vendredi 27 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2404555 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2024, la communauté d'agglomération du Beauvaisis, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à Mme A C et M. E B ou tout autre personne occupant l'emplacement de l'aire 08 - quartier Bleu, de quitter l'aire d'accueil des gens du voyage de Beauvais dès notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) d'ordonner qu'à défaut de libération des lieux elle pourra requérir le concours de la force publique ;
3°) de mettre à la charge de Mme A C et M. E B le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la convention d'occupation de l'emplacement n°8 quartier Bleu de l'aire d'accueil des gens du voyage à Beauvais qui avait été conclue avec M. B depuis le 11 octobre 2024 a été résiliée à effet du 16 novembre 2024, en raison des nombreux manquements au règlement intérieur commis par l'intéressé et sa compagne Mme C ;
- il a été constaté à plusieurs reprises que M. B et Mme C ne respectent pas le règlement intérieur de l'aire d'accueil, en changeant d'emplacement sans en avoir demandé l'autorisation, en dégradant les luminaires du bâtiment technique, en circulant sur l'aire d'accueil avec leur véhicule à vitesse excessive, en troublant de manière répétée la tranquillité du voisinage, en n'entretenant pas leur emplacement et enfin, que leur chien, de type staff, non muselé, a très récemment attaqué et tué un animal domestique appartenant à la mère de M. B également occupante de l'aire d'accueil ce avant que M. B ne menace de lâcher l'animal sur sa soeur mineure ce qui a donné lieu à dépôt de plainte de la part de celle-ci.
Vu :
- les pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 décembre 2024 à 10 heures 30 en présence de Mme Grare, greffière :
- le rapport de M. Binand juge des référés ;
- les observations de Mme D représentant la communauté de communes du Beauvaisis qui reprend en les développant oralement les moyens et arguments soulevés dans la requête :
- et les observations de Mme C et de M. B qui reconnaissent un incident ancien s'agissant de l'abattage d'un arbre afin d'installer la cage de leur chien, mais qui a donné lieu à réparation, font valoir qu'ils sont à jour de leurs obligations financières s'agissant de l'occupation de leur emplacement, contestent la réalité des dégradations, branchements non autorisés et troubles répétés à la tranquillité qui leur sont reprochés et qui ne reposent que sur les accusations mensongères de la mère de M. B qui entretient avec eux des relations conflictuelles, contestent les menaces imputées à M. B, indiquent qu'ils ont décidé de confier leur chien à un refuge animalier et qu'ils ont pris d'ores et déjà toutes les précautions pour éviter sa divagation sur l'aire d'accueil, et précisent enfin ne pas disposer d'autres solutions de relogement à très court terme faute de pouvoir déplacer leur caravane sans l'aide d'un tiers.
L'instruction de l'affaire a été close à l'issue de l'audience
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". En vertu de ces dispositions le juge des référés peut, en cas d'urgence et d'utilité, ordonner l'expulsion des occupants sans droit ni titre du domaine public. En conséquence, lorsqu'il est saisi, sur le fondement des dispositions précitées, d'une demande d'expulsion d'occupants du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
2. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 14 novembre 2024, notifié le jour même en main propre, la communauté d'agglomération du Beauvaisis a abrogé la convention d'occupation de l'emplacement n°8 de l'aire d'accueil des gens du voyage de Beauvais qui était concédée depuis le 11 octobre 2024 à Mme A C et M. E B et les a mis en demeure de quitter cette aire d'accueil sous 24 heures. Si Mme C et M. B font valoir à l'audience que les manquements qui leur sont reprochés reposent seulement sur les dires mensongers de la mère de M. B, occupante d'un emplacement voisin, qui nourrit à leur encontre une vive animosité, il résulte des constats d'infraction établis par un agent du gestionnaire de l'aire d'accueil joints à la requête, qu'ont été relevées, du 3 au 5 novembre 2024 une vitesse excessive et une circulation dangereuse de M. B, le 5 novembre le bris