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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403156

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403156

jeudi 13 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403156
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSIMMONS & SIMMONS LLP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2024, la SARL Recordati Rare Diseases, représentée par Me Moiroux et Me Formet, demande au tribunal :

1°) de condamner le groupe hospitalier public du sud de l'Oise (GHPSO), sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser, à titre de provision, la somme de 16 288,55 euros augmentée des intérêts moratoires en règlement de 20 factures émises entre le 17 décembre 2019 et le 26 mai 2023 dans le cadre d'un marché public de fourniture de spécialités pharmaceutiques ;

2°) sur le même fondement, de condamner le même établissement à leur payer à titre de provision la somme de 40 euros par facture au titre de la pénalité de recouvrement prévue à l'article D. 2192-35 du code de la commande publique ;

3°) d'ordonner le paiement de ces sommes sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du GHPSO la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- malgré mise en demeure et mémoire de réclamation, le GHPSO n'a pas réglé ces factures ;

- le paiement de ces factures lui est dû assorti des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire de 40 euros régie par les articles L. 2192-13 et D. 2192-35 du code de la commande publique.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2024, le GHPSO indique ne pas contester qu'il doit le paiement de ces factures dès lors que le service a été fait.

Par des mémoires complémentaires enregistrés les 21 novembre 2024 et 11 février 2025, la SARL Recordati Rare Diseases indique avoir reçu paiement de la facture

n° 63630000689 du 10 janvier 2023 d'un montant de 1 369,16 euros le 8 novembre 2024 et maintient pour le surplus ses demandes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Le GHPSO a signé avec la SARL Recordati Rare Diseases le 29 mai 2020, un marché public n°209697 relatif à la fourniture de médicaments du système cardio-vasculaire, antithrombiques et antihémorragiques. Dans le cadre de l'exécution de ce contrat, la société Recordati a adressé à son client des factures d'un montant total de 16 288,55 euros. Par un courrier de mise en demeure du 20 mars 2024 et un mémoire de réclamation du 25 avril 2024, la société Recordati a demandé au GHPSO de lui payer ces factures. Le GHPSO n'a pas réglé sa dette. La requérante demande au juge des référés de condamner le GHPSO au paiement d'une provision de 16 288,55 euros augmentée des intérêts moratoires et de 40 euros par facture au titre des indemnités légales.

Sur la demande de provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

En ce qui concerne l'étendue du litige :

3. Il résulte de l'instruction que la société Recordati a obtenu le 8 novembre 2024, postérieurement à l'introduction de sa requête, paiement du principal de la facture n°6363000689 du 10 janvier 2023, à échéance du 10 mars 2023, pour un montant de

1 369,16 euros. Il n'y a donc pas lieu de statuer dans cette mesure.

En ce qui concerne le surplus de la demande relative aux factures impayées :

4. En premier lieu, la facture n°5963023471 du 17 décembre 2019, à échéance du

5 février 2020, d'un montant de 849,47 euros, n'a nécessairement pas été émise en exécution du marché au titre duquel la requête est présentée, qui a été signé ultérieurement à son émission. En l'absence de justifications de l'origine de cette facture, l'obligation à la dette du GHPSO est sérieusement contestable et la demande ne peut qu'être rejetée en ce qui concerne cette facture.

5. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 1 de la présente ordonnance, la société Recordati a adressé à son client 18 factures, d'un montant global de 14 069,92 euros référencées sous les n° 6163130949, 6163023799, 6163026757, 6163029994 6263003478, 6263006675, 6263010129, 6263013738, 6263014561, 6263023825, 6263025305, 6263026146, 6263028514, 6363000971, 6363005010, 6363007694, 636309214 et 6363013014. Par un courrier de mise en demeure du 20 mars 2024 et un mémoire de réclamation du 25 avril 2024, la société Recordati a demandé au GHPSO de lui payer ces factures. Le GHPSO n'a pas réglé sa dette. La requérante soutient ne pas avoir eu paiement des sommes demandées restant en litige, ce à quoi a acquiescé le GHPSO dans son mémoire en défense, qui a uniquement indiqué avoir des retards de paiement et ne pas contester que le service a été fait.

