mercredi 15 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403066 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET CHIVOT-SOUFFLET |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2403093, le président du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal administratif d'Amiens, sur le fondement des dispositions de l'article R. 351-1 du code de justice administrative, le dossier de la requête de Mme A.
Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024 au greffe du tribunal, Mme B D - G, représentée par Me Laplante, demande au juge des référés, de :
1°) prescrire, en présence de la commune de Beauval, une expertise sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer les causes et les conséquences dommageables de la chute dont elle a été victime le 3 septembre 2022 ;
2°) dire que l'expert devra adresser un pré-rapport aux seuls conseils des parties, qui, dans les quatre semaines de sa réception, lui feront connaître leurs observations, auxquelles l'expert répondra de manière précise et circonstanciée dans son rapport définitif ;
3°) dire et juger que l'expertise sera réalisée aux frais avancés de la commune de Beauval ;
4°) mettre à la charge de la commune de Beauval la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle a été victime d'une chute le 3 septembre 2022, occasionnée par une plaque d'égout instable surélevée de quelques centimètres aux abords de la rue Cristian Duseval à Beauval ;
- elle s'est rendue aux urgences du centre hospitalier de Doullens le lendemain en raison de fortes douleurs, a présenté un traumatisme au niveau de son pouce gauche pour lequel elle a fait l'objet d'une orthèse de poignet et pouce ; un médecin-orthopédiste a constaté le 8 novembre 2022 des douleurs à la palpation trapézo-métacarpienne ainsi qu'une raideur ; les radiographies ont mis en évidence une rhizarthrose sur le bord radial du trapèze de stade 2-3 ; elle a conservé des difficultés pour le port de charges lourdes, une sensation de manque de force et des douleurs permanentes ;
- l'assureur de la commune a rejeté sa demande indemnitaire par courrier du 8 juin 2023, au motif qu'il s'agissait du " premier accident de cette nature à cet endroit " et que " jusqu'à cet événement, la mairie ne disposait d'aucune information à ce sujet " ;
- la mesure d'expertise sollicitée s'avère donc utile pour déterminer les causes et les conséquences dommageables de son accident qui est de nature à engager la responsabilité de la commune de Beauval.
Par un mémoire, enregistré le 23 septembre 2024, la commune de Beauval, représentée par Me Chivot, demande au juge des référés, à titre principal, de débouter Mme B F de toutes ses demandes, fins et prétentions, à titre subsidiaire, de lui donner acte de ses protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée, et de mettre à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la mesure d'expertise sollicitée ne présente aucun caractère d'utilité dans la perspective de voir sa responsabilité recherchée, dès lors que les circonstances de la chute ne sont pas établies, que le contrôle des plaques d'égout effectué régulièrement par les agents communaux n'a relevé aucune défectuosité justifiant une signalisation de l'ouvrage et que la chute de la requérante dans l'orifice serait, à la supposer établie, imputable à son manque de vigilance.
Vu les pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes de l'article R. 532-1 du même code : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ".
2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective, d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste, en l'état de l'instruction, de fait générateur, de préjudice ou de lien de causalité entre celui-ci et le fait générateur.
3. Mme D - G soutient avoir été victime d'une chute occasionnée par une plaque d'égout instable qui s'est surélevée pendant son passage et dont elle conserve à ce jour d'importantes séquelles.
4. Les éléments que Mme F verse au dossier sont de nature, en l'état de l'instruction, à établir la vraisemblance de la chute sur la voie publique communale dont elle fait état. Dans ces conditions, la demande d'expertise présentée par Mme F, qui a pour objet de déterminer les préjudices imputables à son accident, susceptible de résulter, au vu des éléments soumis au juge des référés, d'une dépendance du domaine public de la commune de Beauval, et donc de voir rechercher la responsabilité de la commune devant le juge administratif, entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à cette demande dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande d'établissement d'un pré-rapport :
5. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. Il lui appartient d'apprécier la nécessité d'y recourir le cas échéant. Les conclusions tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de ces dispositions.
Sur les dépens :
7. Dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au président du Tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
O R D O N N E
Article 1er : Le docteur E C exerçant Polyclinique route de Courrières à Henin Beaumont (62110) est désigné en qualité d'expert et a pour mission de :
1°) de convoquer Mme F et l'examiner ;
2°) de prendre connaissance de l'entier dossier médical de Mme F et se faire communiquer tous documents relatifs à son état de santé ;
3°) de décrire l'état de santé de Mme F ;
4°) de préciser les circonstances dans lesquelles le dommage est intervenu ;
5°) de dire si le dommage subi par Mme F est anormal au regard de son état de santé antérieur comme de l'évolution prévisible de celui-ci ;
6°) d'en déterminer les causes et la nature ;
7°) en évaluer l'étendue en ce qui concerne exclusivement la part imputable au fait générateur et au regard, notamment :
* du caractère de gravité tel que défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique, à savoir :
) taux d'incapacité permanente partielle ;
) durée de l'incapacité temporaire du travail, totale ou partielle ;
) inaptitude définitive à poursuivre l'activité professionnelle exercée au moment du dommage ;
) troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence ;
* des postes de préjudices temporaires suivants (avant consolidation) :
) préjudices patrimoniaux :
- perte de gains professionnels actuels : durée des arrêts temporaires d'activités professionnelles déjà subies ;
- dépenses de santé actuelles ;
- frais divers : aide d'une tierce personne, spécialisée ou non, et si oui selon quelle fréquence et sur quelle durée, aide matérielle ;
- déficit fonctionnel temporaire ;
- souffrances endurées évaluées sur une échelle de 0 à 7 ;
- préjudice esthétique temporaire évalué sur une échelle de 0 à 7.
) Préjudices extrapatrimoniaux :
Déficit fonctionnel permanent ;
- Préjudice d'agrément ;
- Préjudice esthétique permanent évalué sur une échelle de 0 à 7 ;
- Préjudice sexuel ;
- Préjudice d'établissement : perte de chance ou de possibilité de réaliser un projet de vie familiale normale en raison de la gravité du handicap permanent.
8°) fournir, de manière générale, au tribunal tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité.
Article 2 : L'expert, qui pourra s'adjoindre un ou plusieurs sapiteurs, accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toutes les opérations, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expert avertira les parties par lettre recommandée avec accusé de réception quatre jours au moins avant les opérations d'expertise.
Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe du tribunal par voie électronique au plus tard pour le 31 mai 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F, à la commune de Beauval et au docteur E C, expert.
Fait à Amiens, le 15 janvier 2025.
Le juge des référés,
Signé :
C. BINAND
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2403066