de deux luminaires devant l'emplacement n°8, le 6 novembre 2024 le déplacement de la caravane des intéressés sur un autre emplacement sans autorisation avec suspicion de branchement électrique non autorisé sur les sanitaires, le 3 novembre l'attaque mortelle par le chien de M. B, de type molossoïde, de la chèvre appartenant à sa mère, qui a conduit cette dernière à quitter précipitamment l'aire d'accueil avec ses autres enfants et le 4 novembre l'état d'ébriété de M. B et de sa compagne à la suite de cet incident. S'il est vrai que, en l'état de l'instruction, le comportement menaçant de M. B envers sa soeur mineure à l'occasion de cette attaque, invoqué par la communauté d'agglomération du Beauvaisis, n'est établi que par les seules déclarations, contestées à l'audience, effectuées postérieurement par la mère et la sœur de l'intéressé tant auprès du gestionnaire qu'à l'occasion d'un dépôt de plainte, dont les suites pénales ne sont pas connues, et que le seul constat de dégradations des luminaires situés devant l'emplacement n° 8 ne renseigne pas sur l'identité de leur auteur, Mme C et M. B n'apportent en revanche aucun élément probant à l'encontre de la circulation dangereuse et du changement non autorisé d'emplacement qui leur sont reprochés, en se bornant à alléguer respectivement d'un bref essai mécanique et d'une défaillance des équipements de leur emplacement. En outre, en se bornant à faire état de la docilité habituelle de leur chien, en admettant toutefois ne pas avoir pris les précautions habituelles de muselage et de restrictions de mouvement suffisantes qui auraient permis d'éviter l'accident, et en faisant part à l'audience de leur intention, sans en justifier, de se séparer prochainement de l'animal, les intéressés ne contestent pas sérieusement les troubles causés à la tranquillité des usagers de l'aire d'accueil, alors que des nuisances causées par leur détention de chiens avaient déjà été relevées à l'occasion d'un précédent séjour en début de l'année 2024. Enfin, les intéressés n'apportent aucun élément justifiant qu'ils ne seraient pas en mesure, comme ils l'allèguent à l'audience, de disposer d'une autre solution d'hébergement à court terme, notamment au sein d'une autre d'aire d'accueil, à défaut d'un moyen de traction de leur caravane. Ainsi, eu égard aux différents manquements établis contrevenant au règlement intérieur qui ont conduit la communauté d'agglomération du Beauvaisis à mettre un terme à la convention d'occupation de leur emplacement, la mesure d'expulsion demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
3. Dans ces conditions, qui établissent l'urgence et l'utilité de faire cesser cette occupation irrégulière qui porte atteinte à l'affectation normale du domaine public, la communauté d'agglomération du Beauvaisis est fondée à demander au juge des référés, l'expulsion de l'aire d'accueil de Beauvais de Mme C et de M. B, selon la procédure prévue par l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce d'autoriser la communauté d'agglomération de la région de Compiègne à recourir au concours la force publique pour assurer l'exécution de cette mesure dans le cas où la libération des lieux ne serait pas effective dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
4. Enfin, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que la communauté d'agglomération du Beauvaisis présente au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative dès lors qu'elle ne justifie pas avoir exposés de frais non compris dans les dépens de l'instance.
O R D O N N E
Article 1er : M. E B et Mme A C doivent quitter sans délai l'emplacement qu'ils occupent dans l'aire d'accueil des gens du voyage de Beauvais. A défaut d'avoir exécuté la présente ordonnance dans un délai de trois jours à compter de sa notification, il pourra être procédé à leur évacuation par la force publique.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la communauté d'agglomération du Beauvaisis est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté d'agglomération du Beauvaisis, à M. E B et à Mme A C.
Fait à Amiens, le 27 décembre 2024.
Le juge des référés,
Signé :
C. BinandLa greffière,
Signé :
S. Grare
La République mande et ordonne au préfet de l'Oise, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.