mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403556 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 septembre 2024, M. C D, représenté par Me Hebmann et Me Ciaudo, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 26 août 2024 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire de Liancourt a refusé de lui distribuer des repas végétaliens en détention en dépit de prescriptions médicales en ce sens ;
3°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire de Liancourt de lui distribuer des repas végétaliens dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que sa santé est menacée ;
- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
- le refus du directeur du centre pénitentiaire de mettre à sa disposition des repas végétaliens porte atteinte à son droit fondamental à la protection de sa santé, prévu par l'article L. 1110-1 du code de la santé publique et méconnaît les articles L. 320-1 et R. 323-1 du code pénitentiaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés dès lors que M. D a droit à un menu végétalien depuis son incarcération au centre pénitentiaire de Liancourt et que sa santé, régulièrement contrôlée dans le cadre du régime d'isolement qui est le sien, n'est pas en danger.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2403577, enregistrée le 9 septembre 2024, par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 24 septembre 2024 à 14 heures 30 minutes.
Après avoir lu son rapport et entendu au cours de l'audience publique en présence de Mme Grare, greffière d'audience :
- les observations orales de Mme A, directrice du centre pénitentiaire de Liancourt, de Mme E, de la mission du droit et de l'expertise juridique à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Lille et de Mme B, cheffe adjointe de la mission du droit et de l'expertise juridique à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Lille, représentant le garde des sceaux, ministre de la justice.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. () ".
2. M. D, incarcéré au centre pénitentiaire de Liancourt depuis le 21 mars 2024, a envoyé à l'administration de cet établissement plusieurs courriers électroniques à compter du 26 juin 2024, se plaignant de ne pouvoir bénéficier de repas végétaliens nécessités par son état de santé et demandant qu'il soit fait droit à sa demande. Estimant qu'en l'absence de réponse, l'administration avait refusé cette demande, il a saisi le juge du référé suspension d'une demande tendant à l'annulation de cette décision et à ce qu'il soit enjoint que de tels repas lui soient servis. Or, il résulte très clairement des pièces produites par le ministre, qui ne sont pas contestées par le requérant, que ce dernier a bénéficié dès son arrivée au centre pénitentiaire de Liancourt d'un régime végétarien en attendant que dès le 27 mars 2024, le prestataire de service de restauration de l'établissement lui serve des repas végétaliens, de façon permanente et sans interruption depuis cette date. Il résulte également de ces pièces que M. D refuse depuis début août les repas ainsi servis qui correspondent pourtant à son régime et achète auprès du service de cantine les produits servant à son alimentation. Il résulte de tous ces éléments que le silence gardé par l'administration sur les courriels de M. D ne saurait être regardé comme ayant fait naître une décision de refus, que le recours de M. D est manifestement irrecevable en l'absence de cette prétendue décision et présente au surplus un caractère manifestement abusif. Il y a lieu de rejeter sa requête dans toutes ses conclusions.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 7 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique () ". Il résulte de ce qui précède que la demande de M. D est manifestement abusive. Sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire doit par suite être rejetée.
Sur l'amende pour recours abusif :
4. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". Il résulte de ce qui est dit au point 2 que M. D a présenté une requête aux fins de faire annuler une décision de refus de lui servir des repas végétaliens et d'enjoindre à l'administration de lui délivrer ces repas alors qu'il en bénéficiait de façon permanente depuis plusieurs mois et que l'administration avait donc été particulièrement diligente à ce sujet. Sa requête présente donc un caractère manifestement abusif. Il y a lieu d'infliger au requérant une amende de cinq cents euros en application des dispositions précitées de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La demande d'aide juridictionnelle provisoire de M. D est refusée.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : M. D est condamné à verser une amende de cinq cents euros pour recours abusif en application des dispositions précitées de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à Me Ciaudo et
Me Hebmann, au directeur départemental des finances publiques de l'Oise et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée à la directrice du centre pénitentiaire de Liancourt et au bâtonnier de l'ordre des avocats de Dijon.
Fait à Amiens, le 25 septembre 2024,
Le juge des référés,
Signé :
B. BoutouLa greffière,
Signé :
S. Grare
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.