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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403834

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403834

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403834
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantAKHZAM KHADIJA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Akhzam, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de deux jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence et d'utilité est remplie, dès lors qu'elle a déposé sa demande de renouvellement de titre de séjour dans le délai prévu par les textes et que l'absence de récépissé valant autorisation de séjour l'expose à la perte de son travail et à faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

La requête et les pièces ont été communiquées à la préfète de l'Oise qui n'a pas présenté d'écritures en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique du

17 octobre 2024 à 14 heures 30.

Après avoir lu son rapport au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Wrobel, greffière d'audience et entendu les observations orales de Me Porcher, représentant Mme B ;

La clôture de l'instruction a été différée jusqu'à la production de l'intégralité du contrat de travail de Mme B. Cette pièce a été produite le 17 octobre 2024 à 15h10 et communiquée à la préfète de l'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

2. En premier lieu, l'urgence justifie que soit enjoint à l'administration de prendre une mesure utile lorsque le comportement de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions en ce sens d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant qu'il soit enjoint à l'administration de prendre une mesure utile.

3. Il résulte de l'instruction que Mme B dispose d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans qui était valable du 30 septembre 2014 au 29 septembre 2024. Elle a signé depuis janvier 2023 un contrat de travail à durée indéterminée avec la société Legrand qui lui demande de justifier de la régularité de son séjour pour la maintenir dans son emploi. Compte tenu du risque de perte de cet emploi qu'entraîne le retard de la préfecture de l'Oise à statuer sur sa demande ou à tout le moins à lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire./ Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande./ Lorsque l'étranger mentionné aux 2°, 3° ou 4° de l'article R. 431-5 a déposé une demande complète dans le respect du délai auquel il est soumis, le préfet est tenu de mettre à sa disposition via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande./ Lorsque le préfet prend une décision favorable sur la demande présentée, une attestation dématérialisée est mise à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour, dans l'attente de la remise du titre ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-15-2 du même code : " L'attestation de prolongation de l'instruction d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité sur le territoire de la France métropolitaine dans le cadre de la réglementation en vigueur ".

5. Il résulte de l'instruction que Mme B a déposé sa demande de renouvellement de titre de séjour dans le délai prévu par l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le titre de séjour précédent de la requérante a expiré depuis le 29 septembre 2024. La préfète de l'Oise, qui ne conteste pas que la demande de Mme B était complète, était par suite tenue de lui délivrer dès le 30 septembre 2024, l'attestation de prolongation d'instruction prévue par le deuxième alinéa de l'article R. 431-15-1 précité du même code. Dès lors qu'aucune décision de refus de délivrer cette attestation n'a été prise implicitement ou expressément par la préfète de l'Oise, qu'il est utile à Mme B d'en disposer pour justifier de la régularité de son séjour, et que la délivrance de cette attestation ne se heurte à aucune contestation sérieuse, il y a lieu de faire droit à la demande d'injonction présentée par la requérante, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte, en l'état de l'instruction.

6. En dernier lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire droit à la demande de Mme B présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en mettant à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1500 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

ORDONNE

Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de délivrer à Mme A B dans le délai de deux jours suivant la notification de la présente ordonnance une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien l'autorisant à travailler.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1500 euros à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la préfète de l'Oise.

Fait à Amiens, le 21 octobre 2024

Le juge des référés,

Signé :

B. Boutou

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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