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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403828

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403828

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403828
TypeDécision
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion sans délai de M. D et de Mme A B du centre d'hébergement Coallia à Amiens. La solution retenue est fondée sur le rejet définitif de leurs demandes d'asile par la Cour nationale du droit d'asile le 3 octobre 2023, entraînant la perte de leur droit au séjour et à l'hébergement en application des articles L. 551-11 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le juge a constaté l'urgence, le maintien des intéressés faisant obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile et portant atteinte au bon fonctionnement du service public. L'administration est autorisée à recourir à la force publique pour procéder à l'expulsion et à l'enlèvement des biens meubles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2024 sous le n°2403828, le préfet de la Somme demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai du centre d'hébergement des demandeurs d'asile Coallia, situé 23 rue Messager à Amiens, de M. D, occupant de l'appartement 760 ;

2°) de l'autoriser, à cette fin, à recourir à la force publique et à donner toute instruction utile au gestionnaire de ce centre afin de procéder à l'enlèvement des biens meubles se trouvant dans les lieux.

Il soutient que :

- les demandes d'asile de M. C et de ses enfants mineurs ont été définitivement rejetées par la cour nationale du droit d'asile par une décision du 3 octobre 2023, notifiée le 19 octobre 2023, dès lors, il ne dispose plus d'un droit d'hébergement à ce titre, alors notamment qu'aux termes du contrat de séjour qu'il a conclu son hébergement prend fin à la date de notification de la décision définitive de la cour nationale du droit d'asile ;

- l'intéressé a vainement fait l'objet d'une décision de sortie le 30 octobre 2023, puis d'une mise en demeure de quitter les lieux, notifiée le 27 juillet 2024 ;

- la situation présente un caractère d'urgence, dès lors que le maintien de l'intéressé et de ses enfants dans les lieux occupés fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, ce qui porte atteinte au bon fonctionnement du service public d'accueil des demandeurs d'asile notamment au principe d'égal accès des usagers ;

- la mesure d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

Vu les pièces desquelles il résulte que la requête a été communiquée à M. C, lequel n'a pas produit d'observation.

II. Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2024 sous le n°2403829, le préfet de la Somme demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai du centre d'hébergement des demandeurs d'asile Coallia, situé 23 rue Messager à Amiens, de M. A B, occupante de l'appartement 760 ;

2°) de l'autoriser, à cette fin, à recourir à la force publique et à donner toute instruction utile au gestionnaire de ce centre afin de procéder à l'enlèvement des biens meubles se trouvant dans les lieux.

Il soutient que :

- les demandes d'asile de Mme B et de ses enfants mineurs ont été définitivement rejetées par la cour nationale du droit d'asile par une décision du 3 octobre 2023, notifiée le 19 octobre 2023, dès lors, elle ne dispose plus d'un droit d'hébergement à ce titre, alors notamment qu'aux termes du contrat de séjour qu'elle a conclu son hébergement prend fin à la date de notification de la décision définitive de la cour nationale du droit d'asile ;

- l'intéressée a vainement fait l'objet d'une décision de sortie le 30 octobre 2023, puis d'une mise en demeure de quitter les lieux, notifiée le 27 juillet 2024 ;

- la situation présente un caractère d'urgence, dès lors que le maintien de l'intéressée et de ses enfants dans les lieux occupés fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, ce qui porte atteinte au bon fonctionnement du service public d'accueil des demandeurs d'asile notamment au principe d'égal accès des usagers ;

- la mesure d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

Vu les pièces desquelles il résulte que la requête a été communiquée à Mme B, lequel n'a pas produit d'observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Thérain, juge des référés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction des requêtes n°2403828 et n°2403829 :

1. Les requêtes du préfet de la Somme enregistrées sous les numéros 2403828 et 2403829 tendent à l'expulsion de M. D et de Mme A B du logement qu'ils occupent conjointement au CADA Coallia situé 23 rue Messager à Amiens. Elles présentent à juger des questions identiques. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L.521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " () / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Enfin, selon son article L. 552-15 : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

2. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les demandes d'asile introduites les 2 février 2023 et 14 novembre 2022 par M. C et Mme B, ont été définitivement rejetées par la cour nationale du droit d'asile par des décisions du 3 octobre 2023, notifiées le 19 octobre 2023. Par des arrêtés du 31 octobre 2023, le préfet de la Somme a abrogé leurs attestations d'asile, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils seront reconduits et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, décision confirmée par le tribunal administratif d'Amiens par des jugements du 15 janvier 2024. Il s'ensuit que les mesures d'expulsion du lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent au sein de la structure Coallia, situé 23 rue Messager à Amiens, ne se heurtent à cet égard à aucune contestation sérieuse.

5. En second lieu, la libération des lieux par les intéressés, compte tenu des besoins d'accueil des demandeurs d'asile et du taux d'occupation des structures d'hébergement dans le département de la Somme, présente un caractère d'urgence et d'utilité, auquel ne font pas obstacle les circonstances tirées de ce les intéressés résident avec leurs deux enfants nés en 2013 et 2019.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la libération par M. C et Mme B des lieux qu'ils occupent et d'autoriser, à cette fin, le préfet de la Somme, outre à donner toute instruction utile au gestionnaire de ce centre, à procéder à l'expulsion des intéressés et de tout occupant de son chef avec le concours de la force publique.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. C et Mme B de libérer les lieux qu'ils occupent au sein de la structure Coallia, situés 23 rue Messager à Amiens (appartement n°760).

Article 2 : Outre à donner à cette fin toute instruction utile au gestionnaire de ce centre, le préfet de la Somme est autorisé à procéder avec le concours de la force publique à l'expulsion de M. C et de Mme B et de tout occupant de leur chef.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Somme, à M. D et à Mme A B.

Fait à Amiens, le 31 décembre 2024.

Le juge des référés,

Signé :

S. Thérain

La greffière,

Signé :

N. Wrobel La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Nos 2403828 et 2403829

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