mardi 13 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403270 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, la communauté de communes de la Plaine d'Estrées demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de tous les occupants sans droit ni titre, présents sur une parcelle cadastrée section C n°814, rue de l'Eglise, à Francières (Oise), dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour et par personne à compter de la notification de la décision à venir ;
2°) de mettre à la charge des occupants sans droit ni titre, le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens, dont le coût du procès-verbal de constat s'élevant à la somme de 525,53 euros.
Elle soutient que :
- plusieurs véhicules avec occupants appartenant aux gens du voyage se sont installés depuis le 5 août 2024, date du procès-verbal, rue de l'Eglise, sur la parcelle cadastrée section
C n°814 qui constitue une dépendance du domaine public de la commune de Francières ;
- en vertu d'une délibération du 22 juin 2023, la communauté de communes a l'administration des immeubles situés dans son ressort, dont l'espace récréatif de sport situé rue de l'Eglise à Francières ;
- il existe une urgence à autoriser l'expulsion de ces occupants dès lors que des branchements non autorisés ont été réalisés sur le réseau public de distribution d'électricité ainsi sur le réseau d'alimentation en eau de telle sorte que cette occupation irrégulière du domaine public emporte également des risques en matière de salubrité et de sécurité publiques et d'interruption du service public qu'il convient de faire cesser au plus vite ;
- la mesure sollicitée est utile afin de mettre un terme à un trouble manifeste à l'ordre public ;
- aucune constatation sérieuse ne peut être opposée à la mesure d'expulsion sollicitée ;
- dans ces conditions, il convient que soit ordonnée l'expulsion des 33 véhicules et caravanes mentionnés dans le constat d'huissier, ainsi que de tous occupants sans droit ni titre non identifiés lors du rapport de constatation.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article
L. 522-1 ".
2. Le propriétaire ou le gestionnaire du domaine public sont l'un et l'autre en principe recevables à demander au juge administratif l'expulsion des occupants irréguliers de ce domaine.
3. Il résulte de l'instruction que la dépendance domaniale litigieuse cadastrée C 814 sur le territoire de la commune de Francières appartient, comme le relève la communauté de communes à l'appui de la présente requête, au domaine public de la commune de Francières et non à celui de la communauté de communes de la plaine d'Estrées (CCPE), dont fait partie cette commune. Si la CCPE est compétente aux termes de ses statuts en matière d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage, il est constant que la dépendance domaniale litigieuse n'accueille pas une aire d'accueil des gens du voyage. Cette dépendance, qualifiée d'espace récréatif de sport par la requérante, et " d'ancien stade de football " dans le procès-verbal du commissaire de justice produit au dossier, ne constitue pas davantage, au vu des pièces du dossier, un équipement sportif d'intérêt communautaire dont la gestion serait attribuée à la communauté de communes. Enfin, si la CCPE soutient en l'espèce que " par délibération du bureau communautaire en date du 22 juin 2023, la présidente de la CCPE s'est vu attribuer le pouvoir d'intenter, au nom de la CCPE, les actions en justice en matière de référés visant à expulser les gens du voyage ", cette délibération ne peut, contrairement à ce qu'allègue la requérante, avoir eu pour effet de transférer la gestion de la dépendance domaniale en litige de la commune de Francières, propriétaire, à la CCPE. Par suite, la CCPE, qui n'est pas propriétaire de la parcelle en litige, et qui soutient qu'elle " a l'administration des immeubles situés dans son ressort " en se prévalant uniquement de la délibération précitée du 22 juin 2023, ne démontre manifestement pas être la gestionnaire de la dépendance domaniale en litige.
4. Il s'ensuit que la requête de la communauté de communes de la Plaine d'Estrées est, faute de démonstration de sa qualité à agir, manifestement irrecevable et doit, pour ce motif, être rejetée par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la communauté de communes de la Plaine d'Estrées est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté de communes de la Plaine d'Estrées.
Copie en sera adressée à la commune de Francières.
Fait à Amiens, le 13 août 2024.
La juge des référés,
Signé :
C. Galle
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.