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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402725

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402725

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402725
TypeDécision
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion de Mme B du centre d'accueil de demandeurs d'asile (CADA) de Roye. La demande du préfet de la Somme a été accueillie car Mme B, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée par la CNDA le 20 mai 2021, se maintient sans droit ni titre dans un logement réservé aux demandeurs d'asile en cours de procédure. La solution retenue repose sur les articles L. 551-11, L. 552-2 et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la fin de l'hébergement après le rejet définitif de la demande d'asile et la possibilité pour l'autorité administrative de demander l'expulsion en justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024, le préfet de la Somme demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de Mme A B, occupant l'appartement n°17 du centre d'accueil de demandeurs d'asile (CADA) situé 5 boulevard des Glycines, à Roye (80700) ;

2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant.

Il soutient que :

- les conditions tenant à l'urgence et à l'utilité de sa demande sont remplies compte tenu de la situation de forte tension des besoins en hébergement des demandeurs d'asile dans le département de la Somme et de la nécessité de réserver cet hébergement à la seule période couverte par l'examen de la demande d'asile ;

- Mme B dont la demande d'asile a été rejetée définitivement par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 20 mai 2021, se maintient sans droit ni titre dans un logement mis à sa disposition par le CADA au 5 boulevard des Glycines à Roye dont les places sont strictement réservées à des demandeurs d'asile en cours de procédure et ce en dépit d'une mise en demeure notifiée le 18 octobre 2023 et demeurée sans effet.

La requête a été communiquée à Mme B, qui n'a pas présenté d'observations.

Vu :

- la décision par laquelle Mme Galle a été désignée comme juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 6 août 2024 à 15 h 00 en présence de

Mme Grare, greffière, ont été entendus :

- le rapport de Mme Galle, juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Il résulte de ces dispositions que, saisi par l'autorité préfectorale d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

3. En premier lieu, Mme B, ressortissante algérienne née le 5 septembre 1999, a sollicité le statut de réfugiée et a bénéficié, en qualité de demandeur d'asile, d'un hébergement dans les conditions prévues par les dispositions du code de l'action sociale et des familles au sein d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) situé 5 boulevard des Glycines à Roye. Sa demande d'asile a été rejetée, en dernier lieu, par une décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 20 mai 2021 notifiée le 27 mai 2021. Par un arrêté du 15 mars 2022, le préfet de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera reconduite et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, décision confirmée par le tribunal administratif d'Amiens par un jugement n°2201082 du 22 avril 2022. Par un courrier du 5 août 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à Mme B une date de sortie d'hébergement au 30 juin 2021. Par un courrier du 24 juillet 2023, le préfet de la Somme a mis en demeure l'intéressée de quitter le CADA dans un délai de 15 jours. Cette mise en demeure lui a été notifiée par le gestionnaire du CADA le 18 octobre 2023. Il résulte de ce qui précède que la demande d'asile de Mme B a été définitivement rejetée, et que l'intéressée ne bénéficie ainsi plus du droit d'être hébergée dans un lieu d'accueil pour demandeurs d'asile. Mme B n'a fait valoir aucun élément concernant sa propre situation. Ainsi, la demande d'expulsion présentée par le préfet de la Somme ne souffre d'aucune contestation sérieuse à cet égard.

4. En second lieu, le préfet fait valoir que le maintien de Mme B au sein du CADA situé au 5, boulevard des Glycines à Roye entrave l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, ce qui n'est pas contesté par l'intéressée. Il n'est pas davantage contesté que le dispositif d'accueil des demandeurs d'asile dans le département de la Somme connaît une situation de tension élevée dans les diverses structures d'accueil. Il résulte des données chiffrées produites, que sur la période de janvier à avril 2024, le dispositif national d'accueil dans le département de la Somme, qui compte 1292 places, avait un taux d'occupation de 92,7 %, et de 94, 7% dans les départements de l'Aisne, de la Somme, et de l'Oise réunis, relevant tous trois de la direction territoriale de l'OFII située à Amiens. 33 places étaient déclarées vacantes en CADA et 59 places étaient déclarées vacantes en HUDA sur cette période dans la Somme. Le préfet de la Somme établit également qu'en mai 2024, 52 demandeurs d'asile étaient en attente d'une place d'hébergement dans le département de la Somme, soit un nombre supérieur aux places disponibles en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) dans ce département, et que 223 demandeurs d'asile étaient au total en attente d'une place d'hébergement pour les trois départements de l'Aisne, de l'Oise et de la Somme. Ainsi, en l'état de l'instruction, l'expulsion demandée doit être regardée comme visant à assurer le bon fonctionnement de l'accueil des demandeurs d'asile durant la période d'instruction de leur demande d'asile et présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit à la demande du préfet de la Somme tendant à ce que soit enjoint la libération par Mme B du lieu d'hébergement pour demandeur d'asile qu'elle occupe au 5, boulevard des Glycines à Roye.

6. Faute pour l'intéressée d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour Mme B d'avoir emporté ses effets personnels.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme B de libérer le local (appartement 17) qu'elle occupe au sein du CADA situé 5 boulevard des Glycines, à Roye.

Article 2 : Le préfet de la Somme est autorisé à procéder, passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, avec le concours de la force publique si nécessaire, à l'expulsion de Mme B.

Article 3 : Le préfet de la Somme est autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'accueil pour demandeurs d'asile 5 boulevard des Glycines à Roye, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour Mme B d'avoir emporté ses effets personnels.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et à Mme A B.

Copie en sera transmise au préfet de la Somme.

Fait à Amiens, le 7 août 2024.

La juge des référés,

Signé :

C. Galle

La greffière

Signé :

S. GrareLa République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402725

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