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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404494

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404494

jeudi 20 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404494
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2024, M. B A B, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, pour versement à son conseil, une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par ordonnance du 27 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 décembre 2024 à 12 heures.

Le préfet de l'Oise a produit un mémoire le 30 décembre 2024.

M. A B a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 4 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Richard, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1996, déclare être entré sur le territoire français en octobre 2015. Le 27 février 2024, il a demandé au préfet de l'Oise son admission exceptionnelle au séjour en tant que salarié. Par un arrêté du 18 octobre 2024, le préfet de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par sa requête, M. A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président (), soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Un étranger justifiant d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant des motifs exceptionnels exigés par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'intéressée ferait état à l'appui de sa demande, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. Si M. A B soutient résider sur le territoire français depuis octobre 2015, il a fait l'objet de trois mesures d'éloignement des 24 juin 2016, 19 décembre 2018 et 22 novembre 2022, dont les deux premières ont été confirmées par les juridictions devant lesquelles elles ont été contestées, qu'il n'a pas exécutées. Par ailleurs, M. A B est célibataire et sans enfant et n'établit pas disposer d'attaches importantes en France. En outre, la mère et la fratrie de M. A B résident dans son pays d'origine. De plus, l'intéressé n'établit pas la gravité des affections dont il se prévaut à la date de l'arrêté attaqué. Enfin, si M. A B a travaillé comme apprenti dans le domaine du bâtiment du 22 novembre 2021 au 31 juillet 2022 et s'est inscrit dans une formation devant déboucher sur un certificat d'aptitude professionnel de peinture au titre de l'année scolaire 2022-2023, il n'établit ni avoir exercé d'autres activités professionnelles, ni avoir suivi d'autres formations. Dans ces conditions, eu égard à ses qualifications professionnelles, à son expérience, aux caractéristiques de son emploi et aux autres éléments de sa situation familiale et personnelle, le préfet de l'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande d'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé.

7. En deuxième lieu, compte tenu de la situation de M. A B telle que décrite au point précédent, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

9. La Cour nationale du droit d'asile décrit le Soudan, dans ses décisions rendues en décembre 2024, à l'appui de sources d'informations documentées et actualisées, comme étant affecté, dans nombre de ses Etats fédérés, dont celui de Khartoum, par une situation de violence aveugle d'intensité exceptionnelle résultant d'une situation de conflit armé, où les civils encourent un risque réel de subir une menace grave et individuelle contre leur vie. Par ailleurs, le préfet de l'Oise ne conteste ni la qualité de civil de M. A B, ni la circonstance que sa famille serait implantée dans un bourg à proximité de Khartoum, ni celle qu'il pourrait être amené à traverser des zones affectées par le conflit en cours. Dans ces conditions, la décision fixant le pays à destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement en litige méconnaît les stipulations et dispositions citées au point précédent en tant qu'elle prévoit que M. A B puisse être éloigné à destination du Soudan.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays à destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement en litige en tant qu'elle prévoit que M. A B peut être éloigné à destination du Soudan.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction de M. A B doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat une somme supérieure à celle qu'il est susceptible de verser au titre de sa part contributive à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision fixant le pays à destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement du 18 octobre 2024 est annulée en tant qu'elle prévoit que M. A B peut être éloigné à destination du Soudan.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A B, à Me Pereira et au préfet de l'Oise.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Délibéré après l'audience du 6 mars 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Lebdiri, président,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2025.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Lebdiri

La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2404494

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02/04/2026

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