6. D'une part, la liste des factures non réglées est produite par la requérante ainsi que les pièces du marché prévoyant le paiement des factures à l'échéance prévue par l'article 4.3.B du CCAP de ce marché. Il s'ensuit que l'obligation de paiement de ces factures n'est pas sérieusement contestable et qu'il y a lieu d'allouer à ce titre une provision de 14 069,92 euros à la requérante.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 2192-13 du code la commande publique : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire. / Il ouvre droit, dans les conditions prévues à la présente sous-section, à des intérêts moratoires () ". Aux termes de l'article R. 2192-31 du même code : " Le taux des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 2192-13 est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage ". Aux termes de l'article R. 2192-32 du même code : " Les intérêts moratoires courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse ". Les dispositions de ces articles sont reprises à l'article 4.3 B du CCAP du marché en litige.

8. Il résulte de ces dispositions que le GHPSO doit également à son prestataire le paiement d'intérêts moratoires sur les sommes dues au titre des factures impayées citées au point 5, dans les conditions qu'elles fixent, soit à compter de leur date d'échéance, mais également le paiement des intérêts moratoires sur la facture n°6363000689 du 10 janvier 2023, à échéance du 10 mars 2023, réglée le 8 novembre 2024, sur la période du 10 mars 2023 au

8 novembre 2024. L'obligation du GHPSO de verser ces intérêts n'est donc pas sérieusement contestable dès lors qu'il résulte de ce qui est dit au point 5 qu'aucun paiement n'a été effectué depuis la présentation des factures en litige et qu'il résulte de ce qui est dit au point 3 que la facture n°6363000689 a été payée avec retard. Il y a lieu, par suite, de condamner cet établissement au paiement d'une provision à ce titre.

En ce qui concerne la demande relative aux indemnités légales au titre des frais de recouvrement :

9. Aux termes de l'article L. 2192-13 du code de la commande publique : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire./ Il ouvre droit, dans les conditions prévues à la présente sous-section, à des intérêts moratoires, à une indemnité forfaitaire et, le cas échéant, à une indemnisation complémentaire versés au créancier par le pouvoir adjudicateur./ Le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par voie réglementaire./ Lorsque les frais de recouvrement exposés sont supérieurs au montant de l'indemnité forfaitaire prévue à l'alinéa précédent, le créancier peut demander une indemnisation complémentaire, sur justification ". Aux termes de l'article D. 2192-35 du même code : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros ".

8. Il résulte de ces dispositions que la requérante a droit au versement d'une indemnité forfaitaire de 40 euros pour les 19 factures citées aux point 3 et 5. Il s'ensuit que l'obligation du GHPSO de verser une somme au titre des indemnités légales de frais de recouvrement n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 760 euros.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le GHPSO à verser une provision de 14 069,92 euros augmentée des intérêts moratoires dus sur les factures en litige comme dit au point 8, et augmentée d'une somme de 760 euros au titre des indemnités légales de recouvrement.

Sur la demande d'astreinte :

10. En l'état de l'instruction, la condamnation à une astreinte n'apparaît pas utile. La demande des requérantes doit être rejetée sur ce point.

Sur les conclusions fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GHPSO la somme de 1500 euros au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : Le GHPSO est condamné à verser à la SARL Recordati Rare Diseases une provision de 14 069,92 euros augmentée des intérêts moratoires dus du fait du retard de règlement des factures en litige comme dit au point 8 de la présente ordonnance.

Article 2 : Le GHPSO est condamné à verser à la SARL Recordati Rare Diseases une provision de 760 euros au titre des indemnités légales de frais de recouvrement.

Article 3 : Le GHPSO versera une somme de 1500 euros à la SARL Recordati Rare Diseases en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Recordati Rare Diseases est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Recordati Rare Diseases et au groupe hospitalier public du sud de l'Oise.

Fait à Amiens, le 13 mars 2025.

Le juge des référés,

Signé

B. Boutou

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403156

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