurée sans effet.

La requête a été communiquée à M. C, qui n'a pas présenté d'observations.

II) Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024 sous le n°2402724, et un mémoire complémentaire enregistré le 6 août 2024, le préfet de la Somme demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de Mme A B, occupant l'appartement n°17 du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) situé 5 boulevard des Glycines, à Roye (80700) ;

2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant.

Il soutient que :

- les conditions tenant à l'urgence et à l'utilité de sa demande sont remplies compte tenu de la situation de forte tension des besoins en hébergement des demandeurs d'asile dans le département de la Somme et de la nécessité de réserver cet hébergement à la seule période couverte par l'examen de la demande d'asile ;

- Mme B dont la demande d'asile a été rejetée définitivement par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 20 mai 2021, se maintient sans droit ni titre dans un logement mis à sa disposition par le CADA dont les places sont strictement réservées à des demandeurs d'asile en cours de procédure et ce en dépit d'une mise en demeure notifiée le 28 août 2023 et demeurée sans effet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, Mme A B, représentée par Me Tourbier demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête ;

2°) subsidiairement à ce qu'un délai lui soit donné pour quitter les lieux dans l'attente d'un hébergement accordé par l'Etat ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

- les conditions d'urgence et d'utilité ne sont pas remplies ;

- le préfet n'apporte pas la preuve de la saturation du dispositif d'accueil des demandeurs d'asile qu'il invoque ;

- elle est atteinte d'un diabète sévère et doit prendre un lourd traitement ce qui nécessite un lieu d'hébergement pérenne où elle pourra se reposer en cas de malaise et de troubles liés à la prise de médicaments ;

- la mesure d'expulsion sollicitée méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors ses enfants seraient exposés à une absence de logement et de nourriture ainsi qu'à d'importants risques d'agression.

Vu :

- la décision par laquelle Mme Galle a été désignée comme juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 6 août 2024 à 15 h en présence de

Mme Grare, greffière, ont été entendus :

- le rapport de Mme Galle, juge des référés,

- les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, représentant Mme B, qui sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire pour Mme B, et conclut aux mêmes fins que son mémoire par les mêmes moyens et relève que le taux d'occupation des centres d'hébergement n'atteint pas 100 %, que le dispositif n'est pas saturé, que l'état de santé de

Mme B nécessite son maintien dans les lieux, de sorte que l'urgence n'est pas établie ; que Mme B vit dans le logement depuis 2019 avec ses trois enfants, et son compagnon ;

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2402723 et n° 2402724, présentées par le préfet de la Somme présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions du préfet de la Somme :

3. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par l'autorité préfectorale d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, M. C, ressortissant somalien né le 1er mai 1965 et Mme B ressortissante algérienne née le 19 février 1975, ont sollicité le statut de réfugié et ont bénéficié, en qualité de demandeurs d'asile, d'un hébergement dans les conditions prévues par les dispositions du code de l'action sociale et des familles au sein d'un centre CADA situé 5 boulevard des Glycines à Roye. Leurs demandes d'asile ont été rejetées, en dernier lieu, d'une part s'agissant de M. C par une décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 4 mars 2022 notifiée le 5 mars 2022 et d'autre part s'agissant de Mme B par une décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 20 mai 2021 notifiée le 27 mai 2021. Par un arrêté du 11 avril 2022, le préfet de la Somme leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils seront reconduits et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, décision confirmée par le tribunal administratif d'Amiens par deux jugements n°2201355 et n°2201356 du 13 mai 2022. Par un courrier du 8 mars 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à

M. C et à Mme B une date de sortie d'hébergement au 30 avril 2022. Par un courrier du 24 juillet 2023, le préfet de la Somme a mis en demeure les intéressés de quitter le CADA dans un délai de 15 jours. Cette mise en demeure leur a été notifiée par le gestionnaire du CADA le

28 août 2023. Il résulte de ce qui précède que les demandes d'asile de M. C, de

Mme B et de leurs enfants ayant été définitivement rejetées, et que les intéressés ne bénéficient ainsi plus du droit d'être hébergé dans un lieu d'accueil pour demandeurs d'asile. Les mesures d'expulsion du lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent à Roye ne se heurtent à cet égard à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, le préfet fait valoir que le maintien de M. C et de Mme B au sein du CADA situé au 5, boulevard des Glycines à Roye (Somme) entrave l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile. Il résulte des pièces du dossier que le dispositif d'accueil des demandeurs d'asile dans le département de la Somme connaît une situation de tension élevée dans les diverses structures d'accueil. Il résulte des données chiffrées produites, que sur la période de janvier à avril 2024, le dispositif national d'accueil dans le département de la Somme, qui compte 1292 places, avait un taux d'occupation de 92,7 %, et de 94, 7% dans les départements de l'Aisne, de la Somme, et de l'Oise réunis, relevant tous trois de la direction territoriale de l'OFII située à Amiens.

33 places étaient déclarées vacantes en CADA fin mai 2024 et 59 places étaient déclarées vacantes en HUDA sur cette période dans la Somme. Le préfet de la Somme établit également qu'en mai 2024, 52 demandeurs d'asile étaient en attente d'une place d'hébergement dans le département de la Somme, soit un nombre supérieur aux places disponibles en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) dans ce département, et que 223 demandeurs d'asile étaient au total en attente d'une place d'hébergement pour les trois départements de l'Aisne, de l'Oise et de la Somme. Ainsi, en l'état de l'instruction, l'expulsion demandée doit être regardée comme visant à assurer le bon fonctionnement de l'accueil des demandeurs d'asile durant la période d'instruction de leur demande d'asile et présente un caractère urgent et utile. Si Mme B fait valoir qu'elle souffre d'un diabète, les éléments médicaux produits, à savoir une ordonnance médicale et un certificat très peu circonstancié, ne permettent pas d'établir que l'état de santé de l'intéressée puisse remettre en cause le caractère d'urgence à quitter les lieux. Les circonstances qu'une expulsion serait de nature à bouleverser l'équilibre des enfants de Mme B, dont deux sont majeurs et l'un, mineur, est né en 2008, ne permettent pas davantage, eu égard au caractère très général des risques d'agression et de sous-alimentation invoqués, de différer davantage la mesure d'expulsion sollicitée par le préfet, ni de caractériser une violation de l'article 3, paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit à la demande du préfet de la Somme tendant à ce que soit enjoint la libération par M. C et Mme B du logement qu'ils occupent au sein du CADA situé 5 boulevard des Glycines, à Roye. Faute pour les intéressés d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à leur expulsion, au besoin avec le concours de la force publique passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour M. C et Mme B d'avoir emporté leurs effets personnels.

8. Compte tenu de ce qui précède, les conclusions présentées par Mme B tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à M. C et Mme B de libérer le local (appartement 17) qu'ils occupent au sein du CADA situé 5 boulevard des Glycines, à Roye.

Article 2 : Le préfet de la Somme est autorisé à procéder, passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, avec le concours de la force publique si nécessaire, à l'expulsion de M. C et de Mme B.

Article 3 : Le préfet de la Somme est autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'accueil pour demandeurs d'asile du 5 boulevard des Glycines de Roye, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour M. C et Mme B d'avoir emporté leurs effets personnels.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. D et à Mme A B.

Copie en sera transmise au préfet de la Somme et au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Amiens, le 7 août 2024.

La juge des référés,

Signé :

C. Galle

La greffière

Signé :

S. GrareLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2402723, 2402724

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